Eurotower de Francfort sous un ciel scinde, symbole de la double inflation de la zone euro en mai 2026

L’inflation en zone euro est remontée à 3,2 % sur un an en mai 2026, contre 3,0 % en avril, selon l’estimation rapide d’Eurostat publiée le 2 juin. Le titre cache deux moteurs distincts. En surface, un choc énergétique importé que la Banque centrale européenne ne contrôle pas : l’énergie bondit de 10,9 % sur un an, portée par un baril de Brent revenu autour de 97 dollars avec les tensions iraniennes. En profondeur, une composante interne qui résiste : les services accélèrent à 3,5 % et l’inflation sous-jacente atteint 2,5 %, soit un demi-point au-dessus de la cible de 2 %. Le chiffre de 3,2 % n’est pas faux. Mais lire le titre ne suffit pas à comprendre ce que cette inflation fait réellement à votre épargne.

L’estimation rapide (le flash, première mesure mensuelle publiée avant le chiffre définitif) est un instantané utile mais incomplet. Pour un épargnant comme pour la BCE, l’information ne se trouve pas dans le nombre affiché en gros titre. Elle se trouve dans sa ventilation. Apprendre à lire sous le titre, c’est la seule façon de distinguer ce qui est durable de ce qui est passager, et donc de savoir ce qui menace vraiment le rendement de votre capital.

Que disent vraiment les chiffres de l’inflation en zone euro en mai 2026 ?

Le détail publié par Eurostat permet de décomposer les 3,2 % en quatre grands postes, du plus volatil au plus rigide :

  • Énergie : +10,9 % sur un an (contre +10,8 % en avril). C’est le poste qui contribue le plus à l’inflation globale, et le plus instable.
  • Services : +3,5 % (contre +3,0 % en avril). C’est l’accélération la plus significative du mois, et la plus déterminante pour qui regarde la durabilité.
  • Alimentation, alcool et tabac : +2,0 % (contre +2,4 % en avril). Le seul poste qui ralentit nettement.
  • Biens industriels hors énergie : +0,9 % (contre +0,8 %). Quasi stable, proche de zéro.
Ventilation de l'inflation zone euro de mai 2026 par poste : énergie +10,9 %, services +3,5 %, alimentation +2,0 %, biens industriels +0,9 %, avec la cible BCE 2 % en repère
Décomposition des 3,2 % d’inflation par poste, du plus volatil au plus rigide. Source : Eurostat, estimation rapide du 2 juin 2026.

De cette ventilation découle l’indicateur que les banques centrales surveillent le plus : l’inflation sous-jacente, c’est-à-dire l’indice nettoyé des deux postes les plus volatils que sont l’énergie et l’alimentation. En mai, elle ressort à 2,5 %, en hausse depuis 2,2 % en avril. Ce n’est pas un détail. Le titre global monte de 0,2 point, mais le cœur monte de 0,3 point. Autrement dit, la part durable de l’inflation progresse plus vite que le chiffre affiché.

Inflation zone euro sur douze mois glissants, de juin 2025 à mai 2026 : inflation globale de 1,7 à 3,2 % et inflation sous-jacente qui accélère de 2,2 à 2,5 %, son plus haut sur la période, cible BCE 2 % en repère
Sur les douze derniers mois (juin 2025 à mai 2026), le titre global plonge sous la cible cet hiver puis remonte à 3,2 %, tandis que le cœur grimpe à son plus haut, à 2,5 %. Sources : Eurostat, base HICP et communiqués flash mensuels.

La distinction entre indice global et inflation sous-jacente n’est pas un raffinement de statisticien. Elle sépare deux mécaniques économiques qui n’obéissent pas aux mêmes lois et n’appellent pas le même traitement.

