Coffre-fort ouvert rempli de pièces d'or dont une partie se dissout en particules lumineuses qui s'échappent, symbole de l'épargne garantie dont le pouvoir d'achat s'érode sous l'inflation.

Au 1er août 2026, le taux du Livret A devrait remonter pour la première fois depuis deux ans, autour de 1,70 % à 1,80 % contre 1,50 % aujourd’hui, selon les projections des analystes. Cette hausse ne change pourtant rien à ce qu’est vraiment ce livret : une assurance de liquidité dont le rendement réel reste négatif. Avec une inflation française à 2,4 % sur un an en mai, même revalorisé, le Livret A continuera de faire perdre du pouvoir d’achat à l’argent qu’on y laisse dormir.

Ce paradoxe mérite qu’on s’y arrête. Pas pour s’en plaindre, mais pour comprendre à quoi sert réellement cet outil que possèdent presque tous les Français. Le taux du Livret A n’est pas un prix de marché. C’est un prix administré, fixé par une formule réglementaire et validé par l’État. Savoir comment il est calculé, et pourquoi il remonte aujourd’hui, permet de cesser de lui demander ce qu’il ne donnera jamais : un rendement qui protège l’épargne contre l’inflation.

Comment le taux du Livret A est-il calculé ?

Contrairement à une idée répandue, le taux du Livret A ne tombe pas du ciel ni d’une décision purement politique. Il résulte d’une formule inscrite dans le Code monétaire et financier, à l’article R221-4. Cette formule fait la moyenne de deux composantes : l’inflation hors tabac et un taux de marché à court terme, l’€STR.

L’€STR (euro short-term rate, le taux auquel les banques de la zone euro se prêtent de l’argent au jour le jour) est le baromètre du prix de l’argent à très court terme. Il suit de près les décisions de la Banque centrale européenne. Concrètement, le calcul retient la moyenne de l’inflation hors tabac et de l’€STR sur les six derniers mois, le tout divisé par deux, avec un plancher fixé à 0,5 % et un arrondi au dixième de point le plus proche.

Deux fois par an, la Banque de France calcule le taux qui découle de cette formule et adresse une recommandation au gouvernement, avant le 15 janvier et avant le 15 juillet. Les nouveaux taux s’appliquent ensuite au 1er février et au 1er août. Pour la révision qui nous occupe, le verdict officiel tombera donc à la mi-juillet, pour une entrée en vigueur trois semaines plus tard.

Un point mérite d’être souligné, parce qu’il est au cœur de ce que le Livret A peut et ne peut pas faire. La formule ne retient pas l’inflation du mois en cours, mais une moyenne lissée sur six mois. Autrement dit, le taux servi aujourd’hui reflète l’inflation d’hier, pas celle que vous vivez en faisant vos courses ce matin. Ce décalage n’est pas un défaut technique. C’est une caractéristique structurelle : la formule suit l’inflation passée, avec retard. Elle ne protège donc pas contre l’inflation, elle la rattrape, toujours avec un temps de retard.

Pourquoi le taux remonte-t-il en août 2026 ?

Le basculement vers la hausse vient de la mécanique elle-même. Deux forces poussent la formule vers le haut sur le semestre écoulé.

La première, c’est le retour de l’inflation. Après être tombée à 1,0 % en début d’année, l’inflation française est remontée à 2,4 % sur un an en mai 2026, portée par l’énergie, dont les prix bondissent de 16,6 % avec un net rebond du gaz. La moyenne semestrielle de l’inflation hors tabac, l’une des deux jambes de la formule, s’en trouve relevée.

La seconde force, c’est la décision de la Banque centrale européenne. Le 11 juin 2026, la BCE a relevé ses taux directeurs de 0,25 point, première hausse depuis 2023, portant le taux de dépôt à 2,25 %. Dans son sillage, l’€STR est remonté à 2,18 % au 22 juin, contre des niveaux plus bas en fin d’année dernière. La seconde jambe de la formule se redresse à son tour.

Graphique comparant le taux du Livret A et l'inflation France sur un an de janvier 2025 à août 2026 : le taux baisse par paliers pendant que l'inflation remonte, creusant un rendement réel négatif au premier semestre 2026.
Le taux du Livret A suit l’inflation avec retard. Sources : arrêtés successifs (service-public.fr) et INSEE. Projection août 2026 selon barèmes d’analystes.

