Open USD stablecoin : un jeton dollar doré posé sur des bons du Trésor, le rendement du float qui s'écoule, illustration Monnaies & Libertés

Le 30 juin 2026, une coalition de plus de cent quarante entreprises, dont Visa, Mastercard, BlackRock, Stripe, Coinbase et Google, a dévoilé Open USD, un stablecoin adossé au dollar dont la particularité tient en une phrase : le rendement des réserves ne revient plus à un émetteur unique, mais aux partenaires qui distribuent la monnaie. Dans les heures qui suivent, l’action de Circle, l’émetteur de l’USDC, décroche de treize à dix-sept pour cent. Le vrai sujet n’est pas l’arrivée d’un stablecoin de plus. C’est le déplacement de la rente monétaire qui, jusqu’ici, faisait toute la valeur du modèle.

Pour comprendre ce qui se joue, il faut savoir ce qu’un stablecoin rapporte réellement, et à qui. C’est un mécanisme discret, rarement expliqué, et pourtant central : la plus grande partie des dollars déposés dans un stablecoin est placée en bons du Trésor américain, où elle produit des intérêts, une fraction restant disponible en liquidités pour ceux qui veulent ressortir vers des dollars classiques. La question de savoir qui empoche ces intérêts vient de devenir le champ de bataille le plus disputé de la monnaie tokenisée.

Qu’est-ce que le float d’un stablecoin, et pourquoi c’est le vrai produit ?

Un stablecoin comme l’USDC ou l’USDT n’est pas de la monnaie créée à partir de rien. C’est de la monnaie fiat déjà existante, les dollars qui circulent dans les tuyaux bancaires traditionnels, transposée sous une forme numérique capable de circuler sur les réseaux crypto. Pour chaque jeton en circulation, un dollar réel est censé exister dans les réserves de l’émetteur. En clair : quand vous achetez cent USDC, vous ne créez pas cent dollars de pouvoir d’achat supplémentaire dans l’économie. Vous confiez à l’émetteur cent dollars que vous déteniez déjà, et il vous remet en échange un jeton qui réplique leur valeur sur ces nouveaux réseaux. Ce jeton est une créance : rendez-le, l’émetteur vous restitue vos dollars, qu’il aura entre-temps placés pour son compte.

Ces réserves ne dorment pas gratuitement. Leur plus grande partie est placée en bons du Trésor américain à court terme, qui rapportent aujourd’hui autour de quatre pour cent par an ; une fraction reste en liquidités, disponible pour rembourser ceux qui veulent ressortir vers des dollars classiques. Cette trésorerie flottante, qu’une entreprise détient au nom de ses clients et fait travailler pour son propre compte, c’est le float. Chez Circle, l’émetteur de l’USDC, cette part placée représente environ quatre cinquièmes des réserves, le reste étant gardé en liquidités.

Ce n’est pas un détail comptable. C’est le cœur du réacteur. Selon la note publiée par Jefferies après l’annonce d’Open USD et rapportée par CoinDesk, Circle tire environ quatre-vingt-quinze pour cent de ses revenus des intérêts générés par les réserves de l’USDC. Autrement dit : le stablecoin n’est pas le produit, il est le tuyau. Le produit, c’est le float. Le détenteur d’USDC prête gratuitement ses dollars, et l’émetteur encaisse le rendement.

Cette mécanique n’a rien de nouveau. Une banque fait de même avec vos dépôts, une compagnie d’assurance avec vos primes, un opérateur de cartes prépayées avec les sommes chargées. La particularité du stablecoin, c’est que ce modèle a été transposé à une créance privée qui circule d’un portefeuille à l’autre comme de la monnaie, sans jamais quitter le rail sur lequel elle produit du rendement pour son émetteur.

