
Un Livret A qui affiche 22 950 euros ne reçoit plus rien. La banque refuse le versement, et seuls les intérêts continuent de s’y ajouter. Une ministre propose de rouvrir la vanne jusqu’à 30 000 euros. Pas pour ce que la somme rapportera à son détenteur : pour ce qu’elle fera pendant qu’elle dort.
L’essentiel
- Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, propose de porter le plafond du Livret A de 22 950 à 30 000 euros. Objectif annoncé : jusqu’à 10 milliards d’euros par an de prêts bonifiés aux hôpitaux et aux collectivités. Elle l’a dit aux Échos le 4 septembre 2026. Son plan est remis au Premier ministre début octobre.
- Le plafond du Livret A ne se vote pas. Il est écrit à l’article R221-2 du code monétaire et financier et se déplace par décret. Il vaut 22 950 euros depuis 2013 ; la dernière retouche de cet article, en février 2020, ne concernait que les syndicats de copropriétaires.
- 15 % des livrets A dépassent déjà 22 950 euros, et ils portent la moitié de l’encours (Banque de France, rapport 2025). Eux seuls gagneraient 7 050 euros de marge, soit 61 milliards d’euros au plus. Une capacité de versement, pas un financement acquis.
- Entre un versement sur un Livret A et le réseau de froid d’un hôpital, trois décisions s’intercalent : le plafond, le taux de centralisation au fonds d’épargne de la Caisse des Dépôts (59,5 % depuis 2013), puis le choix des prêts. Aucune n’appartient au détenteur du livret.
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Qui peut déplacer ce chiffre ?
Le 4 septembre à 6 h 10, un entretien aux Échos met un chiffre sur la table. Le plan d’adaptation climatique que la ministre doit rendre début octobre a besoin d’argent. Elle veut aller le chercher là où les Français en ont déjà mis.
Les phrases qui portent la mesure sont derrière l’abonnement du journal ; je les rapporte d’après des reprises concordantes. La ministre y écarte l’idée d’un impôt et dit vouloir « proposer » aux Français que leur épargne « contribue » tant qu’elle reste sur le livret, en « prêts bonifiés de long terme » aux hôpitaux et aux collectivités. Bercy ne s’est pas exprimé.
Le chiffre de 22 950 euros ne figure dans aucune loi. Il est écrit à l’article R221-2 du code monétaire et financier : un décret suffit à le changer, le Parlement n’a pas à se prononcer. Sa dernière retouche, le 5 février 2020, ne visait que les syndicats de copropriétaires. Pour les particuliers, le montant n’a plus changé depuis 2013. Et une ministre de la Transition écologique ne signe pas ce décret : il relève du ministre de l’Économie et du Premier ministre. Elle propose.
Dix milliards, ou une capacité de dix milliards ?
Un plafond relevé n’apporte pas un euro. Il autorise des versements que la banque refusait. Encore faut-il des livrets pleins, et des détenteurs qui versent.
La Banque de France les compte. Son rapport annuel sur l’épargne réglementée, publié le 15 juillet 2026, dénombre 58 millions de livrets A à fin 2025, pour 440 milliards d’euros d’encours et un solde moyen de 7 554 euros chez les particuliers. Quinze pour cent d’entre eux dépassent 22 950 euros, et ces livrets-là portent la moitié de l’encours.
Environ 8,7 millions de livrets, 7 050 euros de marge nouvelle chacun : 61 milliards d’euros de capacité, au plus. Au plus : une partie de ces livrets a déjà franchi le plafond par capitalisation des intérêts. Pour en tirer 10 milliards par an, il faudrait en remplir près d’un sixième chaque année. Or la collecte nette s’est arrêtée. La Caisse des Dépôts enregistre 0,05 milliard d’euros de collecte en juillet sur le Livret A et le LDDS réunis, 608,4 milliards d’encours, après six mois de retraits nets.
Le Livret A rapporte 1,70 % depuis le 1er août. Sur un an, les prix ont monté de 2,4 % en août, selon l’estimation provisoire de l’INSEE. Verser 7 050 euros de plus sur un support qui perd du pouvoir d’achat est un arbitrage, pas une évidence : c’est le sujet de l’argent qui quitte le Livret A. Dix milliards par an est une hypothèse ministérielle, pas un montant disponible.
Où va l’argent une fois versé ?
Un solde de Livret A n’est pas une réserve qui attend dans un coffre. En déposant, on prête : les fonds deviennent la propriété de la banque, et le déposant reçoit une créance sur elle, garantie par l’État. C’est cette garantie qui rend le livret sûr, pas la nature de ce qu’il contient.