Deux inflations, deux causes : pourquoi la BCE ne peut pas tout traiter

Le prix du baril n’est pas fixé à Francfort. Il se forme sur un marché mondial, sous l’effet de l’offre des producteurs, de la demande globale et, depuis le printemps, d’une prime de risque liée aux tensions autour du détroit d’Ormuz. Quand le Brent se maintient autour de 97 dollars, soutenu par une prime de risque liée aux tensions iraniennes et à la menace sur le détroit d’Ormuz, l’inflation énergétique de la zone euro reflète mécaniquement ce niveau, avec un décalage. C’est une inflation importée : son origine est extérieure à l’économie de la zone euro, et aucune décision de la BCE ne peut la faire disparaître. La banque centrale ne produit pas de pétrole. Elle peut casser la demande domestique en maintenant des taux élevés, elle ne peut pas faire baisser le cours du brut. L’équilibre offre-demande organisé par l’OPEP+ agit en amont de ce prix : c’est la composante structurelle du baril, distincte de la prime géopolitique iranienne.

L’inflation des services obéit à une logique inverse. Elle est largement endogène, c’est-à-dire produite à l’intérieur de l’économie de la zone euro. Un coiffeur, un restaurant, une assurance, un loyer indexé : ces prix montent parce que les salaires négociés montent, parce que le coût du travail par unité produite progresse, et parce que ces coûts se transmettent lentement mais durablement aux tarifs. C’est cette mécanique qui rend les services rigides : une fois enclenchée, une boucle salaires-prix ne se desserre pas en un trimestre. La hausse à 3,5 % en mai dit précisément cela : la pression interne ne reflue pas, elle s’installe.

Voilà la clé de lecture. Le 3,2 % du titre agrège une cause exogène que la BCE subit (l’énergie) et une cause endogène sur laquelle elle peut agir, mais à un coût (les services). C’est cette superposition qui explique l’inconfort de la banque centrale européenne, dont le taux de dépôt est fixé à 2,00 % depuis fin avril. Baisser les taux pour soutenir une activité qui ralentit affaiblirait l’euro et nourrirait l’inflation importée. Les maintenir élevés pour casser l’inflation des services pèse sur une économie déjà peu dynamique. C’est exactement le dilemme que la grille décisionnelle posée pour le Conseil des gouverneurs du 11 juin doit trancher. La mécanique est la même depuis des mois, et le chiffre de mai ne la desserre pas : la composante que la BCE peut traiter est justement celle qui résiste.

Cette inflation des services touche aussi à une question plus profonde. La mécanique du système monétaire rappelle qu’au-delà des chocs ponctuels, la valeur de la monnaie se dilue quand l’unité de compte se multiplie plus vite que la production de biens et de services réels. La hausse persistante du coût des services en est l’un des canaux les plus concrets : c’est l’inflation qui ne part pas avec le baril.

Trois inflations à ne pas confondre

Pour décider en connaissance de cause, il faut séparer trois réalités que le mot « inflation » mélange en permanence. Elles ne se mesurent pas avec le même chiffre, et elles ne concernent pas les mêmes personnes.

La première est l’inflation subie par le ménage. C’est l’indice global, énergie comprise : 3,2 %. C’est ce que vous ressentez à la pompe, sur la facture de chauffage et dans le budget courant. Pour le pouvoir d’achat immédiat, le titre est le bon chiffre, parce que vous payez l’énergie comme le reste.

La deuxième est l’inflation pilotable par la banque centrale. C’est l’inflation sous-jacente et la dynamique des services et des salaires : 2,5 %. C’est le chiffre que regarde la BCE, parce que c’est le seul sur lequel ses taux ont une prise réelle. Quand un commentateur dit que la banque centrale est inquiète, ce n’est pas du 3,2 % qu’il parle, c’est du 2,5 % qui ne veut pas redescendre vers 2 %.

La troisième, la plus importante pour qui détient du capital, est l’inflation pertinente pour l’épargnant. Elle ne se lit dans aucune de ces deux lignes prise seule. Elle se calcule : c’est le taux réel net, c’est-à-dire le rendement de votre placement, diminué de l’impôt, puis de l’inflation. Tant que ce solde est négatif, votre capital perd du pouvoir d’achat, quel que soit le chiffre affiché en gros titre.