Ce que change vraiment Open USD

Open USD ne réinvente pas la technologie. Il réattribue la rente. Le principe, tel que le décrit le communiqué d’Open Standard, l’entité qui opère le projet, est que la quasi-totalité du rendement des réserves est reversée aux entreprises qui adoptent et distribuent la monnaie, après déduction de frais de gestion réduits. Le jeton peut être créé et racheté sans frais ni plafond de volume.

Ici, une précision est indispensable, parce que les titres de presse simplifient. Open USD n’est pas émis par Visa, BlackRock ou Google. Il est opéré par Open Standard, une société indépendante dont le conseil est composé des sociétés partenaires, avec Zach Abrams comme directeur général fondateur, l’un des cofondateurs de Bridge, l’infrastructure de stablecoins rachetée par Stripe en 2024. Les cent quarante entreprises citées sont des partenaires de lancement, pas des émetteurs. À ce stade, ni l’émetteur légal du jeton, ni le gestionnaire des réserves ne sont publiquement identifiés, et le cadre de licence reste à préciser. Ce qui est annoncé n’est donc pas un produit fini, mais une architecture d’intention portée par une coalition.

Le déplacement reste néanmoins limpide. Dans le modèle Circle ou Tether, le float remonte vers l’émetteur, qui en garde l’essentiel. Dans le modèle Open USD, le float redescend vers le réseau de distributeurs, à mesure qu’ils font circuler la monnaie. Ce n’est pas une innovation technique, c’est une réponse à une question de partage de la valeur : celui qui apporte la distribution veut désormais une part du rendement qu’il génère.

On retrouve la même grille de lecture que sur bien d’autres terrains où une rente est captée à l’écart de celui qui produit la valeur : les intérêts d’un placement, les frais d’une intermédiation, la commission sur une revente. Ce qui déplace la ligne, ce n’est pas le nom du jeton. C’est la règle qui décide où va l’argent que ce jeton fait travailler.

Faut-il croire que le détenteur y gagne ?

C’est la tentation naturelle, et c’est un contresens. Le rendement redistribué par Open USD ne va pas à celui qui détient le jeton. Il va aux entreprises qui le distribuent : les réseaux de paiement, les plateformes d’échange, les portefeuilles, les commerçants. Le détenteur particulier, lui, continue de prêter ses dollars sans percevoir d’intérêt. Le float change de destinataire, il ne change pas de nature.

Si vous détenez des stablecoins pour vos transactions ou pour garder de la valeur en dollars sur un rail numérique, voilà ce que cela signifie concrètement : la bataille qui s’ouvre n’est pas une bataille pour vous rémunérer, c’est une bataille entre géants pour savoir lequel captera la rente que vous alimentez. Comprendre cela, c’est cesser de voir un stablecoin comme un simple équivalent numérique du billet, et commencer à le lire comme ce qu’il est : une créance privée dont quelqu’un, quelque part, tire un revenu.

Il existe d’ailleurs une raison réglementaire pour laquelle ce rendement ne vous est pas versé directement. Aux États-Unis, le débat sur le droit d’un émetteur de stablecoin à payer un intérêt à ses détenteurs a été tranché dans un sens restrictif, précisément parce qu’un jeton qui verse un rendement se rapproche dangereusement d’un produit financier ou d’un fonds monétaire, avec les obligations qui vont avec. Redistribuer le float à des distributeurs professionnels, et non aux détenteurs, est aussi une manière de rester du bon côté de cette frontière.

Pourquoi l’action Circle a-t-elle décroché ?

La réaction du marché a été immédiate. L’action de Circle, cotée sous le symbole CRCL, perd entre treize et dix-sept pour cent le jour de l’annonce, avant un rebond partiel d’environ cinq pour cent le lendemain et une clôture autour de soixante-cinq dollars le 2 juillet. Le lien avec l’annonce d’Open USD est établi par l’ensemble des observateurs de marché, même si l’on ne peut pas le réduire à une causalité mécanique : d’autres facteurs pèsent en permanence sur une valeur aussi jeune en bourse.

