Registre officiel aux pages blanches dans une salle fédérale : un an après le GENIUS Act, zéro règle finale.

Le 18 juillet 2026, un an jour pour jour après la promulgation du GENIUS Act, l’échéance que la loi américaine avait elle-même fixée pour encadrer les stablecoins dollar est arrivée sans qu’une seule règle finale soit publiée. Cinq agences fédérales ont déposé des projets de règles ; deux autres, dont la Réserve fédérale, n’ont rien proposé du tout. La loi existe, les règles qui doivent la faire vivre, non.

En juillet 2025, le texte avait été signé en fanfare, présenté comme l’acte par lequel les États-Unis transformaient le stablecoin dollar en infrastructure monétaire encadrée. Douze mois plus tard, le récit politique a pris une longueur d’avance sur l’appareil administratif censé lui donner un contenu juridique. Ce décalage ne dit pas que la loi a échoué. Il éclaire l’écart entre la vitesse à laquelle un État légifère et la lenteur avec laquelle il écrit les règles qui rendent une loi opposable.

Quelle échéance le GENIUS Act vient-il de manquer ?

Le GENIUS Act (loi S.1582), promulgué le 18 juillet 2025, a confié aux régulateurs fédéraux un an pour publier les règles d’application du régime des stablecoins de paiement, soit jusqu’au 18 juillet 2026. Cette date tombe un samedi ; même reportée au premier jour ouvré suivant, le lundi 20 juillet, elle ne change rien à l’essentiel, puisqu’aucune règle finale n’existe.

Deux calendriers coexistent, qu’il faut distinguer. Le premier est ce délai de rédaction d’un an. Le second est la date d’entrée en vigueur du régime, qui retient le plus tôt de deux termes : cent vingt jours après la publication des règles finales, ou dix-huit mois après la promulgation, soit le 18 janvier 2027. Le premier pourrait l’avancer à la fin de 2026 ; le second fait plafond : passé cette date, le régime s’applique, que les règles soient écrites ou non, sans pouvoir glisser au-delà.

La nuance technique est importante. Une règle proposée, en anglais Notice of Proposed Rulemaking ou NPRM, est le projet soumis aux commentaires du public : elle n’a aucune valeur contraignante, c’est un brouillon ouvert à discussion. Seule une règle finale, publiée au terme de cette consultation, oblige les acteurs concernés. Un an après le vote, ce sont uniquement des brouillons qui existent.

Faut-il y voir une défaillance ? Le précédent invite à la prudence. Lors de la mise en œuvre de la loi Dodd-Frank, votée en 2010, les régulateurs américains avaient laissé filer plus de la moitié des échéances de rédaction fixées par le Congrès. Manquer un délai de rulemaking, le processus de rédaction réglementaire, n’est donc pas une exception américaine : c’est presque la règle. Ce constat sert de grille de lecture à tout ce qui suit. Il ne s’agit pas d’un effondrement, mais d’un écart structurel entre le temps du vote et le temps de l’écriture des règles.

C’est aussi ce qui distingue ce dossier d’un autre mouvement récent : la contraction de l’offre de stablecoins observée sur la chaîne au moment même où Washington les consacrait, que nous avons analysée à part. Ici, le sujet n’est pas le marché, c’est le calendrier du droit.

Pourquoi aucune règle finale un an après ?

Le régime confié par la loi ne repose pas sur une seule agence, mais sur plusieurs administrations appelées à coordonner leurs textes. À la mi-juillet 2026, cinq d’entre elles ont publié des projets de règles : le contrôleur de la monnaie (OCC), l’agence de garantie des dépôts (FDIC), le régulateur des coopératives de crédit (NCUA), le Trésor et la cellule anti-blanchiment FinCEN. Aucune n’a franchi l’étape de la règle finale.