Les deux composantes montent ensemble : c’est ce qui inverse l’anticipation. Il y a quelques mois encore, le scénario dominant était plutôt celui d’une légère baisse vers 1,40 %, hérité d’un contexte d’inflation faible. Aujourd’hui, les projections pointent vers une hausse. La fourchette qui circule est de 1,70 % à 1,80 %, le directeur général de la Caisse des dépôts ayant lui-même évoqué un taux qui se situerait « autour de 1,8 % ».

Il faut prendre cette fourchette pour ce qu’elle est : une projection, pas une décision. Le calcul officiel de la Banque de France n’est pas encore publié, et selon la précision des moyennes retenues, certaines estimations tablent encore sur un chiffre plus proche de 1,40 % à 1,60 %. Le taux final ne sera connu qu’à la mi-juillet. La direction est claire, le niveau exact ne l’est pas.

Un taux administré, donc un arbitrage politique

Voici le point que la formule masque. Le taux du Livret A n’est pas qu’un résultat arithmétique. Il reste, au bout de la chaîne, une décision de l’État, qui conserve le pouvoir de s’écarter de la formule. Ce pouvoir n’est pas théorique : au 1er février 2026, le gouvernement a appliqué au Livret d’épargne populaire un coup de pouce qui a maintenu son taux au-dessus de ce que la stricte formule donnait.

Pourquoi cette marge de manœuvre existe-t-elle ? Parce que le taux du Livret A est le point de rencontre de trois intérêts qui ne vont pas dans le même sens. D’un côté, les ménages, qui souhaitent une rémunération nominale la plus élevée possible. De l’autre, le financement du logement social et d’une partie de la dette publique : l’épargne du Livret A est centralisée à la Caisse des dépôts, qui s’en sert pour prêter sur une très longue durée. Plus le taux servi aux épargnants est élevé, plus ce financement coûte cher. Au milieu, les banques, qui distribuent le livret et en assument le coût.

Le niveau finalement retenu est l’équilibre trouvé entre ces forces. C’est pourquoi parler de « taux administré » n’est pas un détail de vocabulaire : cela désigne un prix qui n’émerge pas d’un marché libre, mais d’un arbitrage entre la protection nominale des épargnants et le coût du financement public. Quand la formule donnerait un chiffre socialement délicat, l’État peut corriger. Quand elle donne un chiffre confortable, il l’applique.

Ce que le Livret A protège vraiment

Reste la question qui compte pour celui qui détient un Livret A : qu’est-ce que ce produit protège, au juste ?

Il protège deux choses, et pas une troisième. Il protège la liquidité : l’argent est disponible à tout instant, sans frais, sans pénalité, sans risque de perte sur le capital. Il protège le capital nominal : un euro déposé reste un euro, garanti par l’État. Ce qu’il ne protège pas, c’est la valeur réelle de cette épargne, c’est-à-dire son pouvoir d’achat.

L’arithmétique est sans détour. À 1,50 % aujourd’hui face à une inflation de 2,4 %, le Livret A fait perdre près de 0,9 point de pouvoir d’achat par an. Revalorisé à 1,80 %, il resterait sous l’inflation de mai, avec une perte réelle de l’ordre de 0,6 point. Le rendement nominal monte, le rendement réel reste négatif. La hausse soulage l’affichage, pas le pouvoir d’achat.

Et ce calcul est même optimiste. L’inflation officielle mesure un panier moyen de biens et de services. Le panier réellement consommé par un ménage, lui, peut diverger nettement : le logement, l’énergie, l’alimentation pèsent plus lourd dans un budget contraint que dans l’indice global. Beaucoup de ménages ressentent une hausse des prix supérieure au chiffre publié. Pour eux, l’écart entre le rendement du Livret A et l’inflation vécue est encore plus large que les 0,6 point arithmétiques.

