
Depuis janvier, 28,7 milliards d’euros ont afflué vers l’assurance-vie, sept milliards de plus qu’un an plus tôt. Le raisonnement paraît simple : le Livret A plafonne à 1,50 %, les fonds euros ont servi 2,63 % en 2025, alors on bascule. Mais un fonds euros n’est pas un Livret A mieux rémunéré. C’est une créance obligataire intermédiée, garantie en capital, qui répond à une autre fonction, et le confondre avec un livret conduit au mauvais arbitrage.
Pourquoi 28,7 milliards ont-ils choisi l’assurance-vie ?
La collecte nette de l’assurance-vie atteint 28,7 milliards d’euros sur les cinq premiers mois de 2026, contre 21,4 milliards un an plus tôt, selon France Assureurs. L’encours total du placement grimpe à 2 162 milliards d’euros, ce qui en fait le premier placement financier des Français, devant les livrets réglementés.
Un chiffre mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il défait l’histoire qu’on raconte trop vite. Cette collecte nette se répartit très inégalement : plus 21,6 milliards pour les unités de compte (ces supports investis en actions, obligations ou immobilier, dont la valeur fluctue et dont le capital n’est pas garanti), et seulement plus 7,1 milliards pour les fonds en euros. En solde, l’argent frais va donc d’abord vers les marchés, pas vers le support garanti.
Attention au périmètre, car c’est là que se joue la lecture juste. En cotisations brutes, c’est-à-dire ce que les épargnants versent réellement, les fonds euros captent encore la majorité : la part des unités de compte n’est que de 38 % des versements depuis janvier, donc près de 62 % continuent d’aller vers le support garanti. Comment, alors, le solde net peut-il pencher vers les unités de compte ? Parce que la collecte nette ne mesure pas l’argent qui entre, mais l’argent qui entre moins celui qui sort. Or le fonds euros voit beaucoup sortir : des rachats (l’épargnant qui retire), des décès (les contrats anciens, souvent en fonds euros, qui se dénouent et versent le capital aux bénéficiaires), et surtout des arbitrages (l’épargnant qui, à l’intérieur de son propre contrat, déplace son épargne du fonds euros vers les unités de compte). Une partie de ce qui gonfle les unités de compte en solde net n’est donc pas de l’argent neuf : c’est de l’argent qui a quitté le fonds euros pour elles. Cette collecte ne raconte donc ni une ruée vers la sécurité, ni un pari collectif sur le risque : elle raconte le moment où chaque épargnant reconsidère la fonction de chacune de ses poches. France Assureurs l’attribue d’ailleurs elle-même moins au rendement qu’à la stabilité fiscale et réglementaire du placement. Premier indice que le fonds euros ne se joue pas sur le terrain du Livret A.

Le fonds euros rapporte-t-il vraiment le double du Livret A ?
C’est l’argument qui déclenche la bascule : 2,63 % contre 1,50 %, presque le double. Le taux moyen servi par les fonds euros en 2025 s’établit en effet à 2,63 % pour les contrats individuels, stable pour la troisième année consécutive, selon l’ACPR. Mais comparer ces deux nombres tels quels, c’est comparer deux choses différentes.
Le 1,50 % du Livret A est un rendement net : ni impôt, ni prélèvements sociaux. Le 2,63 % du fonds euros est un rendement brut de prélèvements sociaux. Ces prélèvements, de 17,2 % sur l’assurance-vie, sont ponctionnés chaque année sur les intérêts du fonds euros. En clair, une fois cette ponction déduite, le fonds euros sert environ 2,18 % net, avant impôt sur le revenu éventuel en cas de retrait. L’écart réel avec le Livret A n’est donc pas de 1,13 point, mais d’environ 0,68 point.