Deux acteurs n’ont même pas ouvert le chantier : la Réserve fédérale, pourtant désignée comme régulateur de référence des stablecoins de paiement, et l’OFAC, l’administration des sanctions. Le Trésor, de son côté, avait lancé sa consultation dès l’automne 2025, sans aboutir. Plusieurs projets n’ont par ailleurs été ouverts aux commentaires du public qu’au printemps ou à l’été 2026, si bien que leur version définitive ne pouvait matériellement pas précéder l’échéance de juillet.

La loi n’a pas laissé le régime dans le vide : le plafond des dix-huit mois le rend applicable automatiquement, avec ou sans règles finales. Ce qu’elle n’a pas prévu, c’est de garantir que ces règles soient prêtes à temps, ni de sanction pour les agences en retard. Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est pas la loi, ce sont les textes qui doivent la traduire en obligations concrètes.

Ce que ces règles manquantes doivent encadrer

Pour comprendre l’enjeu, il faut savoir ce qu’un régime de stablecoins gouverne réellement. Un stablecoin de paiement, comme l’USDC ou l’USDT, ne crée pas de monnaie : il tokenise un dollar qui existe déjà. En clair, quand vous achetez un stablecoin, vous remettez à l’émetteur de la monnaie classique, et il vous délivre en échange un jeton numérique adossé à une réserve. Pour chaque jeton en circulation, un dollar d’actifs est censé exister quelque part, placé pour l’essentiel en bons du Trésor américain à court terme, une part restant en liquidités pour honorer les rachats.

Ce que le cadre fédéral du GENIUS Act doit verrouiller tient dans cet adossement : la vérifiabilité des réserves, le droit de racheter son jeton au pair, c’est-à-dire de récupérer un dollar pour un jeton à tout moment, et un régime de lutte anti-blanchiment et de sanctions propre à ces émetteurs. Tant que les règles finales n’existent pas, ces obligations uniformes, spécifiques et opposables au niveau fédéral n’existent pas non plus.

Cela ne signifie pas que les émetteurs opèrent dans le vide. Ils restent soumis à un ensemble de règles préexistantes : la réglementation fédérale anti-blanchiment, les sanctions de l’OFAC, les lois des États sur le transfert d’argent, les money transmitter laws, et, pour certains, l’encadrement du régulateur financier de l’État de New York. Ce socle continue de s’appliquer. Ce qui manque, c’est la garantie fédérale dédiée que la loi promettait : des réserves contrôlées selon un standard commun, un droit de rachat au pair inscrit dans un texte contraignant.

Pour le détenteur d’un stablecoin dollar, la nuance est concrète. Votre jeton n’est ni hors-la-loi ni sans surveillance : le socle existant vous couvre en partie. Mais la promesse d’un cadre unique et homogène, celle qui justifiait le discours sur des stablecoins « enfin sécurisés », reste pour l’instant un texte sans règles. Ce cadre, quand il existera, portera sur l’émetteur du jeton, pas sur l’intermédiaire qui le conserve pour vous. La différence se voit quand la plateforme où le jeton est déposé annonce sa fermeture : le régime de l’émetteur ne change rien à la date de sortie imposée.

L’Europe applique, l’Amérique délibère

Le contraste avec l’Europe éclaire l’enjeu de souveraineté. Le règlement européen MiCA, entré en application en 2024, encadre déjà les émetteurs de stablecoins : il impose un agrément, des réserves, un droit de rachat. Ce cadre est opérationnel, ce qui ne veut pas dire optimal. L’USDT de Tether, premier stablecoin mondial, n’y a pas obtenu le statut requis, et les plateformes régulées de l’Union l’ont écarté pour les particuliers, au risque de réduire la profondeur du marché européen. Le contraste n’est donc pas « meilleur contre moins bon », mais « appliqué contre promis ».