Ce que 3,2 % d’inflation font réellement à votre épargne

Le seul juge du rendement d’un placement n’est pas son taux nominal, celui qui est affiché. C’est son taux réel net : ce qu’il rapporte une fois retirés l’impôt et l’inflation. Avec une inflation globale à 3,2 % et une inflation sous-jacente à 2,5 %, le calcul est instructif.

Le Livret A, rémunéré à 1,50 % et exonéré d’impôt, affiche un rendement réel de -1,7 point face à l’inflation globale, et de -1,0 point face à l’inflation sous-jacente. Concrètement, l’argent y est disponible et garanti, mais il perd chaque année une partie de son pouvoir d’achat. C’est le prix de la sécurité et de la liquidité, pas un placement de rendement.

Une obligation souveraine française à dix ans rapporte environ 3,60 % brut. Après le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, il reste 2,47 % net. Ce rendement passe tout juste sous l’inflation globale (-0,7 point) mais se retrouve quasiment à l’équilibre face à l’inflation sous-jacente (-0,03 point). Pour un épargnant qui détient l’obligation en direct et la conserve, un placement obligataire sans risque approche d’un rendement réel non négatif, configuration devenue rare ces dernières années. Les fonds en euros de l’assurance-vie, eux, restent calés par les obligations achetées les années précédentes à des taux plus bas, et se réapprovisionnent lentement à mesure que les nouvelles OAT mieux rémunérées entrent en portefeuille.

Ce calcul de taux réel net est le seul qui dise la vérité sur votre capital. Un placement peut afficher un taux flatteur et appauvrir son détenteur ; un autre, modeste en apparence, peut le préserver. Le chiffre de mai ne change pas la logique : il rappelle simplement que tant que l’inflation sous-jacente campe au-dessus de 2 %, le seuil de rendement à dépasser pour ne pas perdre reste élevé. Au niveau national, l’inflation française mesurée en avril racontait déjà cette même tension entre choc énergétique et pression interne.

L’investisseur particulier qui découvre ces chiffres aujourd’hui n’est pas en retard sur les acteurs déjà positionnés. L’estimation rapide d’Eurostat, la ventilation des composantes, la trajectoire de l’inflation sous-jacente, le rendement des obligations : tout cela est public, accessible à chacun, et vient renforcer l’analyse technique des marchés, qui contient par essence l’ensemble des informations disponibles, y compris les traces que laissent les acteurs déjà engagés. Courir après l’information privée n’est pas un programme. Lire ce qui est public et observer ce que le prix raconte en est un.

Mais une lecture, même bien construite, ne fait pas une stratégie. Ce qui distingue dans la durée un investisseur qui traverse les cycles d’un investisseur qui s’épuise, ce n’est pas la finesse d’une analyse ponctuelle. C’est la discipline qui maintient le cap quand le scénario dévie, la rigueur qui ne se relâche pas dans les phases calmes, le money management qui empêche une conviction de dégénérer en concentration, la psychologie qui tient face aux retournements, et le cadre décisionnel qui permet de répéter ce qui fonctionne plutôt que de tout réinventer à chaque publication statistique. C’est cette posture qui permet d’imposer ses conditions au marché plutôt que de subir les siennes.

Ces variables ne se trouvent pas dans une estimation rapide d’Eurostat ni dans un communiqué de la BCE. Elles se construisent par la pratique, par l’examen méthodique de ses propres décisions, et par un dialogue prolongé avec une méthode. C’est l’objet de l’accompagnement Monnaies & Libertés.

Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

FAQ

À combien s’élève l’inflation en zone euro en mai 2026 ?

Selon l’estimation rapide d’Eurostat publiée le 2 juin 2026, l’inflation en zone euro atteint 3,2 % sur un an en mai, contre 3,0 % en avril. L’inflation sous-jacente, qui exclut l’énergie et l’alimentation, ressort à 2,5 %, en hausse depuis 2,2 % le mois précédent.

Pourquoi l’inflation globale est-elle plus élevée que l’inflation sous-jacente ?