Un écart positif, réel, mais pas un doublement. Et ce rendement n’a rien d’automatique : il faut voir comment il se fabrique. Un fonds euros est surtout composé d’obligations achetées au fil des ans, dont beaucoup pendant la période de taux bas, qui rapportent donc peu aujourd’hui. Pour servir malgré tout 2,63 %, les assureurs ont complété en puisant dans une réserve, la provision pour participation aux bénéfices (la PPB) : un matelas de rendement mis de côté les bonnes années pour soutenir les moins bonnes. Et ce matelas s’use : il est retombé à 4,0 % des encours fin 2025, contre 4,3 % un an plus tôt.
Surtout, presque rien de ce 2,63 % n’était garanti d’avance. Un contrat de fonds euros ne promet contractuellement qu’un rendement minimal, le taux technique, aujourd’hui limité à 0,32 % en moyenne. Tout le reste est une participation aux bénéfices que l’assureur redécide chaque année, sans y être tenu. Le taux servi une année n’engage donc pas le suivant : c’est un rendement révisable, soutenu par des réserves qui s’amenuisent, pas une promesse inscrite dans le contrat.
Un fonds euros, c’est quoi au juste ?
Derrière la garantie en capital se cache un mécanisme qu’il faut nommer. Quand vous placez sur un fonds euros, votre argent est majoritairement investi en obligations, au premier rang desquelles la dette souveraine : l’OAT à 10 ans se situait autour de 3,4 % en moyenne en 2025. L’assureur achète ces titres, en encaisse les coupons, vous en reverse une partie sous forme de rendement, et vous garantit votre capital.
Ce que cela signifie concrètement : sur un fonds euros, vous n’êtes pas propriétaire d’un coffre-fort, vous êtes créancier de l’assureur, qui est lui-même créancier de l’État et des entreprises dont il détient la dette. C’est le même principe que le compte courant, où le déposant prête en réalité à sa banque sans toujours le savoir. Le fonds euros est une créance obligataire intermédiée : la garantie ne tient pas par magie, elle repose sur la qualité du bilan de l’assureur, que la réglementation Solvabilité II encadre, et sur les réserves qu’il a constituées. Une même obligation d’État peut d’ailleurs se retrouver dans un fonds euros comme dans une unité de compte obligataire : ce qui distingue les deux n’est pas le titre détenu, mais qui en porte le risque. Dans le fonds euros, l’assureur encaisse les hausses et les baisses et vous garantit le capital ; dans une unité de compte, c’est vous qui les subissez.
Faut-il s’en inquiéter ? Non. La garantie en capital est bien réelle, protégée par l’effet cliquet (les intérêts crédités chaque année sont acquis définitivement) et par un cadre prudentiel exigeant. Mais garanti ne veut pas dire sans contrepartie ni sans coût d’opportunité. La contrepartie, c’est un rendement futur révisable, suspendu au rendement des actifs de l’assureur et à ses réserves. Le coût d’opportunité, c’est une épargne moins immédiatement disponible que sur un livret : non qu’elle soit bloquée, car un rachat reste possible à tout moment (l’assureur disposant d’un délai pour verser, quelques jours en pratique), mais parce que sa fiscalité ne récompense vraiment la durée qu’au bout de huit ans. On l’immobilise par choix, pas par contrainte.
Faut-il vider son Livret A pour autant ?
C’est ici que l’arbitrage se joue vraiment, et il ne se résume pas à un écart de rendement. Un Livret A et un fonds euros ne remplissent pas la même fonction dans un patrimoine. Le Livret A, disponible à tout moment, exonéré, garanti par l’État, est une poche de précaution : l’argent qu’on veut pouvoir mobiliser à tout instant, sans y penser. Le fonds euros, lui, est une brique d’épargne longue. L’immobilier obéit à une logique encore différente, engageant un crédit long et une faible liquidité, comme le montre l’état du marché immobilier en 2026. L’assurance-vie est d’ailleurs, selon l’ACPR, principalement destinée à préparer la retraite ou la transmission, et c’est là que sa fiscalité prend tout son sens : les avantages successoraux et l’abattement sur les gains après huit ans expliquent une part de la collecte, indépendamment du rendement servi.
