
Mercredi 29 avril 2026, 14 heures Eastern. Jerome Powell ouvre la présentation du FOMC pour ce qui est, selon toute vraisemblance, sa dernière réunion comme président de la Federal Reserve. Le marché table à 100 % sur le maintien des taux dans la fourchette 3,50-3,75 %. Au même moment, dans la salle Dirksen 538 du Capitole, le Senate Banking Committee s’est réuni à 10 heures pour voter sur l’avancement de la nomination de Kevin Warsh, successeur désigné par Donald Trump. Trois leviers actionnés dans la même séance : la décision de politique monétaire, le vote en commission, et l’ombre d’une déclaration de Powell qui pourrait choisir de rester gouverneur jusqu’en janvier 2028. La transition de la banque centrale la plus puissante du monde s’enclenche aujourd’hui.
Pourquoi le 29 avril 2026 marque une bascule pour la Fed
Le mandat de Powell comme président (le terme officiel américain est chair, qui désigne le président du Board of Governors) expire le 23 mai 2026, quatre ans après son assermentation au second mandat. Trois semaines séparent la réunion FOMC d’aujourd’hui de la fin de fonction. Deux événements doivent s’enchaîner dans cet intervalle : le vote au Banking Committee, puis le vote en séance plénière du Sénat. Les républicains visent une confirmation avant le 23 mai, malgré la suspension sénatoriale prévue du 30 avril au 11 mai.
La singularité tient à un détail souvent oublié : Powell n’est pas obligé de quitter la Fed avec le titre de président. Son mandat de gouverneur, distinct du mandat présidentiel, court jusqu’au 31 janvier 2028. Powell a signalé en mars qu’il n’envisage pas de démissionner du Board avant que les enquêtes le concernant soient définitivement closes. Le Department of Justice a fermé son enquête le 24 avril 2026, et l’analyse publiée par Jennifer Schonberger sur Yahoo Finance le 28 avril rapporte la lecture de Gregory Daco, économiste en chef d’EY : Powell pourrait choisir de rester gouverneur jusqu’en janvier 2028 pour préserver la continuité institutionnelle et offrir un contrepoids stabilisateur durant la transition. Si l’option se concrétise, Warsh dirigerait la Fed avec, à sa table, l’ancien président qu’il vient de remplacer.
Cette configuration n’a pas de précédent récent : Bernanke, Yellen et Greenspan ont tous trois quitté le Board en quittant la présidence. La dernière fois qu’un ancien président est resté gouverneur sous l’autorité d’un successeur remonte à Marriner Eccles en 1948, après avoir cédé la présidence à Thomas McCabe.
Qui est Kevin Warsh et que veut-il changer
Warsh n’est pas un inconnu de la Fed. Selon la notice biographique de la Federal Reserve History, il a siégé au Board of Governors du 24 février 2006 au 31 mars 2011. Plus jeune gouverneur de l’histoire à 35 ans, il fut le bras droit de Ben Bernanke sur les marchés financiers pendant la crise de 2008 (Bear Stearns, Lehman, AIG).
Sa démission du Board en mars 2011 a coïncidé avec son opposition au programme de rachat de 600 milliards de dollars de bons du Trésor (QE2) soutenu par Bernanke. Warsh a ensuite rejoint la Hoover Institution à Stanford, où il a développé une critique systématique de la Fed post-crise : l’institution aurait glissé d’un mandat étroit (stabilité des prix, plein emploi) vers un soutien massif aux actifs financiers via l’expansion de bilan et le pilotage par anticipation des taux.
Lors de son audition devant le Senate Banking Committee le 21 avril 2026, dont la transcription est publique, Warsh a esquissé trois réformes structurelles. Première réforme : un changement de régime dans la conduite de la politique monétaire, avec un nouveau cadre d’inflation différent. Verbatim : “I think that means a regime change in the conduct of policy. I think that means a different new inflation framework.” Cela signifie opérationnellement abandonner le flexible average inflation targeting (FAIT) adopté par la Fed en 2020 (qui tolère des dépassements temporaires de la cible 2 % après des périodes de sous-exécution) et revenir à une cible 2 % stricte.