Parce que l’indice global inclut l’énergie, dont le prix bondit de 10,9 % sur un an avec un baril de Brent autour de 97 dollars. L’inflation sous-jacente retire l’énergie et l’alimentation, les deux postes les plus volatils, pour mesurer la tendance de fond. L’écart entre les deux chiffres révèle la part du choc qui vient de l’extérieur de la zone euro.

Quelle inflation la BCE regarde-t-elle pour décider de ses taux ?

La Banque centrale européenne suit prioritairement l’inflation sous-jacente et la dynamique des services, pas le chiffre global. Ses taux n’ont aucune prise sur le prix du pétrole, qui se forme sur un marché mondial. Ils agissent en revanche sur la demande interne et, indirectement, sur la boucle salaires-prix qui alimente l’inflation des services, mesurée à 3,5 % en mai.

Le Livret A protège-t-il contre cette inflation ?

Non, pas en termes de pouvoir d’achat. Rémunéré à 1,50 % et exonéré d’impôt, le Livret A affiche un rendement réel de -1,7 point face à l’inflation globale de 3,2 %. Il préserve la disponibilité et la garantie du capital, mais l’argent qui y dort perd chaque année une fraction de sa valeur réelle. C’est un instrument de liquidité, pas de rendement.

Comment savoir si mon épargne perd de la valeur ?

En calculant son taux réel net : le rendement du placement, diminué de l’impôt, puis de l’inflation. Une obligation souveraine française à dix ans rapporte environ 3,60 % brut, soit 2,47 % après le prélèvement forfaitaire de 31,4 %, ce qui la place quasiment à l’équilibre face à l’inflation sous-jacente de 2,5 %. Tant que ce solde est négatif, le capital s’érode, quel que soit le chiffre affiché en gros titre.

Eurotower de Francfort sous un ciel scinde, symbole de la double inflation de la zone euro en mai 2026

L’inflation en zone euro est remontée à 3,2 % sur un an en mai 2026, contre 3,0 % en avril, selon l’estimation rapide d’Eurostat publiée le 2 juin. Le titre cache deux moteurs distincts. En surface, un choc énergétique importé que la Banque centrale européenne ne contrôle pas : l’énergie bondit de 10,9 % sur un an, portée par un baril de Brent revenu autour de 97 dollars avec les tensions iraniennes. En profondeur, une composante interne qui résiste : les services accélèrent à 3,5 % et l’inflation sous-jacente atteint 2,5 %, soit un demi-point au-dessus de la cible de 2 %. Le chiffre de 3,2 % n’est pas faux. Mais lire le titre ne suffit pas à comprendre ce que cette inflation fait réellement à votre épargne.

L’estimation rapide (le flash, première mesure mensuelle publiée avant le chiffre définitif) est un instantané utile mais incomplet. Pour un épargnant comme pour la BCE, l’information ne se trouve pas dans le nombre affiché en gros titre. Elle se trouve dans sa ventilation. Apprendre à lire sous le titre, c’est la seule façon de distinguer ce qui est durable de ce qui est passager, et donc de savoir ce qui menace vraiment le rendement de votre capital.

Que disent vraiment les chiffres de l’inflation en zone euro en mai 2026 ?

Le détail publié par Eurostat permet de décomposer les 3,2 % en quatre grands postes, du plus volatil au plus rigide :

  • Énergie : +10,9 % sur un an (contre +10,8 % en avril). C’est le poste qui contribue le plus à l’inflation globale, et le plus instable.
  • Services : +3,5 % (contre +3,0 % en avril). C’est l’accélération la plus significative du mois, et la plus déterminante pour qui regarde la durabilité.
  • Alimentation, alcool et tabac : +2,0 % (contre +2,4 % en avril). Le seul poste qui ralentit nettement.
  • Biens industriels hors énergie : +0,9 % (contre +0,8 %). Quasi stable, proche de zéro.
Ventilation de l'inflation zone euro de mai 2026 par poste : énergie +10,9 %, services +3,5 %, alimentation +2,0 %, biens industriels +0,9 %, avec la cible BCE 2 % en repère
Décomposition des 3,2 % d’inflation par poste, du plus volatil au plus rigide. Source : Eurostat, estimation rapide du 2 juin 2026.