Il y a une raison plus profonde à cette érosion, et elle tient à la nature même de la monnaie. L’argent placé sur un Livret A n’est pas posé dans un coffre. Juridiquement, c’est un prêt que vous consentez : à votre banque pour la part qui dort sur le compte, et, via la centralisation à la Caisse des dépôts, au financement public. Vous êtes créancier, pas propriétaire d’un trésor. L’euro qui sommeille sur ce livret n’est pas de la monnaie de banque centrale que vous détiendriez en propre, comme l’est un billet : c’est une créance scripturale sur votre banque. Ce qui la rend très sûre face au risque de défaut, ce n’est pas sa nature, mais la garantie de l’État qui couvre les sommes déposées sur le Livret A. Mais « plus sûr » ne veut pas dire « sans risque ». Le risque demeure, entier, sur le pouvoir d’achat, que la création monétaire dilue lentement et sûrement.

Ne pas demander au Livret A ce qu’il ne donne pas

Tout l’enjeu est là, et il est moins financier que mental. Le Livret A n’est pas un placement de rendement. C’est une poche de précaution, le socle de liquidité qui permet d’affronter un imprévu sans avoir à vendre un actif au mauvais moment. Confondre cette poche avec un outil destiné à faire croître le capital, c’est lui reprocher de mal faire un travail qui n’est pas le sien.

Cette distinction est exactement celle que recouvre la logique des trois casquettes du capital. Une partie de l’épargne sert à la sécurité immédiate : c’est la trésorerie de précaution, disponible et garantie, à laquelle on ne demande pas de battre l’inflation, seulement d’être là. Une autre partie peut endosser la casquette de l’épargnant de long terme, investie patiemment dans des actifs viables pour capter les effets composés sur quinze ou vingt ans, et c’est elle, et elle seule, qui a vocation à dépasser durablement l’inflation. Demander au Livret A le rôle de cette seconde casquette revient à exiger d’un coffre-fort qu’il se comporte comme un moteur de croissance.

Pour votre épargne, la lecture pratique est simple. Le Livret A et le LDDS, qui suivent le même taux, restent les bons supports pour la trésorerie de sécurité : l’argent qu’on doit pouvoir mobiliser à tout moment. Le LEP, réservé sous conditions de revenus et qui devrait monter vers 2,70 % à 2,80 % en août, reste le meilleur rendement garanti et sans risque disponible en France pour ceux qui y ont droit. Au-delà de cette poche de précaution, la question n’est plus celle du taux affiché, mais celle de la casquette qu’on assigne à chaque euro.

La hausse d’août 2026 est une bonne nouvelle modeste : un peu plus de rémunération nominale sur l’épargne de sécurité, sans changement de nature. Le Livret A reste ce qu’il a toujours été, une assurance de liquidité au coût réel négatif. Le connaître pour ce qu’il est, plutôt que pour ce qu’on aimerait qu’il soit, c’est déjà reprendre la main sur ses décisions d’épargne.

Cette manière de regarder un produit d’épargne, en cherchant d’abord la fonction avant le chiffre, en distinguant ce qui est garanti de ce qui croît, est précisément ce qui sépare l’épargnant qui pilote son capital de celui qui le subit. Le Livret A a au moins une vertu rare : il est parfaitement lisible, on sait exactement ce qu’il fait et ce qu’il ne fait pas. À l’autre bout du spectre, les produits structurés « à capital protégé » offrent un rendement potentiellement supérieur au prix d’une opacité que le régulateur lui-même peine à faire corriger. Entre la simplicité affichée et la complexité masquée, le choix se fait d’abord les yeux ouverts. Comprendre la mécanique, cadrer chaque poche selon son rôle, tenir le cap quand l’inflation grignote : ces réflexes se construisent par la pratique et par un dialogue prolongé avec une méthode. C’est l’objet de l’accompagnement Monnaies & Libertés.

Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

FAQ

Quel sera le taux du Livret A au 1er août 2026 ?

Les projections des analystes situent le taux du Livret A entre 1,70 % et 1,80 % au 1er août 2026, contre 1,50 % actuellement, soit une hausse de 0,20 à 0,30 point. Ce niveau reste une estimation : le calcul officiel de la Banque de France n’est publié qu’à la mi-juillet, et le gouvernement conserve le pouvoir de s’écarter de la formule. Certaines estimations plus prudentes tablent encore sur un chiffre autour de 1,40 % à 1,60 %.

Comment est calculé le taux du Livret A ?