Deuxième réforme : une réduction du bilan. Warsh considère que l’outil bilan agit de manière asymétrique. Verbatim : “The balance sheet tool disproportionately helps those with financial assets.” Pour comprendre pourquoi cette critique structure sa doctrine, il faut nommer la mécanique. L’expansion du bilan d’une banque centrale est une création de monnaie originelle : la banque achète des titres et règle ses achats avec des dollars qui n’existaient pas avant. C’est différent de la monnaie créée par les banques commerciales lorsqu’elles accordent un crédit (la monnaie-dette, adossée à un travail futur de l’emprunteur). La création originelle, elle, dilue le pouvoir d’achat de toute la monnaie déjà en circulation, et cette dilution se transmet d’abord aux marchés où la liquidité injectée se loge en priorité : les actions, l’immobilier, les obligations longues. Les détenteurs d’actifs voient le prix nominal de leur patrimoine monter avant que l’inflation des biens et services ne se diffuse à l’économie réelle. C’est exactement ce que vise Warsh quand il qualifie le bilan d’asymétrique : les ménages déjà patrimonialisés profitent en premier, les autres encaissent l’inflation au bout de la chaîne. Le bilan de la Fed atteignait 6 707 milliards de dollars au 22 avril 2026, soit environ 23 % du PIB américain. À titre de comparaison, le bilan total de la Fed s’établissait à 868,9 milliards de dollars au 15 août 2007, juste avant les premières interventions de liquidité de la crise des subprimes, soit environ 6 % du PIB de l’époque. Ramener le bilan à son poids pré-crise impliquerait donc une compression d’un facteur 4 en pourcentage du PIB. Warsh n’a pas chiffré publiquement cet objectif, mais ses prises de position chez Hoover convergent vers cet ordre de grandeur.
Troisième réforme : une révision de la communication, avec abandon de la forward guidance (le pilotage par anticipation, où la banque centrale signale à l’avance la trajectoire probable de ses futures décisions de taux pour orienter les marchés) et du dot plot (le tableau anonymisé des projections individuelles de taux des 19 membres du FOMC, publié quatre fois par an dans le Summary of Economic Projections). Verbatim : “If the Fed were to wait until it gets into a meeting before making a decision, that incremental deliberation can keep the Central Bank from compounding its errors.” Cela rapproche le pilotage de l’institution d’une logique BCE pré-2014 : on décide à la réunion, on ne s’engage pas en avance.
Pourquoi le marché n’attend rien de cette réunion FOMC
Le calendrier officiel du FOMC indique que la réunion du 28-29 avril 2026 ne comporte pas de mise à jour des projections (SEP) ni de dot plot. La décision se concentre donc sur deux éléments : la formulation du communiqué, et la conférence de presse Powell à 14h30 ET. Selon l’outil CME FedWatch, la probabilité implicite d’un maintien des taux dans la fourchette 3,50-3,75 % atteint 100 %. La question est ailleurs.
Powell héritera d’un dossier délicat : l’inflation américaine reste à 3,3 % en glissement annuel selon le CPI de mars 2026 (cf. notre analyse du 11 avril sur le CPI), très au-dessus de la cible 2 %. Le contexte du choc pétrolier iranien (Brent à 111 dollars le 28 avril, plus haut depuis mars) compliquera tout message accommodant (le terme américain est dovish, qui désigne une posture de banque centrale plutôt favorable à la baisse ou au maintien bas des taux directeurs). Mais Powell ne peut pas non plus annoncer un durcissement implicite alors que son mandat se termine et que son successeur défend une doctrine différente de la sienne. La conférence de presse sera surveillée mot par mot pour deux signaux : (a) ce qu’il concède sur le bilan du framework FAIT face au choc d’offre, (b) ce qu’il dit du chemin vers la cible 2 %.
Le débat doctrinal qui se loge derrière la transition
La transition Powell vers Warsh n’est pas seulement un changement de personne. Elle pose une question doctrinale dérangeante : un cadre d’inflation 2 % strict est-il opérant face à un cumul de sources d’inflation hétérogènes que les taux directeurs ne traitent pas tous de la même façon ? L’inflation américaine de 2026 ne vient pas seulement d’une expansion monétaire récente, elle vient aussi de causes extérieures, au premier rang desquelles le choc pétrolier iranien qui frappe les économies importatrices d’énergie depuis le pic du Brent en mars. Cette inflation énergétique n’obéit pas aux mêmes ressorts que l’inflation monétaire de 2021-2023, et un cadre de cible stricte 2 % piloté par les taux directeurs ne dispose pas de levier direct pour la corriger.