C’est là que se loge le vrai sujet, au-delà de la seule question de la protection. Le stablecoin dollar avance sur deux jambes de longueur inégale. La jambe politique est rapide et bruyante : une loi votée en fanfare, un dollar numérique présenté comme la prochaine infrastructure du paiement mondial. La jambe juridique est lente et silencieuse : l’appareil administratif qui doit donner à cette ambition un contenu opposable n’a pas suivi. Cette asymétrie, entre la puissance du récit et la lenteur de l’État qui doit l’écrire, est le cœur de l’affaire pour qui s’intéresse à la souveraineté financière et à la place du dollar.

Pour l’investisseur qui pensait que l’État américain avait déjà fait du stablecoin dollar une infrastructure monétaire sûre et bordée, le décalage a une valeur pédagogique : une loi votée n’est pas un cadre en vigueur. Savoir lire cette différence, distinguer l’annonce du droit applicable, décider en connaissance de cause plutôt qu’au gré des récits : c’est le type de cadre de décision que la newsletter hebdomadaire Monnaies & Libertés aide à construire, semaine après semaine, pour celles et ceux qui veulent garder la main. Pour qui souhaite s’y intéresser, c’est par ici.

Un an après, la première jambe porte encore tout le poids du récit. Les règles viendront, le cadre s’appliquera, probablement au tournant de 2027. D’ici là, la leçon n’est pas de fuir les stablecoins ni de guetter le prochain communiqué réglementaire. Elle est plus simple : ne pas confondre le jour où une loi est signée avec le jour où elle gouverne vraiment.

Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

Questions fréquentes sur le GENIUS Act et les stablecoins

Le GENIUS Act est-il annulé parce que l’échéance du 18 juillet 2026 a été manquée ?

Non. Un dépassement du délai de rédaction n’annule pas la loi. Le GENIUS Act reste en vigueur ; ce sont ses règles d’application qui manquent. Le régime, lui, entrera en vigueur au plus tard le 18 janvier 2027, dix-huit mois après la promulgation, et ce plafond s’impose même sans règles finales. Une publication rapide de ces règles pourrait l’avancer à la fin de 2026, mais l’échéance ne peut pas glisser au-delà. Manquer une échéance de rédaction réglementaire est d’ailleurs fréquent aux États-Unis.

Mes stablecoins USDC ou USDT sont-ils sans aucune régulation aux États-Unis ?

Non. Les émetteurs de stablecoins restent soumis à des règles préexistantes : réglementation fédérale anti-blanchiment, sanctions de l’OFAC, lois des États sur le transfert d’argent, et pour certains l’encadrement du régulateur de l’État de New York. Ce qui n’existe pas encore, c’est le cadre fédéral dédié du GENIUS Act, avec ses obligations uniformes de réserves et son droit de rachat au pair, tant que les règles finales ne sont pas publiées.

Qu’est-ce que le GENIUS Act change par rapport à MiCA en Europe ?

Le règlement MiCA encadre les stablecoins dans l’Union européenne depuis 2024 : agrément, réserves, droit de rachat. Il est appliqué, mais il a conduit à écarter l’USDT des plateformes régulées européennes, faute d’agrément. Le GENIUS Act, lui, a été voté, mais ses règles d’application ne sont pas encore écrites. La différence tient en trois mots : en Europe, le cadre est appliqué ; aux États-Unis, il est promis.

Un stablecoin, est-ce que « ça crée de la monnaie » ?

Non. Un stablecoin de paiement ne crée pas de monnaie : il tokenise un dollar qui existe déjà, en le remplaçant par un jeton adossé à une réserve d’actifs, des bons du Trésor à court terme pour l’essentiel et des liquidités pour les rachats. C’est précisément cet adossement, sa vérifiabilité et le droit de rachat au pair, que les règles finales du GENIUS Act doivent encadrer.

Registre officiel aux pages blanches dans une salle fédérale : un an après le GENIUS Act, zéro règle finale.

