Un huissier en livrée referme lentement l'un des battants de la porte de la Banque d'Angleterre, sur Threadneedle Street, dans la City de Londres

Depuis 2009, la Banque d’Angleterre a créé de la monnaie pour racheter la dette de son propre État : près de 900 milliards de livres au plus haut. Jeudi 17 septembre, elle a fixé la date de sa sortie : 2034. Reste la question que ce vote ne pose pas : pendant tout ce temps, qui a payé ?

L’essentiel

  • Le 17 septembre 2026, la Banque d’Angleterre a publié le vote unanime de son comité de politique monétaire : la sortie des obligations d’État rachetées depuis 2009. Plus rien d’ici la fin 2034, sauf 120 milliards de livres gardés en face des billets en circulation.
  • Défaire, c’est laisser ces titres arriver à leur terme ou les revendre : l’argent créé pour les acheter disparaît alors, écrit la Banque. La dette de l’État, elle, ne disparaît pas. Elle retourne au marché, aux taux d’aujourd’hui.
  • Le Trésor britannique garantit ces rachats : tout gain et toute perte sont pour lui, donc pour le contribuable. Ces rachats lui ont rapporté près de 124 milliards de livres jusqu’en 2022 ; il en a depuis rendu presque tout.

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D’où vient l’argent de ces rachats ?

Tout commence en mars 2009, après la crise financière. La Banque d’Angleterre se met à acheter la dette de son propre État, et cet argent, elle ne le prend à personne : elle le crée. Ses mots, sur son site : « nous pouvons créer de la monnaie de façon numérique ». Une écriture, et les obligations entrent chez elle. Répété achat après achat, cela donne le stock qu’elle défait aujourd’hui. C’est à cet étage du système que la monnaie est créée, d’une décision et d’une écriture.

Comment défait-on des rachats de dette ?

Le chemin inverse tient en deux gestes. Ou bien l’obligation arrive à son terme et l’État rembourse ; ou bien la Banque la revend, et l’acheteur paie. Dans les deux cas, écrit-elle, « la monnaie que nous avons créée pour acheter les obligations disparaît ». Ce n’est pas de l’argent qu’on range dans un coffre : c’est une ligne qu’on raye.

Reste à savoir avec quoi l’État paie. La Banque étudie justement un schéma où le Trésor rachèterait lui-même une partie de ces titres, et la lettre du chancelier de l’Échiquier au gouverneur dit comment il s’y prendrait. Les titres seraient annulés, et pour les payer, le Trésor ferait émettre « un montant de dette correspondant ». Pas une épargne mise de côté : de la dette neuve. L’offre de dette britannique sur le marché, précise-t-il, resterait inchangée.

La dette ne s’efface donc pas : elle change de mains. Elle quitte la banque centrale et retourne aux prêteurs privés, aux taux d’aujourd’hui. Ce que ce vote défait, c’est la monnaie créée, pas l’emprunt.

Qui a payé ?

La même lettre répond à la moitié de la question. Une garantie couvre ces rachats depuis l’origine : tout gain et toute perte « sont portés par le Trésor », donc par le contribuable britannique.

Longtemps, cette garantie a rapporté. D’un côté, les obligations versaient leurs intérêts à la Banque. De l’autre, la monnaie créée pour les acheter ne disparaît qu’au moment où les titres sont défaits. Jusque-là, elle dort sur les comptes que les banques détiennent à la Banque d’Angleterre, qui leur verse dessus un intérêt, à son taux directeur. Tant que ce taux est resté très bas, la Banque encaissait plus qu’elle ne versait : le solde cumulé des versements au Trésor a atteint près de 124 milliards de livres jusqu’en 2022. Puis le taux directeur est monté, et le rapport s’est inversé. Depuis, c’est le Trésor qui verse, chaque trimestre. Fin juin 2026, le solde cumulé n’était plus que de 16 milliards, et d’autres versements seront « probablement nécessaires », écrit la Banque.