Le choc pétrolier frappe en réalité l’ensemble de l’économie mondiale, mais l’exposition des États-Unis y est moindre que celle des Européens : l’économie américaine dispose d’une production domestique abondante de pétrole de schiste et de gaz, et elle est exportatrice nette d’hydrocarbures depuis 2020. Le canal d’inflation énergétique reste réel sur le carburant et la logistique, mais il est amorti par cette indépendance partielle.
À ce shock d’offre extérieur s’ajoute un shock d’offre intérieur spécifiquement américain : les tarifs douaniers Trump. La proclamation présidentielle du 2 avril 2026 fixant à 100 % les droits de douane sur les médicaments brevetés importés illustre la mécanique. Le tarif nominal est de 100 %, mais l’architecture est conçue comme un escalier d’incitation : 0 % pour les groupes signataires d’un accord de tarification MFN avec le Secrétaire à la Santé et disposant d’un plan d’onshoring approuvé (jusqu’au 20 janvier 2029), 20 % pour les groupes ayant un plan d’onshoring validé sans accord MFN (avec retour à 100 % le 2 avril 2030), 15 % pour l’Union européenne, le Japon, la Corée du Sud, la Suisse et le Liechtenstein, 10 % pour le Royaume-Uni, et 0 % pour les médicaments orphelins, les médecines nucléaires et les thérapies cellulaires. Les génériques restent hors champ. La proclamation prolonge une séquence de relèvements (acier, aluminium, semi-conducteurs, biens finis) actée depuis 2025. Mécaniquement, un tarif renchérit le prix domestique du bien importé et de ses substituts non exemptés. Pour un cadre 2 % strict, la difficulté est que ce renchérissement n’est pas une erreur de politique monétaire à corriger par les taux : c’est une décision de politique commerciale qui injecte une inflation administrée dans le panier CPI, indépendamment de ce que fait la Fed.
Warsh hérite donc d’un environnement où l’outil canonique de la banque centrale rencontre un cumul de pressions hétérogènes : inflation monétaire résiduelle de l’expansion 2020-2021, inflation énergétique importée du choc iranien, inflation administrée des tarifs Trump. Sa difficulté n’est pas si différente de celle de Christine Lagarde côté BCE, à une exception près : l’économie américaine conserve de l’activité, là où le PMI composite zone euro est tombé à 47,4 en avril, en territoire de récession. Cette résilience donne à Warsh une marge de durcissement que Lagarde n’a pas, et c’est ce différentiel d’activité plus que la divergence doctrinale qui pourrait écarter durablement les courbes de taux des deux côtés de l’Atlantique sur 2027-2028.
Que change concrètement le vote Banking Committee de ce matin
Le vote en executive session du Senate Banking Committee, programmé aujourd’hui à 10 heures ET dans la salle Dirksen 538, déclenche le calendrier final. Le blocage qui durait depuis février a sauté le 26 avril, quand le sénateur républicain Thom Tillis a annoncé sur NBC Meet the Press son revirement : “I am prepared to move on with the confirmation of Mr. Warsh.” Sa condition préalable était la fin de l’enquête DOJ contre Powell, qu’il qualifiait de “vindictive prosecution” menaçant l’indépendance de la banque centrale.
Si le vote passe ce matin (probabilité très élevée compte tenu de la majorité républicaine et du ralliement de Tillis), la nomination remonte au plein Sénat pour une confirmation visée avant le 23 mai. La fenêtre 11-22 mai est étroite.
Pour les détenteurs de bons du Trésor (rendement 10 ans à 4,354 % à la clôture du 28 avril), la question n’est pas le vote mais la trajectoire du framework Warsh. Un cadre de cible 2 % stricte combiné à une réduction de bilan plus rapide signifie, mécaniquement, une politique monétaire plus restrictive à horizon 12-18 mois. C’est ce que le marché obligataire essaiera d’anticiper dès les premiers signaux Warsh.