La logique économique du décrochage, elle, est claire. Si Circle dépend à quatre-vingt-quinze pour cent du rendement de ses réserves, tout ce qui menace ce rendement menace directement sa valeur. Or Open USD attaque exactement ce point : il propose aux distributeurs une part du float que Circle garde aujourd’hui pour lui. Circle détient environ un quart d’un marché des stablecoins que les données de CoinGecko évaluent à près de trois cent sept milliards de dollars début juillet, dominé par l’USDT de Tether à cent quatre-vingt-quatre milliards, soit près de soixante pour cent, l’USDC suivant à environ soixante-treize milliards.

Un point aggrave la lecture du marché. Le principal canal de distribution de l’USDC est Coinbase, et l’accord commercial qui lie les deux sociétés doit être renégocié en août. Coinbase figure parmi les partenaires de lancement d’Open USD. Le distributeur dont dépend Circle s’assoit à la table d’un concurrent, quelques semaines avant de renégocier ses conditions. C’est cette configuration, plus que le jeton lui-même, que les investisseurs ont sanctionnée.

Reste que la sanction pourrait relever de la surréaction. Plusieurs voix de marché, dont celle d’un analyste de Clear Street cité par CoinDesk, jugent le mouvement excessif tant qu’Open USD n’est pas réellement lancé. Car une coalition n’est pas un produit. Comme le résume la même analyse, les consortiums sont difficiles à tenir et se défont facilement, les intérêts des partenaires sont larges et souvent mal alignés, et inscrire son nom sur une liste n’est pas la même chose que changer de modèle économique. Open USD doit encore être émis, adopté, et convaincre des utilisateurs. Son lancement est attendu pour la fin 2026, sur plusieurs blockchains dont Solana, avec le réseau Tempo dès le premier jour.

Ce que cette bataille dit de la souveraineté monétaire

Il y a une semaine, au moment de la fin du régime transitoire de la réglementation européenne MiCA, le consensus désignait Circle comme le grand gagnant du stablecoin conforme en Europe, seul émetteur pleinement en règle. Open USD ne contredit pas ce constat, il en révèle la portée exacte. Circle peut parfaitement gagner la conformité européenne et perdre, dans le même temps, le monopole de la rente de distribution. Ce sont deux théâtres différents : l’un se joue sur le droit d’accès au marché européen, l’autre sur le partage du float à l’échelle mondiale. Open USD vise le second.

Une constante traverse ces deux mouvements. Qu’il s’agisse de MiCA en Europe ou d’Open USD porté par des géants américains, l’infrastructure du dollar tokenisé continue de se structurer, et elle se structure autour d’acteurs américains. Il n’existe pas d’équivalent européen à cette coalition, ni de stablecoin euro adossé à un réseau de distribution comparable. La question de fond n’est pas de savoir quel jeton l’emportera, mais de constater que les rails sur lesquels circule de plus en plus la valeur numérique en dollars sont conçus, gouvernés et rémunérés outre-Atlantique. C’est le prolongement du dossier plus large de la souveraineté financière et de la reprise de contrôle sur son capital : comprendre où la rente est captée, c’est comprendre qui tient réellement le rail.

L’investisseur particulier qui découvre ce dossier aujourd’hui n’est pas en avance d’information sur les acteurs déjà positionnés. Mais il n’en a pas besoin pour décider. Lire ce qui est public, la mécanique du float, la structure des réserves, la position des distributeurs, la géographie réglementaire, et observer ce que le prix raconte, cela vient renforcer l’analyse technique, qui contient par essence l’ensemble des informations disponibles, y compris les traces que les acteurs déjà positionnés laissent dans le graphique. Courir après l’information privée n’est pas un programme. Lire ce qui est public et écouter ce que le marché dit en est un.