De cette ventilation découle l’indicateur que les banques centrales surveillent le plus : l’inflation sous-jacente, c’est-à-dire l’indice nettoyé des deux postes les plus volatils que sont l’énergie et l’alimentation. En mai, elle ressort à 2,5 %, en hausse depuis 2,2 % en avril. Ce n’est pas un détail. Le titre global monte de 0,2 point, mais le cœur monte de 0,3 point. Autrement dit, la part durable de l’inflation progresse plus vite que le chiffre affiché.

Inflation zone euro sur douze mois glissants, de juin 2025 à mai 2026 : inflation globale de 1,7 à 3,2 % et inflation sous-jacente qui accélère de 2,2 à 2,5 %, son plus haut sur la période, cible BCE 2 % en repère
Sur les douze derniers mois (juin 2025 à mai 2026), le titre global plonge sous la cible cet hiver puis remonte à 3,2 %, tandis que le cœur grimpe à son plus haut, à 2,5 %. Sources : Eurostat, base HICP et communiqués flash mensuels.

La distinction entre indice global et inflation sous-jacente n’est pas un raffinement de statisticien. Elle sépare deux mécaniques économiques qui n’obéissent pas aux mêmes lois et n’appellent pas le même traitement.

Deux inflations, deux causes : pourquoi la BCE ne peut pas tout traiter

Le prix du baril n’est pas fixé à Francfort. Il se forme sur un marché mondial, sous l’effet de l’offre des producteurs, de la demande globale et, depuis le printemps, d’une prime de risque liée aux tensions autour du détroit d’Ormuz. Quand le Brent se maintient autour de 97 dollars, soutenu par une prime de risque liée aux tensions iraniennes et à la menace sur le détroit d’Ormuz, l’inflation énergétique de la zone euro reflète mécaniquement ce niveau, avec un décalage. C’est une inflation importée : son origine est extérieure à l’économie de la zone euro, et aucune décision de la BCE ne peut la faire disparaître. La banque centrale ne produit pas de pétrole. Elle peut casser la demande domestique en maintenant des taux élevés, elle ne peut pas faire baisser le cours du brut. L’équilibre offre-demande organisé par l’OPEP+ agit en amont de ce prix : c’est la composante structurelle du baril, distincte de la prime géopolitique iranienne.

L’inflation des services obéit à une logique inverse. Elle est largement endogène, c’est-à-dire produite à l’intérieur de l’économie de la zone euro. Un coiffeur, un restaurant, une assurance, un loyer indexé : ces prix montent parce que les salaires négociés montent, parce que le coût du travail par unité produite progresse, et parce que ces coûts se transmettent lentement mais durablement aux tarifs. C’est cette mécanique qui rend les services rigides : une fois enclenchée, une boucle salaires-prix ne se desserre pas en un trimestre. La hausse à 3,5 % en mai dit précisément cela : la pression interne ne reflue pas, elle s’installe.

Voilà la clé de lecture. Le 3,2 % du titre agrège une cause exogène que la BCE subit (l’énergie) et une cause endogène sur laquelle elle peut agir, mais à un coût (les services). C’est cette superposition qui explique l’inconfort de la banque centrale européenne, dont le taux de dépôt est fixé à 2,00 % depuis fin avril. Baisser les taux pour soutenir une activité qui ralentit affaiblirait l’euro et nourrirait l’inflation importée. Les maintenir élevés pour casser l’inflation des services pèse sur une économie déjà peu dynamique. C’est exactement le dilemme que la grille décisionnelle posée pour le Conseil des gouverneurs du 11 juin doit trancher. La mécanique est la même depuis des mois, et le chiffre de mai ne la desserre pas : la composante que la BCE peut traiter est justement celle qui résiste.