Le taux du Livret A résulte d’une formule inscrite à l’article R221-4 du Code monétaire et financier. Il correspond à la moyenne, sur les six derniers mois, de l’inflation hors tabac et du taux interbancaire de court terme de la zone euro, l’€STR, divisée par deux, avec un plancher de 0,5 % et un arrondi au dixième de point. La Banque de France calcule ce taux deux fois par an et le recommande au gouvernement, pour une application au 1er février et au 1er août.

Le Livret A protège-t-il de l’inflation ?

Non. Le Livret A protège la liquidité de l’épargne et son capital nominal, garanti par l’État, mais pas son pouvoir d’achat. À 1,50 % face à une inflation de 2,4 %, il fait perdre environ 0,9 point de valeur réelle par an. Même revalorisé à 1,80 %, son rendement resterait inférieur à l’inflation. Sa fonction est d’être une réserve de précaution disponible à tout moment, pas un outil de rendement.

Pourquoi parle-t-on d’un taux administré pour le Livret A ?

Parce que le taux du Livret A n’émerge pas d’un marché libre : il découle d’une formule réglementaire, puis d’une décision de l’État qui peut s’en écarter. Ce taux est un point d’équilibre entre trois intérêts divergents : la rémunération des ménages, le coût du financement du logement social et de la dette publique adossé à cette épargne centralisée à la Caisse des dépôts, et la marge des banques distributrices.

Faut-il retirer son argent du Livret A en 2026 ?

La question n’est pas de retirer ou non, mais de définir le rôle de chaque euro. Le Livret A et le LDDS restent pertinents pour la trésorerie de précaution, l’argent qui doit rester disponible et garanti. Le LEP, sous conditions de revenus, offre le meilleur rendement garanti pour ceux qui y ont droit. Au-delà de cette poche de sécurité, l’épargne destinée à croître sur le long terme relève d’une autre logique et d’autres supports, exposés mais porteurs sur la durée.

Coffre-fort ouvert rempli de pièces d'or dont une partie se dissout en particules lumineuses qui s'échappent, symbole de l'épargne garantie dont le pouvoir d'achat s'érode sous l'inflation.

Au 1er août 2026, le taux du Livret A devrait remonter pour la première fois depuis deux ans, autour de 1,70 % à 1,80 % contre 1,50 % aujourd’hui, selon les projections des analystes. Cette hausse ne change pourtant rien à ce qu’est vraiment ce livret : une assurance de liquidité dont le rendement réel reste négatif. Avec une inflation française à 2,4 % sur un an en mai, même revalorisé, le Livret A continuera de faire perdre du pouvoir d’achat à l’argent qu’on y laisse dormir.

Ce paradoxe mérite qu’on s’y arrête. Pas pour s’en plaindre, mais pour comprendre à quoi sert réellement cet outil que possèdent presque tous les Français. Le taux du Livret A n’est pas un prix de marché. C’est un prix administré, fixé par une formule réglementaire et validé par l’État. Savoir comment il est calculé, et pourquoi il remonte aujourd’hui, permet de cesser de lui demander ce qu’il ne donnera jamais : un rendement qui protège l’épargne contre l’inflation.

Comment le taux du Livret A est-il calculé ?

Contrairement à une idée répandue, le taux du Livret A ne tombe pas du ciel ni d’une décision purement politique. Il résulte d’une formule inscrite dans le Code monétaire et financier, à l’article R221-4. Cette formule fait la moyenne de deux composantes : l’inflation hors tabac et un taux de marché à court terme, l’€STR.

L’€STR (euro short-term rate, le taux auquel les banques de la zone euro se prêtent de l’argent au jour le jour) est le baromètre du prix de l’argent à très court terme. Il suit de près les décisions de la Banque centrale européenne. Concrètement, le calcul retient la moyenne de l’inflation hors tabac et de l’€STR sur les six derniers mois, le tout divisé par deux, avec un plancher fixé à 0,5 % et un arrondi au dixième de point le plus proche.

Deux fois par an, la Banque de France calcule le taux qui découle de cette formule et adresse une recommandation au gouvernement, avant le 15 janvier et avant le 15 juillet. Les nouveaux taux s’appliquent ensuite au 1er février et au 1er août. Pour la révision qui nous occupe, le verdict officiel tombera donc à la mi-juillet, pour une entrée en vigueur trois semaines plus tard.