Mais une lecture, même bien construite, ne fait pas une stratégie. Ce qui distingue dans la durée un investisseur qui traverse les cycles d’un investisseur qui s’épuise n’est pas la finesse d’une analyse ponctuelle. C’est la discipline qui maintient le cap quand le scénario dévie, la rigueur qui ne se relâche pas dans les phases calmes, le money management qui empêche une conviction de dégénérer en concentration, la psychologie qui tient face aux retournements, et le cadre décisionnel qui permet de répéter ce qui marche au lieu de réinventer à chaque catalyseur. C’est cette posture qui permet d’imposer ses conditions au marché plutôt que de subir les siennes.

Ces variables ne se trouvent pas dans un communiqué de presse ni dans le nom d’un nouveau jeton. Elles se construisent par la pratique, par l’examen méthodique de ses propres décisions, et par un dialogue prolongé avec une méthode. C’est l’objet de l’accompagnement Monnaies & Libertés.

Mise à jour du 5 juillet 2026 : après la monnaie, l’action. La même logique de tokenisation s’étend aux titres cotés, avec la même question de fond : ce que vous détenez est-il l’actif lui-même ou une créance sur un émetteur ? Analyse dans Token d’action Robinhood : propriété ou simple créance ?

Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

FAQ

Qu’est-ce que le float d’un stablecoin ?
Le float désigne la trésorerie qu’un émetteur détient au nom de ses clients en contrepartie des stablecoins émis. Sa plus grande partie est placée en actifs qui rapportent des intérêts, principalement des bons du Trésor américain à court terme, tandis qu’une fraction reste liquide pour honorer les rachats. Ce rendement constitue la principale source de revenu des grands stablecoins : Circle en tire environ quatre-vingt-quinze pour cent de ses revenus.

Pourquoi Visa, BlackRock et Google lancent-ils un stablecoin contre Circle et Tether ?
Ces entreprises ne lancent pas directement le stablecoin : elles sont partenaires de lancement d’Open USD, une monnaie opérée par une entité indépendante, Open Standard. Leur intérêt est de récupérer une part du rendement des réserves, jusqu’ici capté par les émetteurs comme Circle et Tether. En apportant leurs réseaux de distribution, elles réclament désormais leur part du float qu’elles contribuent à faire circuler.

Est-ce que le détenteur d’un stablecoin va toucher un rendement avec Open USD ?
Non. Le rendement redistribué par Open USD va aux entreprises qui distribuent la monnaie, pas aux détenteurs du jeton. Le particulier continue de prêter ses dollars sans percevoir d’intérêt. Verser un rendement directement aux détenteurs rapprocherait le jeton d’un produit financier réglementé, ce que la réglementation américaine sur les stablecoins de paiement encadre étroitement.

Pourquoi l’action de Circle a-t-elle chuté après l’annonce d’Open USD ?
Parce que Circle dépend presque entièrement du rendement de ses réserves, et qu’Open USD attaque précisément ce modèle en proposant aux distributeurs une part de ce rendement. S’ajoute le fait que Coinbase, principal canal de distribution de l’USDC, figure parmi les partenaires d’Open USD, à quelques semaines de la renégociation de son accord avec Circle. L’action a perdu entre treize et dix-sept pour cent le jour de l’annonce, avant un rebond partiel.

Open USD est-il déjà disponible ?
Non. Au 4 juillet 2026, il s’agit d’une annonce stratégique, pas d’un produit en circulation. Le jeton n’est pas encore émis, son émetteur légal et son gestionnaire de réserves ne sont pas publiquement identifiés, et le lancement est attendu pour la fin 2026 sur plusieurs blockchains. Sa part de marché est nulle à ce jour : c’est un signal d’intention porté par une coalition, dont l’exécution reste à démontrer.