Cette inflation des services touche aussi à une question plus profonde. La mécanique du système monétaire rappelle qu’au-delà des chocs ponctuels, la valeur de la monnaie se dilue quand l’unité de compte se multiplie plus vite que la production de biens et de services réels. La hausse persistante du coût des services en est l’un des canaux les plus concrets : c’est l’inflation qui ne part pas avec le baril.

Trois inflations à ne pas confondre

Pour décider en connaissance de cause, il faut séparer trois réalités que le mot « inflation » mélange en permanence. Elles ne se mesurent pas avec le même chiffre, et elles ne concernent pas les mêmes personnes.

La première est l’inflation subie par le ménage. C’est l’indice global, énergie comprise : 3,2 %. C’est ce que vous ressentez à la pompe, sur la facture de chauffage et dans le budget courant. Pour le pouvoir d’achat immédiat, le titre est le bon chiffre, parce que vous payez l’énergie comme le reste.

La deuxième est l’inflation pilotable par la banque centrale. C’est l’inflation sous-jacente et la dynamique des services et des salaires : 2,5 %. C’est le chiffre que regarde la BCE, parce que c’est le seul sur lequel ses taux ont une prise réelle. Quand un commentateur dit que la banque centrale est inquiète, ce n’est pas du 3,2 % qu’il parle, c’est du 2,5 % qui ne veut pas redescendre vers 2 %.

La troisième, la plus importante pour qui détient du capital, est l’inflation pertinente pour l’épargnant. Elle ne se lit dans aucune de ces deux lignes prise seule. Elle se calcule : c’est le taux réel net, c’est-à-dire le rendement de votre placement, diminué de l’impôt, puis de l’inflation. Tant que ce solde est négatif, votre capital perd du pouvoir d’achat, quel que soit le chiffre affiché en gros titre.

Ce que 3,2 % d’inflation font réellement à votre épargne

Le seul juge du rendement d’un placement n’est pas son taux nominal, celui qui est affiché. C’est son taux réel net : ce qu’il rapporte une fois retirés l’impôt et l’inflation. Avec une inflation globale à 3,2 % et une inflation sous-jacente à 2,5 %, le calcul est instructif.

Le Livret A, rémunéré à 1,50 % et exonéré d’impôt, affiche un rendement réel de -1,7 point face à l’inflation globale, et de -1,0 point face à l’inflation sous-jacente. Concrètement, l’argent y est disponible et garanti, mais il perd chaque année une partie de son pouvoir d’achat. C’est le prix de la sécurité et de la liquidité, pas un placement de rendement.

Une obligation souveraine française à dix ans rapporte environ 3,60 % brut. Après le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, il reste 2,47 % net. Ce rendement passe tout juste sous l’inflation globale (-0,7 point) mais se retrouve quasiment à l’équilibre face à l’inflation sous-jacente (-0,03 point). Pour un épargnant qui détient l’obligation en direct et la conserve, un placement obligataire sans risque approche d’un rendement réel non négatif, configuration devenue rare ces dernières années. Les fonds en euros de l’assurance-vie, eux, restent calés par les obligations achetées les années précédentes à des taux plus bas, et se réapprovisionnent lentement à mesure que les nouvelles OAT mieux rémunérées entrent en portefeuille.

Ce calcul de taux réel net est le seul qui dise la vérité sur votre capital. Un placement peut afficher un taux flatteur et appauvrir son détenteur ; un autre, modeste en apparence, peut le préserver. Le chiffre de mai ne change pas la logique : il rappelle simplement que tant que l’inflation sous-jacente campe au-dessus de 2 %, le seuil de rendement à dépasser pour ne pas perdre reste élevé. Au niveau national, l’inflation française mesurée en avril racontait déjà cette même tension entre choc énergétique et pression interne.