Voici ce que j’en retiens, et aucun document ne l’écrit. À l’aller, c’est le pouvoir d’achat de la monnaie qui a pris la perte : l’argent créé a d’abord fait monter le prix des actifs, actions et immobilier, puis celui des choses que l’on achète. Cette perte-là n’a jamais été votée : elle a été mutualisée entre tous ceux qui détenaient des livres. Au retour, le contribuable la retrouve par l’impôt, dans les versements trimestriels du Trésor. Deux fois le même payeur, sous deux étiquettes. Ces rachats ont évité ou décalé des défauts en chaîne, et ce n’est pas ce que je discute ici : je demande qui les a payés.

La Banque ira-t-elle jusqu’au bout ?

Rien ne le garantit. Pourquoi défaire, d’abord ? Pour éviter que la taille de son bilan ne monte par paliers sans jamais redescendre, disent les minutes du comité. Et pour retrouver de la marge, afin de s’en resservir « si le besoin s’en présente ». Défaire aujourd’hui, c’est se rendre capable de refaire demain.

Le rythme, ensuite. Le gouverneur le compare lui-même à celui des quatre dernières années : le plan avance presque deux fois moins vite. Et le comité s’est écrit deux portes de sortie : si son taux ne suffisait plus à tenir l’inflation, ou si les marchés devenaient très perturbés, il pourrait le revoir.

Reste ce qui ne sera pas défait. La Banque garde 120 milliards de livres de dette d’État, les titres les plus longs, en face des billets qui circulent. Un billet n’est pas un objet qui vaut par lui-même : c’est une ligne inscrite chez la banque centrale qui l’a émis, du côté de ce qu’elle doit. Tant qu’il circule, il faut quelque chose en face, du côté de ce qu’elle possède. Ces 120 milliards sont cette contrepartie.

Si vous tenez un billet en euros, la question est la même, et je ne la tranche pas ici : qu’y a-t-il en face ? Ce que la banque centrale met derrière votre billet ne se vote pas. Mais cela se lit, dans son bilan : la liste de ce qu’elle possède et de ce qu’elle doit. C’est un des rares endroits où l’on vérifie par soi-même, et c’est par là que passe le contrôle que l’on garde sur son capital.

Une banque centrale qui annonce le chemin du retour n’est pas une banque centrale qui l’a parcouru. Ce document dit jusqu’où elle veut aller, et à quelles conditions elle s’arrêterait. Pour savoir si elle y arrive, il suffira de regarder son bilan, ligne après ligne, jusqu’en 2034.

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Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

FAQ

La Banque d’Angleterre va-t-elle ramener son bilan à zéro d’ici 2034 ?
Non. Le vote publié le 17 septembre 2026 porte sur les obligations d’État que la Banque détient pour sa politique monétaire, soit 488 milliards de livres au 16 septembre 2026. Ce stock doit être ramené à zéro d’ici la fin 2034, à une exception près. 120 milliards de livres de titres, les plus longs, sont mis de côté, en consultation avec le Trésor britannique : ils resteront en face des billets en circulation. Un bilan de banque centrale comporte d’autres postes que ces obligations. Ce qui va à zéro, c’est ce stock, pas le bilan.

Qui paie les pertes des rachats de dette de la Banque d’Angleterre ?
Le Trésor britannique, et derrière lui le contribuable. Une garantie couvre ces rachats depuis l’origine : tout gain et toute perte, écrit le chancelier de l’Échiquier dans sa lettre du 17 septembre 2026, « sont portés par le Trésor ». Le mécanisme a d’abord rapporté : le solde cumulé des versements au Trésor a atteint 123,9 milliards de livres fin septembre 2022. Depuis octobre 2022, les versements vont dans l’autre sens, chaque trimestre. Fin juin 2026, ce solde cumulé n’était plus que de 16,2 milliards de livres, et d’autres versements seront « probablement nécessaires » jusqu’à la fin de l’opération.

Laurent Blasco, fondateur de Monnaies & Libertés

Laurent Blasco

Ex-chirurgien | Fondateur de Monnaies & Libertés | J’enseigne l’art de maîtriser son capital

Ancien chirurgien orthopédique, Laurent aide aujourd’hui les particuliers à comprendre la monnaie, les marchés et l’investissement pour reprendre le contrôle de leur capital à l’ère de Bitcoin.