Open USD stablecoin : un jeton dollar doré posé sur des bons du Trésor, le rendement du float qui s'écoule, illustration Monnaies & Libertés

Le 30 juin 2026, une coalition de plus de cent quarante entreprises, dont Visa, Mastercard, BlackRock, Stripe, Coinbase et Google, a dévoilé Open USD, un stablecoin adossé au dollar dont la particularité tient en une phrase : le rendement des réserves ne revient plus à un émetteur unique, mais aux partenaires qui distribuent la monnaie. Dans les heures qui suivent, l’action de Circle, l’émetteur de l’USDC, décroche de treize à dix-sept pour cent. Le vrai sujet n’est pas l’arrivée d’un stablecoin de plus. C’est le déplacement de la rente monétaire qui, jusqu’ici, faisait toute la valeur du modèle.

Pour comprendre ce qui se joue, il faut savoir ce qu’un stablecoin rapporte réellement, et à qui. C’est un mécanisme discret, rarement expliqué, et pourtant central : la plus grande partie des dollars déposés dans un stablecoin est placée en bons du Trésor américain, où elle produit des intérêts, une fraction restant disponible en liquidités pour ceux qui veulent ressortir vers des dollars classiques. La question de savoir qui empoche ces intérêts vient de devenir le champ de bataille le plus disputé de la monnaie tokenisée.

Qu’est-ce que le float d’un stablecoin, et pourquoi c’est le vrai produit ?

Un stablecoin comme l’USDC ou l’USDT n’est pas de la monnaie créée à partir de rien. C’est de la monnaie fiat déjà existante, les dollars qui circulent dans les tuyaux bancaires traditionnels, transposée sous une forme numérique capable de circuler sur les réseaux crypto. Pour chaque jeton en circulation, un dollar réel est censé exister dans les réserves de l’émetteur. En clair : quand vous achetez cent USDC, vous ne créez pas cent dollars de pouvoir d’achat supplémentaire dans l’économie. Vous confiez à l’émetteur cent dollars que vous déteniez déjà, et il vous remet en échange un jeton qui réplique leur valeur sur ces nouveaux réseaux. Ce jeton est une créance : rendez-le, l’émetteur vous restitue vos dollars, qu’il aura entre-temps placés pour son compte.

Ces réserves ne dorment pas gratuitement. Leur plus grande partie est placée en bons du Trésor américain à court terme, qui rapportent aujourd’hui autour de quatre pour cent par an ; une fraction reste en liquidités, disponible pour rembourser ceux qui veulent ressortir vers des dollars classiques. Cette trésorerie flottante, qu’une entreprise détient au nom de ses clients et fait travailler pour son propre compte, c’est le float. Chez Circle, l’émetteur de l’USDC, cette part placée représente environ quatre cinquièmes des réserves, le reste étant gardé en liquidités.

Ce n’est pas un détail comptable. C’est le cœur du réacteur. Selon la note publiée par Jefferies après l’annonce d’Open USD et rapportée par CoinDesk, Circle tire environ quatre-vingt-quinze pour cent de ses revenus des intérêts générés par les réserves de l’USDC. Autrement dit : le stablecoin n’est pas le produit, il est le tuyau. Le produit, c’est le float. Le détenteur d’USDC prête gratuitement ses dollars, et l’émetteur encaisse le rendement.

Cette mécanique n’a rien de nouveau. Une banque fait de même avec vos dépôts, une compagnie d’assurance avec vos primes, un opérateur de cartes prépayées avec les sommes chargées. La particularité du stablecoin, c’est que ce modèle a été transposé à une créance privée qui circule d’un portefeuille à l’autre comme de la monnaie, sans jamais quitter le rail sur lequel elle produit du rendement pour son émetteur.

Ce que change vraiment Open USD

Open USD ne réinvente pas la technologie. Il réattribue la rente. Le principe, tel que le décrit le communiqué d’Open Standard, l’entité qui opère le projet, est que la quasi-totalité du rendement des réserves est reversée aux entreprises qui adoptent et distribuent la monnaie, après déduction de frais de gestion réduits. Le jeton peut être créé et racheté sans frais ni plafond de volume.