Le scénario Powell gouverneur : pourquoi c’est inédit
S’il choisit de rester gouverneur jusqu’en janvier 2028, Powell participera aux votes du FOMC pendant 21 mois sous l’autorité de Warsh : décisions de taux, trajectoire du bilan, doctrine de communication. Il ne sera plus président, mais il pèsera. L’autorité formelle du président de la Fed s’exerce à travers la présidence du FOMC, le porte-parolat de l’institution et la conduite des conférences de presse. L’autorité intellectuelle, elle, se construit sur la durée, par les votes, par les positions exprimées, par le poids des années au Board. Powell, gouverneur, conserverait la seconde. Warsh, président, prendrait la première. Comment les deux cohabiteraient sur des sujets de doctrine divergents (FAIT vs cible stricte, taille de bilan, transparence) reste une question ouverte.
Pour les détenteurs français d’OAT (10 ans à 3,78 % à la clôture du 28 avril selon l’Agence France Trésor), le canal de transmission est indirect mais réel : les taux américains longs ancrent la courbe globale via le canal devises et les arbitrages internationaux. Un Warsh décidé à comprimer le bilan plus vite signifie, en deuxième tour, des conditions financières plus tendues sur les obligations souveraines européennes. La détention directe d’OAT et les fonds euros nouvellement constitués intégreront cette nouvelle norme de taux long sur 2027-2028, à mesure que les portefeuilles tournent.
Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.
FAQ
Pourquoi cette réunion FOMC du 29 avril 2026 est-elle différente des précédentes ?
C’est, selon toute vraisemblance, la dernière conférence de presse de Jerome Powell comme président de la Federal Reserve. Son mandat expire le 23 mai 2026. Aucune mise à jour des projections (SEP) ni du dot plot n’est prévue à cette réunion, ce qui concentre l’attention sur la formulation du communiqué et la conférence de presse. Le marché table à 100 % sur le maintien des taux dans la fourchette 3,50-3,75 % selon CME FedWatch.
Qui est Kevin Warsh et pourquoi Trump l’a-t-il choisi ?
Kevin Warsh, 56 ans, est un ancien gouverneur de la Federal Reserve (2006-2011). Plus jeune nommé de l’histoire au Board, il fut le bras droit de Ben Bernanke pendant la crise de 2008 sur les dossiers de marché (Bear Stearns, Lehman, AIG). Il a démissionné en mars 2011 en opposition au QE2. Depuis, fellow à la Hoover Institution de Stanford, il critique systématiquement les politiques de bilan et le pilotage par anticipation des taux. Sa nomination par Trump le positionne comme un président de Fed orthodoxe en doctrine, hostile aux outils non-conventionnels développés après 2008.
Que signifie concrètement le changement de régime monétaire annoncé par Warsh ?
Warsh a annoncé trois ruptures lors de son hearing du 21 avril 2026. Première rupture : abandonner le flexible average inflation targeting adopté en 2020 (qui tolère des dépassements de la cible 2 % après des périodes de sous-exécution) pour revenir à une cible 2 % stricte. Deuxième rupture : réduire significativement le bilan de la Fed (6,7 trillions de dollars au 22 avril, soit 23 % du PIB). Troisième rupture : abandonner le pilotage par anticipation des taux et le dot plot, pour revenir à une décision réunion par réunion.
Powell va-t-il vraiment rester gouverneur sous l’autorité de Warsh ?
Powell n’a pas encore tranché publiquement. Le DOJ a fermé son enquête le 24 avril 2026, et selon l’analyse publiée par Yahoo Finance le 28 avril rapportant la lecture de l’économiste en chef d’EY Gregory Daco, Powell envisage de rester gouverneur jusqu’en janvier 2028 pour assurer la continuité institutionnelle. Si l’option se concrétise, ce serait la première fois depuis Marriner Eccles en 1948 qu’un ancien président de la Fed reste gouverneur sous l’autorité de son successeur.
Quel impact pour les épargnants français ?
L’impact passe par le canal des taux longs. Si Warsh durcit le cadre monétaire américain (cible 2 % stricte, réduction de bilan accélérée), les rendements des Treasuries 10 ans pourraient remonter et ancrer la courbe globale, exerçant une pression indirecte sur l’OAT 10 ans française (3,78 % au 28 avril). Pour les détenteurs directs d’obligations souveraines, cela soutient une rémunération réelle positive. Pour les fonds euros, la transmission est lente : la rémunération nouvelle se construira sur 2027-2028 à mesure que les nouvelles OAT remplacent les anciennes.