Si votre Livret A est plein, la vraie question n’est donc pas « fonds euros ou Livret A », mais « de quelle poche s’agit-il ? ». Vider sa réserve de précaution pour courir 68 points de base sur une épargne longue, c’est dégrader sa capacité d’action immédiate pour un gain modeste. À l’inverse, un excédent dont on n’aura pas besoin avant des années n’a pas grand-chose à faire sur un livret plafonné. La bascule n’est un bon calcul que si l’argent qui part était déjà de l’épargne longue déguisée en épargne de précaution.
Et le fonds euros n’est même pas le seul candidat pour cet excédent. Comptes à terme, fonds monétaires, fonds obligataires cotés : d’autres supports offrent des profils de rendement et de disponibilité différents, surtout si les taux servis par les fonds euros se tassent à mesure que la désinflation se diffuse. La bonne réponse dépend de votre horizon, pas d’un classement de rendements. C’est tout l’enjeu de protéger son patrimoine en raisonnant par fonction plutôt que par réflexe.
Les 28,7 milliards de cette année ne racontent pas une fuite vers la sécurité ni un pari sur les marchés. Ils racontent des épargnants qui, entre un Livret A qui plafonne et un fonds euros qui n’est plus tout à fait le refuge d’hier, cherchent à replacer chaque euro dans la bonne fonction. C’est un travail de cadre, pas de comparaison de taux. Construire ce cadre de décision, structurer sa réflexion sur ce que chaque poche doit accomplir, développer sa propre capacité à trancher plutôt qu’à suivre le flux : c’est ce que la newsletter hebdomadaire Monnaies & Libertés propose, chaque semaine, à celles et ceux qui veulent garder la main.
Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.
Foire aux questions
Le fonds euros est-il une bonne alternative au Livret A ?
Ce n’est pas un meilleur Livret A, c’est un instrument différent. Le fonds euros est une créance obligataire intermédiée, garantie en capital, mais à horizon long et à vocation fiscale et successorale. Il complète le Livret A, poche de précaution disponible et exonérée, plutôt qu’il ne le remplace. L’arbitrage se décide par fonction, pas par comparaison de taux.
Quel rendement le fonds euros a-t-il vraiment servi en 2025 ?
Le taux moyen des fonds euros s’est établi à 2,63 % pour les contrats individuels en 2025, selon l’ACPR, mais ce chiffre est brut de prélèvements sociaux. Après la ponction de 17,2 %, le rendement net tombe autour de 2,18 %, avant impôt éventuel. Face au Livret A à 1,50 % net, l’écart réel est d’environ 0,68 point, pas d’un doublement.
Mon Livret A est plein, que faire de l’excédent ?
Tout dépend de l’horizon. L’argent dont vous pourriez avoir besoin à tout moment doit rester liquide, sur un livret ou un support de précaution. Un excédent dont vous n’aurez pas besoin avant plusieurs années peut rejoindre une assurance-vie, mais aussi un compte à terme ou un fonds obligataire. La règle est de ne pas vider sa réserve de précaution pour quelques dizaines de points de base.
Un fonds euros est-il vraiment sans risque ?
Le capital est garanti et les intérêts acquis le sont définitivement grâce à l’effet cliquet, sous un cadre prudentiel exigeant, Solvabilité II. Mais garanti ne signifie pas sans contrepartie : le rendement futur est révisable et dépend du bilan de l’assureur, et l’épargne est moins disponible qu’un livret. Le risque n’est pas la perte du capital, c’est le rendement et la liquidité.
Pourquoi la collecte 2026 va-t-elle surtout vers les unités de compte ?
En solde net, les unités de compte captent plus 21,6 milliards depuis janvier, contre plus 7,1 milliards pour les fonds euros. Mais en versements bruts, les fonds euros restent majoritaires, avec près de 62 % des cotisations. La divergence vient des sorties plus fortes sur les fonds euros, pas d’une ruée vers le risque. Le solde net exagère un mouvement que les versements bruts nuancent.