Un point mérite d’être souligné, parce qu’il est au cœur de ce que le Livret A peut et ne peut pas faire. La formule ne retient pas l’inflation du mois en cours, mais une moyenne lissée sur six mois. Autrement dit, le taux servi aujourd’hui reflète l’inflation d’hier, pas celle que vous vivez en faisant vos courses ce matin. Ce décalage n’est pas un défaut technique. C’est une caractéristique structurelle : la formule suit l’inflation passée, avec retard. Elle ne protège donc pas contre l’inflation, elle la rattrape, toujours avec un temps de retard.

Pourquoi le taux remonte-t-il en août 2026 ?

Le basculement vers la hausse vient de la mécanique elle-même. Deux forces poussent la formule vers le haut sur le semestre écoulé.

La première, c’est le retour de l’inflation. Après être tombée à 1,0 % en début d’année, l’inflation française est remontée à 2,4 % sur un an en mai 2026, portée par l’énergie, dont les prix bondissent de 16,6 % avec un net rebond du gaz. La moyenne semestrielle de l’inflation hors tabac, l’une des deux jambes de la formule, s’en trouve relevée.

La seconde force, c’est la décision de la Banque centrale européenne. Le 11 juin 2026, la BCE a relevé ses taux directeurs de 0,25 point, première hausse depuis 2023, portant le taux de dépôt à 2,25 %. Dans son sillage, l’€STR est remonté à 2,18 % au 22 juin, contre des niveaux plus bas en fin d’année dernière. La seconde jambe de la formule se redresse à son tour.

Graphique comparant le taux du Livret A et l'inflation France sur un an de janvier 2025 à août 2026 : le taux baisse par paliers pendant que l'inflation remonte, creusant un rendement réel négatif au premier semestre 2026.
Le taux du Livret A suit l’inflation avec retard. Sources : arrêtés successifs (service-public.fr) et INSEE. Projection août 2026 selon barèmes d’analystes.

Les deux composantes montent ensemble : c’est ce qui inverse l’anticipation. Il y a quelques mois encore, le scénario dominant était plutôt celui d’une légère baisse vers 1,40 %, hérité d’un contexte d’inflation faible. Aujourd’hui, les projections pointent vers une hausse. La fourchette qui circule est de 1,70 % à 1,80 %, le directeur général de la Caisse des dépôts ayant lui-même évoqué un taux qui se situerait « autour de 1,8 % ».

Il faut prendre cette fourchette pour ce qu’elle est : une projection, pas une décision. Le calcul officiel de la Banque de France n’est pas encore publié, et selon la précision des moyennes retenues, certaines estimations tablent encore sur un chiffre plus proche de 1,40 % à 1,60 %. Le taux final ne sera connu qu’à la mi-juillet. La direction est claire, le niveau exact ne l’est pas.

Un taux administré, donc un arbitrage politique

Voici le point que la formule masque. Le taux du Livret A n’est pas qu’un résultat arithmétique. Il reste, au bout de la chaîne, une décision de l’État, qui conserve le pouvoir de s’écarter de la formule. Ce pouvoir n’est pas théorique : au 1er février 2026, le gouvernement a appliqué au Livret d’épargne populaire un coup de pouce qui a maintenu son taux au-dessus de ce que la stricte formule donnait.

Pourquoi cette marge de manœuvre existe-t-elle ? Parce que le taux du Livret A est le point de rencontre de trois intérêts qui ne vont pas dans le même sens. D’un côté, les ménages, qui souhaitent une rémunération nominale la plus élevée possible. De l’autre, le financement du logement social et d’une partie de la dette publique : l’épargne du Livret A est centralisée à la Caisse des dépôts, qui s’en sert pour prêter sur une très longue durée. Plus le taux servi aux épargnants est élevé, plus ce financement coûte cher. Au milieu, les banques, qui distribuent le livret et en assument le coût.

Le niveau finalement retenu est l’équilibre trouvé entre ces forces. C’est pourquoi parler de « taux administré » n’est pas un détail de vocabulaire : cela désigne un prix qui n’émerge pas d’un marché libre, mais d’un arbitrage entre la protection nominale des épargnants et le coût du financement public. Quand la formule donnerait un chiffre socialement délicat, l’État peut corriger. Quand elle donne un chiffre confortable, il l’applique.