Pour approfondir
- Pilier Système monétaire : l’ensemble de nos analyses sur la mécanique des banques centrales et la transition de régime
- Comment est créée la monnaie : pourquoi votre épargne perd de la valeur
- BCE 30 avril : 84 économistes sur 85 disent stop
- CPI mars 2026 : +3,3 % sur un an, l’inflation portée par le choc iranien

Mercredi 29 avril 2026, 14 heures Eastern. Jerome Powell ouvre la présentation du FOMC pour ce qui est, selon toute vraisemblance, sa dernière réunion comme président de la Federal Reserve. Le marché table à 100 % sur le maintien des taux dans la fourchette 3,50-3,75 %. Au même moment, dans la salle Dirksen 538 du Capitole, le Senate Banking Committee s’est réuni à 10 heures pour voter sur l’avancement de la nomination de Kevin Warsh, successeur désigné par Donald Trump. Trois leviers actionnés dans la même séance : la décision de politique monétaire, le vote en commission, et l’ombre d’une déclaration de Powell qui pourrait choisir de rester gouverneur jusqu’en janvier 2028. La transition de la banque centrale la plus puissante du monde s’enclenche aujourd’hui.
Pourquoi le 29 avril 2026 marque une bascule pour la Fed
Le mandat de Powell comme président (le terme officiel américain est chair, qui désigne le président du Board of Governors) expire le 23 mai 2026, quatre ans après son assermentation au second mandat. Trois semaines séparent la réunion FOMC d’aujourd’hui de la fin de fonction. Deux événements doivent s’enchaîner dans cet intervalle : le vote au Banking Committee, puis le vote en séance plénière du Sénat. Les républicains visent une confirmation avant le 23 mai, malgré la suspension sénatoriale prévue du 30 avril au 11 mai.
La singularité tient à un détail souvent oublié : Powell n’est pas obligé de quitter la Fed avec le titre de président. Son mandat de gouverneur, distinct du mandat présidentiel, court jusqu’au 31 janvier 2028. Powell a signalé en mars qu’il n’envisage pas de démissionner du Board avant que les enquêtes le concernant soient définitivement closes. Le Department of Justice a fermé son enquête le 24 avril 2026, et l’analyse publiée par Jennifer Schonberger sur Yahoo Finance le 28 avril rapporte la lecture de Gregory Daco, économiste en chef d’EY : Powell pourrait choisir de rester gouverneur jusqu’en janvier 2028 pour préserver la continuité institutionnelle et offrir un contrepoids stabilisateur durant la transition. Si l’option se concrétise, Warsh dirigerait la Fed avec, à sa table, l’ancien président qu’il vient de remplacer.
Cette configuration n’a pas de précédent récent : Bernanke, Yellen et Greenspan ont tous trois quitté le Board en quittant la présidence. La dernière fois qu’un ancien président est resté gouverneur sous l’autorité d’un successeur remonte à Marriner Eccles en 1948, après avoir cédé la présidence à Thomas McCabe.
Qui est Kevin Warsh et que veut-il changer
Warsh n’est pas un inconnu de la Fed. Selon la notice biographique de la Federal Reserve History, il a siégé au Board of Governors du 24 février 2006 au 31 mars 2011. Plus jeune gouverneur de l’histoire à 35 ans, il fut le bras droit de Ben Bernanke sur les marchés financiers pendant la crise de 2008 (Bear Stearns, Lehman, AIG).
Sa démission du Board en mars 2011 a coïncidé avec son opposition au programme de rachat de 600 milliards de dollars de bons du Trésor (QE2) soutenu par Bernanke. Warsh a ensuite rejoint la Hoover Institution à Stanford, où il a développé une critique systématique de la Fed post-crise : l’institution aurait glissé d’un mandat étroit (stabilité des prix, plein emploi) vers un soutien massif aux actifs financiers via l’expansion de bilan et le pilotage par anticipation des taux.
Lors de son audition devant le Senate Banking Committee le 21 avril 2026, dont la transcription est publique, Warsh a esquissé trois réformes structurelles. Première réforme : un changement de régime dans la conduite de la politique monétaire, avec un nouveau cadre d’inflation différent. Verbatim : “I think that means a regime change in the conduct of policy. I think that means a different new inflation framework.” Cela signifie opérationnellement abandonner le flexible average inflation targeting (FAIT) adopté par la Fed en 2020 (qui tolère des dépassements temporaires de la cible 2 % après des périodes de sous-exécution) et revenir à une cible 2 % stricte.