Ici, une précision est indispensable, parce que les titres de presse simplifient. Open USD n’est pas émis par Visa, BlackRock ou Google. Il est opéré par Open Standard, une société indépendante dont le conseil est composé des sociétés partenaires, avec Zach Abrams comme directeur général fondateur, l’un des cofondateurs de Bridge, l’infrastructure de stablecoins rachetée par Stripe en 2024. Les cent quarante entreprises citées sont des partenaires de lancement, pas des émetteurs. À ce stade, ni l’émetteur légal du jeton, ni le gestionnaire des réserves ne sont publiquement identifiés, et le cadre de licence reste à préciser. Ce qui est annoncé n’est donc pas un produit fini, mais une architecture d’intention portée par une coalition.

Le déplacement reste néanmoins limpide. Dans le modèle Circle ou Tether, le float remonte vers l’émetteur, qui en garde l’essentiel. Dans le modèle Open USD, le float redescend vers le réseau de distributeurs, à mesure qu’ils font circuler la monnaie. Ce n’est pas une innovation technique, c’est une réponse à une question de partage de la valeur : celui qui apporte la distribution veut désormais une part du rendement qu’il génère.

On retrouve la même grille de lecture que sur bien d’autres terrains où une rente est captée à l’écart de celui qui produit la valeur : les intérêts d’un placement, les frais d’une intermédiation, la commission sur une revente. Ce qui déplace la ligne, ce n’est pas le nom du jeton. C’est la règle qui décide où va l’argent que ce jeton fait travailler.

Faut-il croire que le détenteur y gagne ?

C’est la tentation naturelle, et c’est un contresens. Le rendement redistribué par Open USD ne va pas à celui qui détient le jeton. Il va aux entreprises qui le distribuent : les réseaux de paiement, les plateformes d’échange, les portefeuilles, les commerçants. Le détenteur particulier, lui, continue de prêter ses dollars sans percevoir d’intérêt. Le float change de destinataire, il ne change pas de nature.

Si vous détenez des stablecoins pour vos transactions ou pour garder de la valeur en dollars sur un rail numérique, voilà ce que cela signifie concrètement : la bataille qui s’ouvre n’est pas une bataille pour vous rémunérer, c’est une bataille entre géants pour savoir lequel captera la rente que vous alimentez. Comprendre cela, c’est cesser de voir un stablecoin comme un simple équivalent numérique du billet, et commencer à le lire comme ce qu’il est : une créance privée dont quelqu’un, quelque part, tire un revenu.

Il existe d’ailleurs une raison réglementaire pour laquelle ce rendement ne vous est pas versé directement. Aux États-Unis, le débat sur le droit d’un émetteur de stablecoin à payer un intérêt à ses détenteurs a été tranché dans un sens restrictif, précisément parce qu’un jeton qui verse un rendement se rapproche dangereusement d’un produit financier ou d’un fonds monétaire, avec les obligations qui vont avec. Redistribuer le float à des distributeurs professionnels, et non aux détenteurs, est aussi une manière de rester du bon côté de cette frontière.

Pourquoi l’action Circle a-t-elle décroché ?

La réaction du marché a été immédiate. L’action de Circle, cotée sous le symbole CRCL, perd entre treize et dix-sept pour cent le jour de l’annonce, avant un rebond partiel d’environ cinq pour cent le lendemain et une clôture autour de soixante-cinq dollars le 2 juillet. Le lien avec l’annonce d’Open USD est établi par l’ensemble des observateurs de marché, même si l’on ne peut pas le réduire à une causalité mécanique : d’autres facteurs pèsent en permanence sur une valeur aussi jeune en bourse.