Depuis janvier, 28,7 milliards d’euros ont afflué vers l’assurance-vie, sept milliards de plus qu’un an plus tôt. Le raisonnement paraît simple : le Livret A plafonne à 1,50 %, les fonds euros ont servi 2,63 % en 2025, alors on bascule. Mais un fonds euros n’est pas un Livret A mieux rémunéré. C’est une créance obligataire intermédiée, garantie en capital, qui répond à une autre fonction, et le confondre avec un livret conduit au mauvais arbitrage.
Pourquoi 28,7 milliards ont-ils choisi l’assurance-vie ?
La collecte nette de l’assurance-vie atteint 28,7 milliards d’euros sur les cinq premiers mois de 2026, contre 21,4 milliards un an plus tôt, selon France Assureurs. L’encours total du placement grimpe à 2 162 milliards d’euros, ce qui en fait le premier placement financier des Français, devant les livrets réglementés.
Un chiffre mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il défait l’histoire qu’on raconte trop vite. Cette collecte nette se répartit très inégalement : plus 21,6 milliards pour les unités de compte (ces supports investis en actions, obligations ou immobilier, dont la valeur fluctue et dont le capital n’est pas garanti), et seulement plus 7,1 milliards pour les fonds en euros. En solde, l’argent frais va donc d’abord vers les marchés, pas vers le support garanti.
Attention au périmètre, car c’est là que se joue la lecture juste. En cotisations brutes, c’est-à-dire ce que les épargnants versent réellement, les fonds euros captent encore la majorité : la part des unités de compte n’est que de 38 % des versements depuis janvier, donc près de 62 % continuent d’aller vers le support garanti. Comment, alors, le solde net peut-il pencher vers les unités de compte ? Parce que la collecte nette ne mesure pas l’argent qui entre, mais l’argent qui entre moins celui qui sort. Or le fonds euros voit beaucoup sortir : des rachats (l’épargnant qui retire), des décès (les contrats anciens, souvent en fonds euros, qui se dénouent et versent le capital aux bénéficiaires), et surtout des arbitrages (l’épargnant qui, à l’intérieur de son propre contrat, déplace son épargne du fonds euros vers les unités de compte). Une partie de ce qui gonfle les unités de compte en solde net n’est donc pas de l’argent neuf : c’est de l’argent qui a quitté le fonds euros pour elles. Cette collecte ne raconte donc ni une ruée vers la sécurité, ni un pari collectif sur le risque : elle raconte le moment où chaque épargnant reconsidère la fonction de chacune de ses poches. France Assureurs l’attribue d’ailleurs elle-même moins au rendement qu’à la stabilité fiscale et réglementaire du placement. Premier indice que le fonds euros ne se joue pas sur le terrain du Livret A.

Le fonds euros rapporte-t-il vraiment le double du Livret A ?
C’est l’argument qui déclenche la bascule : 2,63 % contre 1,50 %, presque le double. Le taux moyen servi par les fonds euros en 2025 s’établit en effet à 2,63 % pour les contrats individuels, stable pour la troisième année consécutive, selon l’ACPR. Mais comparer ces deux nombres tels quels, c’est comparer deux choses différentes.
Le 1,50 % du Livret A est un rendement net : ni impôt, ni prélèvements sociaux. Le 2,63 % du fonds euros est un rendement brut de prélèvements sociaux. Ces prélèvements, de 17,2 % sur l’assurance-vie, sont ponctionnés chaque année sur les intérêts du fonds euros. En clair, une fois cette ponction déduite, le fonds euros sert environ 2,18 % net, avant impôt sur le revenu éventuel en cas de retrait. L’écart réel avec le Livret A n’est donc pas de 1,13 point, mais d’environ 0,68 point.