Deuxième réforme : une réduction du bilan. Warsh considère que l’outil bilan agit de manière asymétrique. Verbatim : “The balance sheet tool disproportionately helps those with financial assets.” Pour comprendre pourquoi cette critique structure sa doctrine, il faut nommer la mécanique. L’expansion du bilan d’une banque centrale est une création de monnaie originelle : la banque achète des titres et règle ses achats avec des dollars qui n’existaient pas avant. C’est différent de la monnaie créée par les banques commerciales lorsqu’elles accordent un crédit (la monnaie-dette, adossée à un travail futur de l’emprunteur). La création originelle, elle, dilue le pouvoir d’achat de toute la monnaie déjà en circulation, et cette dilution se transmet d’abord aux marchés où la liquidité injectée se loge en priorité : les actions, l’immobilier, les obligations longues. Les détenteurs d’actifs voient le prix nominal de leur patrimoine monter avant que l’inflation des biens et services ne se diffuse à l’économie réelle. C’est exactement ce que vise Warsh quand il qualifie le bilan d’asymétrique : les ménages déjà patrimonialisés profitent en premier, les autres encaissent l’inflation au bout de la chaîne. Le bilan de la Fed atteignait 6 707 milliards de dollars au 22 avril 2026, soit environ 23 % du PIB américain. À titre de comparaison, le bilan total de la Fed s’établissait à 868,9 milliards de dollars au 15 août 2007, juste avant les premières interventions de liquidité de la crise des subprimes, soit environ 6 % du PIB de l’époque. Ramener le bilan à son poids pré-crise impliquerait donc une compression d’un facteur 4 en pourcentage du PIB. Warsh n’a pas chiffré publiquement cet objectif, mais ses prises de position chez Hoover convergent vers cet ordre de grandeur.
Troisième réforme : une révision de la communication, avec abandon de la forward guidance (le pilotage par anticipation, où la banque centrale signale à l’avance la trajectoire probable de ses futures décisions de taux pour orienter les marchés) et du dot plot (le tableau anonymisé des projections individuelles de taux des 19 membres du FOMC, publié quatre fois par an dans le Summary of Economic Projections). Verbatim : “If the Fed were to wait until it gets into a meeting before making a decision, that incremental deliberation can keep the Central Bank from compounding its errors.” Cela rapproche le pilotage de l’institution d’une logique BCE pré-2014 : on décide à la réunion, on ne s’engage pas en avance.
Pourquoi le marché n’attend rien de cette réunion FOMC
Le calendrier officiel du FOMC indique que la réunion du 28-29 avril 2026 ne comporte pas de mise à jour des projections (SEP) ni de dot plot. La décision se concentre donc sur deux éléments : la formulation du communiqué, et la conférence de presse Powell à 14h30 ET. Selon l’outil CME FedWatch, la probabilité implicite d’un maintien des taux dans la fourchette 3,50-3,75 % atteint 100 %. La question est ailleurs.
Powell héritera d’un dossier délicat : l’inflation américaine reste à 3,3 % en glissement annuel selon le CPI de mars 2026 (cf. notre analyse du 11 avril sur le CPI), très au-dessus de la cible 2 %. Le contexte du choc pétrolier iranien (Brent à 111 dollars le 28 avril, plus haut depuis mars) compliquera tout message accommodant (le terme américain est dovish, qui désigne une posture de banque centrale plutôt favorable à la baisse ou au maintien bas des taux directeurs). Mais Powell ne peut pas non plus annoncer un durcissement implicite alors que son mandat se termine et que son successeur défend une doctrine différente de la sienne. La conférence de presse sera surveillée mot par mot pour deux signaux : (a) ce qu’il concède sur le bilan du framework FAIT face au choc d’offre, (b) ce qu’il dit du chemin vers la cible 2 %.
Le débat doctrinal qui se loge derrière la transition
La transition Powell vers Warsh n’est pas seulement un changement de personne. Elle pose une question doctrinale dérangeante : un cadre d’inflation 2 % strict est-il opérant face à un cumul de sources d’inflation hétérogènes que les taux directeurs ne traitent pas tous de la même façon ? L’inflation américaine de 2026 ne vient pas seulement d’une expansion monétaire récente, elle vient aussi de causes extérieures, au premier rang desquelles le choc pétrolier iranien qui frappe les économies importatrices d’énergie depuis le pic du Brent en mars. Cette inflation énergétique n’obéit pas aux mêmes ressorts que l’inflation monétaire de 2021-2023, et un cadre de cible stricte 2 % piloté par les taux directeurs ne dispose pas de levier direct pour la corriger.