La logique économique du décrochage, elle, est claire. Si Circle dépend à quatre-vingt-quinze pour cent du rendement de ses réserves, tout ce qui menace ce rendement menace directement sa valeur. Or Open USD attaque exactement ce point : il propose aux distributeurs une part du float que Circle garde aujourd’hui pour lui. Circle détient environ un quart d’un marché des stablecoins que les données de CoinGecko évaluent à près de trois cent sept milliards de dollars début juillet, dominé par l’USDT de Tether à cent quatre-vingt-quatre milliards, soit près de soixante pour cent, l’USDC suivant à environ soixante-treize milliards.

Un point aggrave la lecture du marché. Le principal canal de distribution de l’USDC est Coinbase, et l’accord commercial qui lie les deux sociétés doit être renégocié en août. Coinbase figure parmi les partenaires de lancement d’Open USD. Le distributeur dont dépend Circle s’assoit à la table d’un concurrent, quelques semaines avant de renégocier ses conditions. C’est cette configuration, plus que le jeton lui-même, que les investisseurs ont sanctionnée.

Reste que la sanction pourrait relever de la surréaction. Plusieurs voix de marché, dont celle d’un analyste de Clear Street cité par CoinDesk, jugent le mouvement excessif tant qu’Open USD n’est pas réellement lancé. Car une coalition n’est pas un produit. Comme le résume la même analyse, les consortiums sont difficiles à tenir et se défont facilement, les intérêts des partenaires sont larges et souvent mal alignés, et inscrire son nom sur une liste n’est pas la même chose que changer de modèle économique. Open USD doit encore être émis, adopté, et convaincre des utilisateurs. Son lancement est attendu pour la fin 2026, sur plusieurs blockchains dont Solana, avec le réseau Tempo dès le premier jour.

Ce que cette bataille dit de la souveraineté monétaire

Il y a une semaine, au moment de la fin du régime transitoire de la réglementation européenne MiCA, le consensus désignait Circle comme le grand gagnant du stablecoin conforme en Europe, seul émetteur pleinement en règle. Open USD ne contredit pas ce constat, il en révèle la portée exacte. Circle peut parfaitement gagner la conformité européenne et perdre, dans le même temps, le monopole de la rente de distribution. Ce sont deux théâtres différents : l’un se joue sur le droit d’accès au marché européen, l’autre sur le partage du float à l’échelle mondiale. Open USD vise le second.

Une constante traverse ces deux mouvements. Qu’il s’agisse de MiCA en Europe ou d’Open USD porté par des géants américains, l’infrastructure du dollar tokenisé continue de se structurer, et elle se structure autour d’acteurs américains. Il n’existe pas d’équivalent européen à cette coalition, ni de stablecoin euro adossé à un réseau de distribution comparable. La question de fond n’est pas de savoir quel jeton l’emportera, mais de constater que les rails sur lesquels circule de plus en plus la valeur numérique en dollars sont conçus, gouvernés et rémunérés outre-Atlantique. C’est le prolongement du dossier plus large de la souveraineté financière et de la reprise de contrôle sur son capital : comprendre où la rente est captée, c’est comprendre qui tient réellement le rail.

L’investisseur particulier qui découvre ce dossier aujourd’hui n’est pas en avance d’information sur les acteurs déjà positionnés. Mais il n’en a pas besoin pour décider. Lire ce qui est public, la mécanique du float, la structure des réserves, la position des distributeurs, la géographie réglementaire, et observer ce que le prix raconte, cela vient renforcer l’analyse technique, qui contient par essence l’ensemble des informations disponibles, y compris les traces que les acteurs déjà positionnés laissent dans le graphique. Courir après l’information privée n’est pas un programme. Lire ce qui est public et écouter ce que le marché dit en est un.