L’investisseur particulier qui découvre ces chiffres aujourd’hui n’est pas en retard sur les acteurs déjà positionnés. L’estimation rapide d’Eurostat, la ventilation des composantes, la trajectoire de l’inflation sous-jacente, le rendement des obligations : tout cela est public, accessible à chacun, et vient renforcer l’analyse technique des marchés, qui contient par essence l’ensemble des informations disponibles, y compris les traces que laissent les acteurs déjà engagés. Courir après l’information privée n’est pas un programme. Lire ce qui est public et observer ce que le prix raconte en est un.

Mais une lecture, même bien construite, ne fait pas une stratégie. Ce qui distingue dans la durée un investisseur qui traverse les cycles d’un investisseur qui s’épuise, ce n’est pas la finesse d’une analyse ponctuelle. C’est la discipline qui maintient le cap quand le scénario dévie, la rigueur qui ne se relâche pas dans les phases calmes, le money management qui empêche une conviction de dégénérer en concentration, la psychologie qui tient face aux retournements, et le cadre décisionnel qui permet de répéter ce qui fonctionne plutôt que de tout réinventer à chaque publication statistique. C’est cette posture qui permet d’imposer ses conditions au marché plutôt que de subir les siennes.

Ces variables ne se trouvent pas dans une estimation rapide d’Eurostat ni dans un communiqué de la BCE. Elles se construisent par la pratique, par l’examen méthodique de ses propres décisions, et par un dialogue prolongé avec une méthode. C’est l’objet de l’accompagnement Monnaies & Libertés.

Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

FAQ

À combien s’élève l’inflation en zone euro en mai 2026 ?

Selon l’estimation rapide d’Eurostat publiée le 2 juin 2026, l’inflation en zone euro atteint 3,2 % sur un an en mai, contre 3,0 % en avril. L’inflation sous-jacente, qui exclut l’énergie et l’alimentation, ressort à 2,5 %, en hausse depuis 2,2 % le mois précédent.

Pourquoi l’inflation globale est-elle plus élevée que l’inflation sous-jacente ?

Parce que l’indice global inclut l’énergie, dont le prix bondit de 10,9 % sur un an avec un baril de Brent autour de 97 dollars. L’inflation sous-jacente retire l’énergie et l’alimentation, les deux postes les plus volatils, pour mesurer la tendance de fond. L’écart entre les deux chiffres révèle la part du choc qui vient de l’extérieur de la zone euro.

Quelle inflation la BCE regarde-t-elle pour décider de ses taux ?

La Banque centrale européenne suit prioritairement l’inflation sous-jacente et la dynamique des services, pas le chiffre global. Ses taux n’ont aucune prise sur le prix du pétrole, qui se forme sur un marché mondial. Ils agissent en revanche sur la demande interne et, indirectement, sur la boucle salaires-prix qui alimente l’inflation des services, mesurée à 3,5 % en mai.

Le Livret A protège-t-il contre cette inflation ?

Non, pas en termes de pouvoir d’achat. Rémunéré à 1,50 % et exonéré d’impôt, le Livret A affiche un rendement réel de -1,7 point face à l’inflation globale de 3,2 %. Il préserve la disponibilité et la garantie du capital, mais l’argent qui y dort perd chaque année une fraction de sa valeur réelle. C’est un instrument de liquidité, pas de rendement.

Comment savoir si mon épargne perd de la valeur ?

En calculant son taux réel net : le rendement du placement, diminué de l’impôt, puis de l’inflation. Une obligation souveraine française à dix ans rapporte environ 3,60 % brut, soit 2,47 % après le prélèvement forfaitaire de 31,4 %, ce qui la place quasiment à l’équilibre face à l’inflation sous-jacente de 2,5 %. Tant que ce solde est négatif, le capital s’érode, quel que soit le chiffre affiché en gros titre.

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Laurent Blasco, fondateur de Monnaies & Libertés

Laurent Blasco

Ex-chirurgien | Fondateur de Monnaies & Libertés | J’enseigne l’art de maîtriser son capital

Ancien chirurgien orthopédique, Laurent aide aujourd’hui les particuliers à comprendre la monnaie, les marchés et l’investissement pour reprendre le contrôle de leur capital à l’ère de Bitcoin.