Le choc pétrolier frappe en réalité l’ensemble de l’économie mondiale, mais l’exposition des États-Unis y est moindre que celle des Européens : l’économie américaine dispose d’une production domestique abondante de pétrole de schiste et de gaz, et elle est exportatrice nette d’hydrocarbures depuis 2020. Le canal d’inflation énergétique reste réel sur le carburant et la logistique, mais il est amorti par cette indépendance partielle.
À ce shock d’offre extérieur s’ajoute un shock d’offre intérieur spécifiquement américain : les tarifs douaniers Trump. La proclamation présidentielle du 2 avril 2026 fixant à 100 % les droits de douane sur les médicaments brevetés importés illustre la mécanique. Le tarif nominal est de 100 %, mais l’architecture est conçue comme un escalier d’incitation : 0 % pour les groupes signataires d’un accord de tarification MFN avec le Secrétaire à la Santé et disposant d’un plan d’onshoring approuvé (jusqu’au 20 janvier 2029), 20 % pour les groupes ayant un plan d’onshoring validé sans accord MFN (avec retour à 100 % le 2 avril 2030), 15 % pour l’Union européenne, le Japon, la Corée du Sud, la Suisse et le Liechtenstein, 10 % pour le Royaume-Uni, et 0 % pour les médicaments orphelins, les médecines nucléaires et les thérapies cellulaires. Les génériques restent hors champ. La proclamation prolonge une séquence de relèvements (acier, aluminium, semi-conducteurs, biens finis) actée depuis 2025. Mécaniquement, un tarif renchérit le prix domestique du bien importé et de ses substituts non exemptés. Pour un cadre 2 % strict, la difficulté est que ce renchérissement n’est pas une erreur de politique monétaire à corriger par les taux : c’est une décision de politique commerciale qui injecte une inflation administrée dans le panier CPI, indépendamment de ce que fait la Fed.
Warsh hérite donc d’un environnement où l’outil canonique de la banque centrale rencontre un cumul de pressions hétérogènes : inflation monétaire résiduelle de l’expansion 2020-2021, inflation énergétique importée du choc iranien, inflation administrée des tarifs Trump. Sa difficulté n’est pas si différente de celle de Christine Lagarde côté BCE, à une exception près : l’économie américaine conserve de l’activité, là où le PMI composite zone euro est tombé à 47,4 en avril, en territoire de récession. Cette résilience donne à Warsh une marge de durcissement que Lagarde n’a pas, et c’est ce différentiel d’activité plus que la divergence doctrinale qui pourrait écarter durablement les courbes de taux des deux côtés de l’Atlantique sur 2027-2028.
Que change concrètement le vote Banking Committee de ce matin
Le vote en executive session du Senate Banking Committee, programmé aujourd’hui à 10 heures ET dans la salle Dirksen 538, déclenche le calendrier final. Le blocage qui durait depuis février a sauté le 26 avril, quand le sénateur républicain Thom Tillis a annoncé sur NBC Meet the Press son revirement : “I am prepared to move on with the confirmation of Mr. Warsh.” Sa condition préalable était la fin de l’enquête DOJ contre Powell, qu’il qualifiait de “vindictive prosecution” menaçant l’indépendance de la banque centrale.
Si le vote passe ce matin (probabilité très élevée compte tenu de la majorité républicaine et du ralliement de Tillis), la nomination remonte au plein Sénat pour une confirmation visée avant le 23 mai. La fenêtre 11-22 mai est étroite.
Pour les détenteurs de bons du Trésor (rendement 10 ans à 4,354 % à la clôture du 28 avril), la question n’est pas le vote mais la trajectoire du framework Warsh. Un cadre de cible 2 % stricte combiné à une réduction de bilan plus rapide signifie, mécaniquement, une politique monétaire plus restrictive à horizon 12-18 mois. C’est ce que le marché obligataire essaiera d’anticiper dès les premiers signaux Warsh.