Mais une lecture, même bien construite, ne fait pas une stratégie. Ce qui distingue dans la durée un investisseur qui traverse les cycles d’un investisseur qui s’épuise n’est pas la finesse d’une analyse ponctuelle. C’est la discipline qui maintient le cap quand le scénario dévie, la rigueur qui ne se relâche pas dans les phases calmes, le money management qui empêche une conviction de dégénérer en concentration, la psychologie qui tient face aux retournements, et le cadre décisionnel qui permet de répéter ce qui marche au lieu de réinventer à chaque catalyseur. C’est cette posture qui permet d’imposer ses conditions au marché plutôt que de subir les siennes.

Ces variables ne se trouvent pas dans un communiqué de presse ni dans le nom d’un nouveau jeton. Elles se construisent par la pratique, par l’examen méthodique de ses propres décisions, et par un dialogue prolongé avec une méthode. C’est l’objet de l’accompagnement Monnaies & Libertés.

Mise à jour du 5 juillet 2026 : après la monnaie, l’action. La même logique de tokenisation s’étend aux titres cotés, avec la même question de fond : ce que vous détenez est-il l’actif lui-même ou une créance sur un émetteur ? Analyse dans Token d’action Robinhood : propriété ou simple créance ?

Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

FAQ

Qu’est-ce que le float d’un stablecoin ?
Le float désigne la trésorerie qu’un émetteur détient au nom de ses clients en contrepartie des stablecoins émis. Sa plus grande partie est placée en actifs qui rapportent des intérêts, principalement des bons du Trésor américain à court terme, tandis qu’une fraction reste liquide pour honorer les rachats. Ce rendement constitue la principale source de revenu des grands stablecoins : Circle en tire environ quatre-vingt-quinze pour cent de ses revenus.

Pourquoi Visa, BlackRock et Google lancent-ils un stablecoin contre Circle et Tether ?
Ces entreprises ne lancent pas directement le stablecoin : elles sont partenaires de lancement d’Open USD, une monnaie opérée par une entité indépendante, Open Standard. Leur intérêt est de récupérer une part du rendement des réserves, jusqu’ici capté par les émetteurs comme Circle et Tether. En apportant leurs réseaux de distribution, elles réclament désormais leur part du float qu’elles contribuent à faire circuler.

Est-ce que le détenteur d’un stablecoin va toucher un rendement avec Open USD ?
Non. Le rendement redistribué par Open USD va aux entreprises qui distribuent la monnaie, pas aux détenteurs du jeton. Le particulier continue de prêter ses dollars sans percevoir d’intérêt. Verser un rendement directement aux détenteurs rapprocherait le jeton d’un produit financier réglementé, ce que la réglementation américaine sur les stablecoins de paiement encadre étroitement.

Pourquoi l’action de Circle a-t-elle chuté après l’annonce d’Open USD ?
Parce que Circle dépend presque entièrement du rendement de ses réserves, et qu’Open USD attaque précisément ce modèle en proposant aux distributeurs une part de ce rendement. S’ajoute le fait que Coinbase, principal canal de distribution de l’USDC, figure parmi les partenaires d’Open USD, à quelques semaines de la renégociation de son accord avec Circle. L’action a perdu entre treize et dix-sept pour cent le jour de l’annonce, avant un rebond partiel.

Open USD est-il déjà disponible ?
Non. Au 4 juillet 2026, il s’agit d’une annonce stratégique, pas d’un produit en circulation. Le jeton n’est pas encore émis, son émetteur légal et son gestionnaire de réserves ne sont pas publiquement identifiés, et le lancement est attendu pour la fin 2026 sur plusieurs blockchains. Sa part de marché est nulle à ce jour : c’est un signal d’intention porté par une coalition, dont l’exécution reste à démontrer.

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Laurent Blasco, fondateur de Monnaies & Libertés

Laurent Blasco

Ex-chirurgien | Fondateur de Monnaies & Libertés | J’enseigne l’art de maîtriser son capital

Ancien chirurgien orthopédique, Laurent aide aujourd’hui les particuliers à comprendre la monnaie, les marchés et l’investissement pour reprendre le contrôle de leur capital à l’ère de Bitcoin.