Un écart positif, réel, mais pas un doublement. Et ce rendement n’a rien d’automatique : il faut voir comment il se fabrique. Un fonds euros est surtout composé d’obligations achetées au fil des ans, dont beaucoup pendant la période de taux bas, qui rapportent donc peu aujourd’hui. Pour servir malgré tout 2,63 %, les assureurs ont complété en puisant dans une réserve, la provision pour participation aux bénéfices (la PPB) : un matelas de rendement mis de côté les bonnes années pour soutenir les moins bonnes. Et ce matelas s’use : il est retombé à 4,0 % des encours fin 2025, contre 4,3 % un an plus tôt.
Surtout, presque rien de ce 2,63 % n’était garanti d’avance. Un contrat de fonds euros ne promet contractuellement qu’un rendement minimal, le taux technique, aujourd’hui limité à 0,32 % en moyenne. Tout le reste est une participation aux bénéfices que l’assureur redécide chaque année, sans y être tenu. Le taux servi une année n’engage donc pas le suivant : c’est un rendement révisable, soutenu par des réserves qui s’amenuisent, pas une promesse inscrite dans le contrat.
Un fonds euros, c’est quoi au juste ?
Derrière la garantie en capital se cache un mécanisme qu’il faut nommer. Quand vous placez sur un fonds euros, votre argent est majoritairement investi en obligations, au premier rang desquelles la dette souveraine : l’OAT à 10 ans se situait autour de 3,4 % en moyenne en 2025. L’assureur achète ces titres, en encaisse les coupons, vous en reverse une partie sous forme de rendement, et vous garantit votre capital.
Ce que cela signifie concrètement : sur un fonds euros, vous n’êtes pas propriétaire d’un coffre-fort, vous êtes créancier de l’assureur, qui est lui-même créancier de l’État et des entreprises dont il détient la dette. C’est le même principe que le compte courant, où le déposant prête en réalité à sa banque sans toujours le savoir. Le fonds euros est une créance obligataire intermédiée : la garantie ne tient pas par magie, elle repose sur la qualité du bilan de l’assureur, que la réglementation Solvabilité II encadre, et sur les réserves qu’il a constituées. Une même obligation d’État peut d’ailleurs se retrouver dans un fonds euros comme dans une unité de compte obligataire : ce qui distingue les deux n’est pas le titre détenu, mais qui en porte le risque. Dans le fonds euros, l’assureur encaisse les hausses et les baisses et vous garantit le capital ; dans une unité de compte, c’est vous qui les subissez.
Faut-il s’en inquiéter ? Non. La garantie en capital est bien réelle, protégée par l’effet cliquet (les intérêts crédités chaque année sont acquis définitivement) et par un cadre prudentiel exigeant. Mais garanti ne veut pas dire sans contrepartie ni sans coût d’opportunité. La contrepartie, c’est un rendement futur révisable, suspendu au rendement des actifs de l’assureur et à ses réserves. Le coût d’opportunité, c’est une épargne moins immédiatement disponible que sur un livret : non qu’elle soit bloquée, car un rachat reste possible à tout moment (l’assureur disposant d’un délai pour verser, quelques jours en pratique), mais parce que sa fiscalité ne récompense vraiment la durée qu’au bout de huit ans. On l’immobilise par choix, pas par contrainte.
Faut-il vider son Livret A pour autant ?
C’est ici que l’arbitrage se joue vraiment, et il ne se résume pas à un écart de rendement. Un Livret A et un fonds euros ne remplissent pas la même fonction dans un patrimoine. Le Livret A, disponible à tout moment, exonéré, garanti par l’État, est une poche de précaution : l’argent qu’on veut pouvoir mobiliser à tout instant, sans y penser. Le fonds euros, lui, est une brique d’épargne longue. L’immobilier obéit à une logique encore différente, engageant un crédit long et une faible liquidité, comme le montre l’état du marché immobilier en 2026. L’assurance-vie est d’ailleurs, selon l’ACPR, principalement destinée à préparer la retraite ou la transmission, et c’est là que sa fiscalité prend tout son sens : les avantages successoraux et l’abattement sur les gains après huit ans expliquent une part de la collecte, indépendamment du rendement servi.