Le scénario Powell gouverneur : pourquoi c’est inédit
S’il choisit de rester gouverneur jusqu’en janvier 2028, Powell participera aux votes du FOMC pendant 21 mois sous l’autorité de Warsh : décisions de taux, trajectoire du bilan, doctrine de communication. Il ne sera plus président, mais il pèsera. L’autorité formelle du président de la Fed s’exerce à travers la présidence du FOMC, le porte-parolat de l’institution et la conduite des conférences de presse. L’autorité intellectuelle, elle, se construit sur la durée, par les votes, par les positions exprimées, par le poids des années au Board. Powell, gouverneur, conserverait la seconde. Warsh, président, prendrait la première. Comment les deux cohabiteraient sur des sujets de doctrine divergents (FAIT vs cible stricte, taille de bilan, transparence) reste une question ouverte.
Pour les détenteurs français d’OAT (10 ans à 3,78 % à la clôture du 28 avril selon l’Agence France Trésor), le canal de transmission est indirect mais réel : les taux américains longs ancrent la courbe globale via le canal devises et les arbitrages internationaux. Un Warsh décidé à comprimer le bilan plus vite signifie, en deuxième tour, des conditions financières plus tendues sur les obligations souveraines européennes. La détention directe d’OAT et les fonds euros nouvellement constitués intégreront cette nouvelle norme de taux long sur 2027-2028, à mesure que les portefeuilles tournent.
Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.
FAQ
Pourquoi cette réunion FOMC du 29 avril 2026 est-elle différente des précédentes ?
C’est, selon toute vraisemblance, la dernière conférence de presse de Jerome Powell comme président de la Federal Reserve. Son mandat expire le 23 mai 2026. Aucune mise à jour des projections (SEP) ni du dot plot n’est prévue à cette réunion, ce qui concentre l’attention sur la formulation du communiqué et la conférence de presse. Le marché table à 100 % sur le maintien des taux dans la fourchette 3,50-3,75 % selon CME FedWatch.
Qui est Kevin Warsh et pourquoi Trump l’a-t-il choisi ?
Kevin Warsh, 56 ans, est un ancien gouverneur de la Federal Reserve (2006-2011). Plus jeune nommé de l’histoire au Board, il fut le bras droit de Ben Bernanke pendant la crise de 2008 sur les dossiers de marché (Bear Stearns, Lehman, AIG). Il a démissionné en mars 2011 en opposition au QE2. Depuis, fellow à la Hoover Institution de Stanford, il critique systématiquement les politiques de bilan et le pilotage par anticipation des taux. Sa nomination par Trump le positionne comme un président de Fed orthodoxe en doctrine, hostile aux outils non-conventionnels développés après 2008.
Que signifie concrètement le changement de régime monétaire annoncé par Warsh ?
Warsh a annoncé trois ruptures lors de son hearing du 21 avril 2026. Première rupture : abandonner le flexible average inflation targeting adopté en 2020 (qui tolère des dépassements de la cible 2 % après des périodes de sous-exécution) pour revenir à une cible 2 % stricte. Deuxième rupture : réduire significativement le bilan de la Fed (6,7 trillions de dollars au 22 avril, soit 23 % du PIB). Troisième rupture : abandonner le pilotage par anticipation des taux et le dot plot, pour revenir à une décision réunion par réunion.
Powell va-t-il vraiment rester gouverneur sous l’autorité de Warsh ?
Powell n’a pas encore tranché publiquement. Le DOJ a fermé son enquête le 24 avril 2026, et selon l’analyse publiée par Yahoo Finance le 28 avril rapportant la lecture de l’économiste en chef d’EY Gregory Daco, Powell envisage de rester gouverneur jusqu’en janvier 2028 pour assurer la continuité institutionnelle. Si l’option se concrétise, ce serait la première fois depuis Marriner Eccles en 1948 qu’un ancien président de la Fed reste gouverneur sous l’autorité de son successeur.
Quel impact pour les épargnants français ?
L’impact passe par le canal des taux longs. Si Warsh durcit le cadre monétaire américain (cible 2 % stricte, réduction de bilan accélérée), les rendements des Treasuries 10 ans pourraient remonter et ancrer la courbe globale, exerçant une pression indirecte sur l’OAT 10 ans française (3,78 % au 28 avril). Pour les détenteurs directs d’obligations souveraines, cela soutient une rémunération réelle positive. Pour les fonds euros, la transmission est lente : la rémunération nouvelle se construira sur 2027-2028 à mesure que les nouvelles OAT remplacent les anciennes.
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