Ce que le Livret A protège vraiment

Reste la question qui compte pour celui qui détient un Livret A : qu’est-ce que ce produit protège, au juste ?

Il protège deux choses, et pas une troisième. Il protège la liquidité : l’argent est disponible à tout instant, sans frais, sans pénalité, sans risque de perte sur le capital. Il protège le capital nominal : un euro déposé reste un euro, garanti par l’État. Ce qu’il ne protège pas, c’est la valeur réelle de cette épargne, c’est-à-dire son pouvoir d’achat.

L’arithmétique est sans détour. À 1,50 % aujourd’hui face à une inflation de 2,4 %, le Livret A fait perdre près de 0,9 point de pouvoir d’achat par an. Revalorisé à 1,80 %, il resterait sous l’inflation de mai, avec une perte réelle de l’ordre de 0,6 point. Le rendement nominal monte, le rendement réel reste négatif. La hausse soulage l’affichage, pas le pouvoir d’achat.

Et ce calcul est même optimiste. L’inflation officielle mesure un panier moyen de biens et de services. Le panier réellement consommé par un ménage, lui, peut diverger nettement : le logement, l’énergie, l’alimentation pèsent plus lourd dans un budget contraint que dans l’indice global. Beaucoup de ménages ressentent une hausse des prix supérieure au chiffre publié. Pour eux, l’écart entre le rendement du Livret A et l’inflation vécue est encore plus large que les 0,6 point arithmétiques.

Il y a une raison plus profonde à cette érosion, et elle tient à la nature même de la monnaie. L’argent placé sur un Livret A n’est pas posé dans un coffre. Juridiquement, c’est un prêt que vous consentez : à votre banque pour la part qui dort sur le compte, et, via la centralisation à la Caisse des dépôts, au financement public. Vous êtes créancier, pas propriétaire d’un trésor. L’euro qui sommeille sur ce livret n’est pas de la monnaie de banque centrale que vous détiendriez en propre, comme l’est un billet : c’est une créance scripturale sur votre banque. Ce qui la rend très sûre face au risque de défaut, ce n’est pas sa nature, mais la garantie de l’État qui couvre les sommes déposées sur le Livret A. Mais « plus sûr » ne veut pas dire « sans risque ». Le risque demeure, entier, sur le pouvoir d’achat, que la création monétaire dilue lentement et sûrement.

Ne pas demander au Livret A ce qu’il ne donne pas

Tout l’enjeu est là, et il est moins financier que mental. Le Livret A n’est pas un placement de rendement. C’est une poche de précaution, le socle de liquidité qui permet d’affronter un imprévu sans avoir à vendre un actif au mauvais moment. Confondre cette poche avec un outil destiné à faire croître le capital, c’est lui reprocher de mal faire un travail qui n’est pas le sien.

Cette distinction est exactement celle que recouvre la logique des trois casquettes du capital. Une partie de l’épargne sert à la sécurité immédiate : c’est la trésorerie de précaution, disponible et garantie, à laquelle on ne demande pas de battre l’inflation, seulement d’être là. Une autre partie peut endosser la casquette de l’épargnant de long terme, investie patiemment dans des actifs viables pour capter les effets composés sur quinze ou vingt ans, et c’est elle, et elle seule, qui a vocation à dépasser durablement l’inflation. Demander au Livret A le rôle de cette seconde casquette revient à exiger d’un coffre-fort qu’il se comporte comme un moteur de croissance.

Pour votre épargne, la lecture pratique est simple. Le Livret A et le LDDS, qui suivent le même taux, restent les bons supports pour la trésorerie de sécurité : l’argent qu’on doit pouvoir mobiliser à tout moment. Le LEP, réservé sous conditions de revenus et qui devrait monter vers 2,70 % à 2,80 % en août, reste le meilleur rendement garanti et sans risque disponible en France pour ceux qui y ont droit. Au-delà de cette poche de précaution, la question n’est plus celle du taux affiché, mais celle de la casquette qu’on assigne à chaque euro.