Le 18 juillet 2026, un an jour pour jour après la promulgation du GENIUS Act, l’échéance que la loi américaine avait elle-même fixée pour encadrer les stablecoins dollar est arrivée sans qu’une seule règle finale soit publiée. Cinq agences fédérales ont déposé des projets de règles ; deux autres, dont la Réserve fédérale, n’ont rien proposé du tout. La loi existe, les règles qui doivent la faire vivre, non.

En juillet 2025, le texte avait été signé en fanfare, présenté comme l’acte par lequel les États-Unis transformaient le stablecoin dollar en infrastructure monétaire encadrée. Douze mois plus tard, le récit politique a pris une longueur d’avance sur l’appareil administratif censé lui donner un contenu juridique. Ce décalage ne dit pas que la loi a échoué. Il éclaire l’écart entre la vitesse à laquelle un État légifère et la lenteur avec laquelle il écrit les règles qui rendent une loi opposable.

Quelle échéance le GENIUS Act vient-il de manquer ?

Le GENIUS Act (loi S.1582), promulgué le 18 juillet 2025, a confié aux régulateurs fédéraux un an pour publier les règles d’application du régime des stablecoins de paiement, soit jusqu’au 18 juillet 2026. Cette date tombe un samedi ; même reportée au premier jour ouvré suivant, le lundi 20 juillet, elle ne change rien à l’essentiel, puisqu’aucune règle finale n’existe.

Deux calendriers coexistent, qu’il faut distinguer. Le premier est ce délai de rédaction d’un an. Le second est la date d’entrée en vigueur du régime, qui retient le plus tôt de deux termes : cent vingt jours après la publication des règles finales, ou dix-huit mois après la promulgation, soit le 18 janvier 2027. Le premier pourrait l’avancer à la fin de 2026 ; le second fait plafond : passé cette date, le régime s’applique, que les règles soient écrites ou non, sans pouvoir glisser au-delà.

La nuance technique est importante. Une règle proposée, en anglais Notice of Proposed Rulemaking ou NPRM, est le projet soumis aux commentaires du public : elle n’a aucune valeur contraignante, c’est un brouillon ouvert à discussion. Seule une règle finale, publiée au terme de cette consultation, oblige les acteurs concernés. Un an après le vote, ce sont uniquement des brouillons qui existent.

Faut-il y voir une défaillance ? Le précédent invite à la prudence. Lors de la mise en œuvre de la loi Dodd-Frank, votée en 2010, les régulateurs américains avaient laissé filer plus de la moitié des échéances de rédaction fixées par le Congrès. Manquer un délai de rulemaking, le processus de rédaction réglementaire, n’est donc pas une exception américaine : c’est presque la règle. Ce constat sert de grille de lecture à tout ce qui suit. Il ne s’agit pas d’un effondrement, mais d’un écart structurel entre le temps du vote et le temps de l’écriture des règles.

C’est aussi ce qui distingue ce dossier d’un autre mouvement récent : la contraction de l’offre de stablecoins observée sur la chaîne au moment même où Washington les consacrait, que nous avons analysée à part. Ici, le sujet n’est pas le marché, c’est le calendrier du droit.

Pourquoi aucune règle finale un an après ?

Le régime confié par la loi ne repose pas sur une seule agence, mais sur plusieurs administrations appelées à coordonner leurs textes. À la mi-juillet 2026, cinq d’entre elles ont publié des projets de règles : le contrôleur de la monnaie (OCC), l’agence de garantie des dépôts (FDIC), le régulateur des coopératives de crédit (NCUA), le Trésor et la cellule anti-blanchiment FinCEN. Aucune n’a franchi l’étape de la règle finale.

Deux acteurs n’ont même pas ouvert le chantier : la Réserve fédérale, pourtant désignée comme régulateur de référence des stablecoins de paiement, et l’OFAC, l’administration des sanctions. Le Trésor, de son côté, avait lancé sa consultation dès l’automne 2025, sans aboutir. Plusieurs projets n’ont par ailleurs été ouverts aux commentaires du public qu’au printemps ou à l’été 2026, si bien que leur version définitive ne pouvait matériellement pas précéder l’échéance de juillet.