Si votre Livret A est plein, la vraie question n’est donc pas « fonds euros ou Livret A », mais « de quelle poche s’agit-il ? ». Vider sa réserve de précaution pour courir 68 points de base sur une épargne longue, c’est dégrader sa capacité d’action immédiate pour un gain modeste. À l’inverse, un excédent dont on n’aura pas besoin avant des années n’a pas grand-chose à faire sur un livret plafonné. La bascule n’est un bon calcul que si l’argent qui part était déjà de l’épargne longue déguisée en épargne de précaution.
Et le fonds euros n’est même pas le seul candidat pour cet excédent. Comptes à terme, fonds monétaires, fonds obligataires cotés : d’autres supports offrent des profils de rendement et de disponibilité différents, surtout si les taux servis par les fonds euros se tassent à mesure que la désinflation se diffuse. La bonne réponse dépend de votre horizon, pas d’un classement de rendements. C’est tout l’enjeu de protéger son patrimoine en raisonnant par fonction plutôt que par réflexe.
Les 28,7 milliards de cette année ne racontent pas une fuite vers la sécurité ni un pari sur les marchés. Ils racontent des épargnants qui, entre un Livret A qui plafonne et un fonds euros qui n’est plus tout à fait le refuge d’hier, cherchent à replacer chaque euro dans la bonne fonction. C’est un travail de cadre, pas de comparaison de taux. Construire ce cadre de décision, structurer sa réflexion sur ce que chaque poche doit accomplir, développer sa propre capacité à trancher plutôt qu’à suivre le flux : c’est ce que la newsletter hebdomadaire Monnaies & Libertés propose, chaque semaine, à celles et ceux qui veulent garder la main.
Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.
Foire aux questions
Le fonds euros est-il une bonne alternative au Livret A ?
Ce n’est pas un meilleur Livret A, c’est un instrument différent. Le fonds euros est une créance obligataire intermédiée, garantie en capital, mais à horizon long et à vocation fiscale et successorale. Il complète le Livret A, poche de précaution disponible et exonérée, plutôt qu’il ne le remplace. L’arbitrage se décide par fonction, pas par comparaison de taux.
Quel rendement le fonds euros a-t-il vraiment servi en 2025 ?
Le taux moyen des fonds euros s’est établi à 2,63 % pour les contrats individuels en 2025, selon l’ACPR, mais ce chiffre est brut de prélèvements sociaux. Après la ponction de 17,2 %, le rendement net tombe autour de 2,18 %, avant impôt éventuel. Face au Livret A à 1,50 % net, l’écart réel est d’environ 0,68 point, pas d’un doublement.
Mon Livret A est plein, que faire de l’excédent ?
Tout dépend de l’horizon. L’argent dont vous pourriez avoir besoin à tout moment doit rester liquide, sur un livret ou un support de précaution. Un excédent dont vous n’aurez pas besoin avant plusieurs années peut rejoindre une assurance-vie, mais aussi un compte à terme ou un fonds obligataire. La règle est de ne pas vider sa réserve de précaution pour quelques dizaines de points de base.
Un fonds euros est-il vraiment sans risque ?
Le capital est garanti et les intérêts acquis le sont définitivement grâce à l’effet cliquet, sous un cadre prudentiel exigeant, Solvabilité II. Mais garanti ne signifie pas sans contrepartie : le rendement futur est révisable et dépend du bilan de l’assureur, et l’épargne est moins disponible qu’un livret. Le risque n’est pas la perte du capital, c’est le rendement et la liquidité.
Pourquoi la collecte 2026 va-t-elle surtout vers les unités de compte ?
En solde net, les unités de compte captent plus 21,6 milliards depuis janvier, contre plus 7,1 milliards pour les fonds euros. Mais en versements bruts, les fonds euros restent majoritaires, avec près de 62 % des cotisations. La divergence vient des sorties plus fortes sur les fonds euros, pas d’une ruée vers le risque. Le solde net exagère un mouvement que les versements bruts nuancent.