Ces fonds, la banque ne les garde pas tous. La créance du déposant, elle, ne bouge pas. Un taux de centralisation, fixé par décret lui aussi, en envoie une part au fonds d’épargne de la Caisse des Dépôts. Il vaut 59,5 % pour le Livret A et le LDDS depuis 2013. Fin 2025, tous livrets réglementés confondus, le fonds portait 407 milliards d’euros ; 291 restaient au bilan des banques. Cette part-là n’est pas libre non plus : un arrêté de 2008 réserve 80 % des fonds non centralisés du Livret A et du LDDS aux petites et moyennes entreprises.
Le fonds d’épargne, lui, ne dépense pas : il prête. Il a financé plus de 46,5 milliards d’euros de prêts en 2025, pour un encours de 243 milliards, au logement social et à la transition écologique. L’adaptation au changement climatique y figure déjà : une enveloppe de 5 milliards ouverte en août 2025 pour le réseau de transport d’électricité, un premier prêt d’un milliard signé en novembre. Le plafond du Livret A, lui, n’avait pas bougé.
Qui paie la bonification ?
Reste le mot le plus lourd de la proposition : bonifiés. Un prêt bonifié est un prêt consenti sous son prix, l’écart étant porté par un tiers. Les prêts du fonds d’épargne, eux, sont à taux variable, indexés sur le taux du Livret A, majorés en général d’une marge de 0,60 point. Avec un livret à 1,70 %, un hôpital emprunte donc autour de 2,30 %, quand l’épargnant en touche 1,70. Les six dixièmes de point d’écart font vivre le circuit : le fonds verse 0,3 % de l’encours centralisé aux banques qui distribuent les livrets, et rémunère la garantie de l’État.
La place est étroite : prêter nettement sous 2,30 % suppose que quelqu’un absorbe la différence, le fonds d’épargne sur ses résultats, le budget de l’État, ou l’emprunteur par une durée plus longue. Aucun texte ne l’organise à ce jour : c’est ce que je regarderai début octobre.
Le curseur qui reste
Trois curseurs commandent ce qu’un Livret A finance. Le plafond, par décret. La centralisation, par décret. L’emploi des prêts, par le fonds d’épargne. Le détenteur n’en tient aucun, et la protection de son patrimoine commence par savoir lesquels lui échappent.
Reste le quatrième, celui que le détenteur est seul à pouvoir pousser : verser, ou ne pas verser. Les dix milliards ne tiennent qu’à ce geste. Au bout d’une chaîne de décrets signés ailleurs, le dernier mot revient à celui qui remplit le livret : reprendre le contrôle de son capital commence là.
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Mise à jour du 19 septembre 2026 : un plafond fixe ce que l’on peut verser, pas ce que le versement conserve. Le 18 septembre 2026, la Banque centrale européenne a publié les réponses d’août à son enquête auprès des consommateurs : pour les douze prochains mois, la réponse médiane s’établit à 3,0 %, quand le Livret A sert 1,70 % depuis le 1er août. Notre article sur l’écart entre le taux servi et l’inflation que les ménages attendent.
Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.
FAQ
Le plafond du Livret A va-t-il passer à 30 000 euros ?
Rien n’est décidé. Il s’agit d’une proposition formulée le 4 septembre 2026 par Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, dans un entretien aux Échos. Son plan d’adaptation au changement climatique doit être remis au Premier ministre début octobre. Le plafond actuel, 22 950 euros pour une personne physique, figure à l’article R221-2 du code monétaire et financier. Il se modifie par décret, sans vote du Parlement. Mais ce décret relève du ministre de l’Économie et du Premier ministre, pas du ministère de la Transition écologique.
Que finance l’argent déposé sur un Livret A ?
Deux circuits, selon une clé fixée par décret. Depuis 2013, 59,5 % des dépôts du Livret A et du LDDS sont centralisés au fonds d’épargne de la Caisse des Dépôts. Tous livrets réglementés confondus, ce fonds portait 407 milliards d’euros fin 2025. Il prête : plus de 46,5 milliards d’euros de prêts financés en 2025, dont 41,7 milliards de nouveaux prêts signés, pour un encours de 243 milliards, au logement social, à la politique de la ville et à la transition écologique. Les fonds non centralisés restent au bilan des banques, avec une obligation d’emploi : 80 % doivent aller aux petites et moyennes entreprises.
Pour approfondir :
- Épargne : où va vraiment l’argent qui quitte le Livret A
- Livret A à 1,70 %, LEP à 2,50 % : l’État déroge à sa formule
- Alternative au Livret A : ce qu’est vraiment le fonds euros
- Financement monétaire : ce qu’une loi ne peut pas fermer
- Protection du patrimoine : préserver ce que l’on a construit
- Souveraineté financière : reprendre le contrôle de son capital