La hausse d’août 2026 est une bonne nouvelle modeste : un peu plus de rémunération nominale sur l’épargne de sécurité, sans changement de nature. Le Livret A reste ce qu’il a toujours été, une assurance de liquidité au coût réel négatif. Le connaître pour ce qu’il est, plutôt que pour ce qu’on aimerait qu’il soit, c’est déjà reprendre la main sur ses décisions d’épargne.

Cette manière de regarder un produit d’épargne, en cherchant d’abord la fonction avant le chiffre, en distinguant ce qui est garanti de ce qui croît, est précisément ce qui sépare l’épargnant qui pilote son capital de celui qui le subit. Le Livret A a au moins une vertu rare : il est parfaitement lisible, on sait exactement ce qu’il fait et ce qu’il ne fait pas. À l’autre bout du spectre, les produits structurés « à capital protégé » offrent un rendement potentiellement supérieur au prix d’une opacité que le régulateur lui-même peine à faire corriger. Entre la simplicité affichée et la complexité masquée, le choix se fait d’abord les yeux ouverts. Comprendre la mécanique, cadrer chaque poche selon son rôle, tenir le cap quand l’inflation grignote : ces réflexes se construisent par la pratique et par un dialogue prolongé avec une méthode. C’est l’objet de l’accompagnement Monnaies & Libertés.

Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

FAQ

Quel sera le taux du Livret A au 1er août 2026 ?

Les projections des analystes situent le taux du Livret A entre 1,70 % et 1,80 % au 1er août 2026, contre 1,50 % actuellement, soit une hausse de 0,20 à 0,30 point. Ce niveau reste une estimation : le calcul officiel de la Banque de France n’est publié qu’à la mi-juillet, et le gouvernement conserve le pouvoir de s’écarter de la formule. Certaines estimations plus prudentes tablent encore sur un chiffre autour de 1,40 % à 1,60 %.

Comment est calculé le taux du Livret A ?

Le taux du Livret A résulte d’une formule inscrite à l’article R221-4 du Code monétaire et financier. Il correspond à la moyenne, sur les six derniers mois, de l’inflation hors tabac et du taux interbancaire de court terme de la zone euro, l’€STR, divisée par deux, avec un plancher de 0,5 % et un arrondi au dixième de point. La Banque de France calcule ce taux deux fois par an et le recommande au gouvernement, pour une application au 1er février et au 1er août.

Le Livret A protège-t-il de l’inflation ?

Non. Le Livret A protège la liquidité de l’épargne et son capital nominal, garanti par l’État, mais pas son pouvoir d’achat. À 1,50 % face à une inflation de 2,4 %, il fait perdre environ 0,9 point de valeur réelle par an. Même revalorisé à 1,80 %, son rendement resterait inférieur à l’inflation. Sa fonction est d’être une réserve de précaution disponible à tout moment, pas un outil de rendement.

Pourquoi parle-t-on d’un taux administré pour le Livret A ?

Parce que le taux du Livret A n’émerge pas d’un marché libre : il découle d’une formule réglementaire, puis d’une décision de l’État qui peut s’en écarter. Ce taux est un point d’équilibre entre trois intérêts divergents : la rémunération des ménages, le coût du financement du logement social et de la dette publique adossé à cette épargne centralisée à la Caisse des dépôts, et la marge des banques distributrices.

Faut-il retirer son argent du Livret A en 2026 ?

La question n’est pas de retirer ou non, mais de définir le rôle de chaque euro. Le Livret A et le LDDS restent pertinents pour la trésorerie de précaution, l’argent qui doit rester disponible et garanti. Le LEP, sous conditions de revenus, offre le meilleur rendement garanti pour ceux qui y ont droit. Au-delà de cette poche de sécurité, l’épargne destinée à croître sur le long terme relève d’une autre logique et d’autres supports, exposés mais porteurs sur la durée.

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Laurent Blasco, fondateur de Monnaies & Libertés

Laurent Blasco

Ex-chirurgien | Fondateur de Monnaies & Libertés | J’enseigne l’art de maîtriser son capital

Ancien chirurgien orthopédique, Laurent aide aujourd’hui les particuliers à comprendre la monnaie, les marchés et l’investissement pour reprendre le contrôle de leur capital à l’ère de Bitcoin.