La loi n’a pas laissé le régime dans le vide : le plafond des dix-huit mois le rend applicable automatiquement, avec ou sans règles finales. Ce qu’elle n’a pas prévu, c’est de garantir que ces règles soient prêtes à temps, ni de sanction pour les agences en retard. Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est pas la loi, ce sont les textes qui doivent la traduire en obligations concrètes.

Ce que ces règles manquantes doivent encadrer

Pour comprendre l’enjeu, il faut savoir ce qu’un régime de stablecoins gouverne réellement. Un stablecoin de paiement, comme l’USDC ou l’USDT, ne crée pas de monnaie : il tokenise un dollar qui existe déjà. En clair, quand vous achetez un stablecoin, vous remettez à l’émetteur de la monnaie classique, et il vous délivre en échange un jeton numérique adossé à une réserve. Pour chaque jeton en circulation, un dollar d’actifs est censé exister quelque part, placé pour l’essentiel en bons du Trésor américain à court terme, une part restant en liquidités pour honorer les rachats.

Ce que le cadre fédéral du GENIUS Act doit verrouiller tient dans cet adossement : la vérifiabilité des réserves, le droit de racheter son jeton au pair, c’est-à-dire de récupérer un dollar pour un jeton à tout moment, et un régime de lutte anti-blanchiment et de sanctions propre à ces émetteurs. Tant que les règles finales n’existent pas, ces obligations uniformes, spécifiques et opposables au niveau fédéral n’existent pas non plus.

Cela ne signifie pas que les émetteurs opèrent dans le vide. Ils restent soumis à un ensemble de règles préexistantes : la réglementation fédérale anti-blanchiment, les sanctions de l’OFAC, les lois des États sur le transfert d’argent, les money transmitter laws, et, pour certains, l’encadrement du régulateur financier de l’État de New York. Ce socle continue de s’appliquer. Ce qui manque, c’est la garantie fédérale dédiée que la loi promettait : des réserves contrôlées selon un standard commun, un droit de rachat au pair inscrit dans un texte contraignant.

Pour le détenteur d’un stablecoin dollar, la nuance est concrète. Votre jeton n’est ni hors-la-loi ni sans surveillance : le socle existant vous couvre en partie. Mais la promesse d’un cadre unique et homogène, celle qui justifiait le discours sur des stablecoins « enfin sécurisés », reste pour l’instant un texte sans règles. Ce cadre, quand il existera, portera sur l’émetteur du jeton, pas sur l’intermédiaire qui le conserve pour vous. La différence se voit quand la plateforme où le jeton est déposé annonce sa fermeture : le régime de l’émetteur ne change rien à la date de sortie imposée.

L’Europe applique, l’Amérique délibère

Le contraste avec l’Europe éclaire l’enjeu de souveraineté. Le règlement européen MiCA, entré en application en 2024, encadre déjà les émetteurs de stablecoins : il impose un agrément, des réserves, un droit de rachat. Ce cadre est opérationnel, ce qui ne veut pas dire optimal. L’USDT de Tether, premier stablecoin mondial, n’y a pas obtenu le statut requis, et les plateformes régulées de l’Union l’ont écarté pour les particuliers, au risque de réduire la profondeur du marché européen. Le contraste n’est donc pas « meilleur contre moins bon », mais « appliqué contre promis ».

C’est là que se loge le vrai sujet, au-delà de la seule question de la protection. Le stablecoin dollar avance sur deux jambes de longueur inégale. La jambe politique est rapide et bruyante : une loi votée en fanfare, un dollar numérique présenté comme la prochaine infrastructure du paiement mondial. La jambe juridique est lente et silencieuse : l’appareil administratif qui doit donner à cette ambition un contenu opposable n’a pas suivi. Cette asymétrie, entre la puissance du récit et la lenteur de l’État qui doit l’écrire, est le cœur de l’affaire pour qui s’intéresse à la souveraineté financière et à la place du dollar.

Pour l’investisseur qui pensait que l’État américain avait déjà fait du stablecoin dollar une infrastructure monétaire sûre et bordée, le décalage a une valeur pédagogique : une loi votée n’est pas un cadre en vigueur. Savoir lire cette différence, distinguer l’annonce du droit applicable, décider en connaissance de cause plutôt qu’au gré des récits : c’est le type de cadre de décision que la newsletter hebdomadaire Monnaies & Libertés aide à construire, semaine après semaine, pour celles et ceux qui veulent garder la main. Pour qui souhaite s’y intéresser, c’est par ici.

Un an après, la première jambe porte encore tout le poids du récit. Les règles viendront, le cadre s’appliquera, probablement au tournant de 2027. D’ici là, la leçon n’est pas de fuir les stablecoins ni de guetter le prochain communiqué réglementaire. Elle est plus simple : ne pas confondre le jour où une loi est signée avec le jour où elle gouverne vraiment.

Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

Questions fréquentes sur le GENIUS Act et les stablecoins

Le GENIUS Act est-il annulé parce que l’échéance du 18 juillet 2026 a été manquée ?

Non. Un dépassement du délai de rédaction n’annule pas la loi. Le GENIUS Act reste en vigueur ; ce sont ses règles d’application qui manquent. Le régime, lui, entrera en vigueur au plus tard le 18 janvier 2027, dix-huit mois après la promulgation, et ce plafond s’impose même sans règles finales. Une publication rapide de ces règles pourrait l’avancer à la fin de 2026, mais l’échéance ne peut pas glisser au-delà. Manquer une échéance de rédaction réglementaire est d’ailleurs fréquent aux États-Unis.

Mes stablecoins USDC ou USDT sont-ils sans aucune régulation aux États-Unis ?

Non. Les émetteurs de stablecoins restent soumis à des règles préexistantes : réglementation fédérale anti-blanchiment, sanctions de l’OFAC, lois des États sur le transfert d’argent, et pour certains l’encadrement du régulateur de l’État de New York. Ce qui n’existe pas encore, c’est le cadre fédéral dédié du GENIUS Act, avec ses obligations uniformes de réserves et son droit de rachat au pair, tant que les règles finales ne sont pas publiées.

Qu’est-ce que le GENIUS Act change par rapport à MiCA en Europe ?

Le règlement MiCA encadre les stablecoins dans l’Union européenne depuis 2024 : agrément, réserves, droit de rachat. Il est appliqué, mais il a conduit à écarter l’USDT des plateformes régulées européennes, faute d’agrément. Le GENIUS Act, lui, a été voté, mais ses règles d’application ne sont pas encore écrites. La différence tient en trois mots : en Europe, le cadre est appliqué ; aux États-Unis, il est promis.

Un stablecoin, est-ce que « ça crée de la monnaie » ?

Non. Un stablecoin de paiement ne crée pas de monnaie : il tokenise un dollar qui existe déjà, en le remplaçant par un jeton adossé à une réserve d’actifs, des bons du Trésor à court terme pour l’essentiel et des liquidités pour les rachats. C’est précisément cet adossement, sa vérifiabilité et le droit de rachat au pair, que les règles finales du GENIUS Act doivent encadrer.

Laurent Blasco, fondateur de Monnaies & Libertés

Laurent Blasco

Ex-chirurgien | Fondateur de Monnaies & Libertés | J’enseigne l’art de maîtriser son capital

Ancien chirurgien orthopédique, Laurent aide aujourd’hui les particuliers à comprendre la monnaie, les marchés et l’investissement pour reprendre le contrôle de leur capital à l’ère de Bitcoin.