Trois livrets d'épargne réglementée stylisés reliés par des fils dorés aux cases vides d'un registre administratif : le contrôle recense la détention des produits, jamais le montant.

À partir du 1er juillet 2027, ouvrir un Livret A, un LDDS, un LEP, un PEL, un CEL, un Livret jeune ou un PEA déclenchera une vérification automatique auprès de l’administration fiscale, produit par produit. Un arrêté du 2 juin 2026, publié au Journal officiel le 18 juin, en fixe les modalités. Attention au contresens : l’interdiction de détenir deux produits d’épargne réglementée de même catégorie existe déjà depuis longtemps. Ce qui change, c’est le regard de l’administration. On passe d’un contrôle déclaratif et fragmenté à une vérification systématique, banque après banque, à chaque ouverture.

La nuance n’est pas cosmétique : elle décide de ce que l’État voit réellement de votre épargne, et de ce qu’il ne voit pas. Elle touche le cœur de patrimoine du particulier et se prête à toutes les dramatisations, ce qui justifie de la déplier calmement.

Peut-on avoir deux Livret A ? La réponse courte, avant toute chose

Non, et ce n’est pas une nouveauté de 2027. L’article L. 221-3 du code monétaire et financier pose la règle depuis des années : « Une même personne ne peut être titulaire que d’un seul livret A. » La même logique d’unicité vaut, catégorie par catégorie, pour le LEP, le LDDS, le PEL, le CEL, le Livret jeune et le PEA. Vous avez droit à un exemplaire de chaque, pas à deux.

Cette multi-détention interdite existe pourtant dans la vraie vie, souvent sans intention de fraude : un vieux Livret A oublié dans une banque quittée, un PEL hérité et jamais soldé, un compte ouvert enfant puis un autre à l’âge adulte. Des millions de doublons « de fait » sommeillent dans le système bancaire français. Jusqu’ici, rien ne les recensait de manière systématique.

Si vous êtes concerné, voici l’essentiel tout de suite. Vous ne risquez pas une saisie de vos économies. À partir de 2027, en cas de doublon détecté, vous disposez d’un délai de deux mois pour fermer vous-même le produit en trop ; passé ce délai, la clôture est faite d’office dans les quinze jours ouvrables. C’est le produit le plus récent qui part. Les intérêts déjà acquis vous restent acquis, et le capital est reversé sur un autre de vos comptes. Pas d’amende automatique dans le texte, pas de rétroactivité punitive. On régularise, on ne sanctionne pas.

Ce que l’arrêté change vraiment : l’automatisation, pas l’interdiction

Le mécanisme n’est pas inédit. Depuis le 1er janvier 2024, l’ouverture d’un Livret A passe déjà par une interrogation du fisc : la banque demande à l’administration si vous en détenez un ailleurs, et n’ouvre le nouveau qu’après réponse. Ce contrôle s’appuie sur l’obligation posée par l’article L. 221-38 du code monétaire et financier, qui impose à l’établissement de vérifier au préalable, auprès de l’administration fiscale, que vous ne détenez pas déjà un produit de même catégorie. Aucun produit n’est ouvert avant la réponse.

L’arrêté du 2 juin 2026 fait une chose précise : il étend ce contrôle automatique, jusqu’ici cantonné au seul Livret A, à l’ensemble des sept produits d’épargne réglementée. On passe d’une catégorie contrôlée sur sept à sept sur sept. C’est un changement d’échelle, pas de principe. L’interdiction ne bouge pas d’un iota ; c’est la capacité de la faire respecter en amont, dès le guichet, qui devient générale.

Concrètement, à chaque demande d’ouverture à partir du 1er juillet 2027, la banque transmettra à l’administration fiscale vos données d’identification : nom, prénom, date et lieu de naissance. L’administration vérifie dans ses fichiers si un produit de même catégorie existe déjà à votre nom, et renvoie une réponse. Si le produit existe, l’ouverture est bloquée. C’est tout. L’arrêté prévoit l’entrée en vigueur de ce dispositif au 1er juillet 2027 en métropole, six mois plus tard outre-mer.

Le point qui change tout : la détention, jamais le montant

Voici la distinction qui fait la différence entre une lecture juste et un fantasme. Le fichier interrogé, le Fichier national des comptes bancaires et assimilés (FICOBA), recense l’existence des comptes et l’identité de leurs titulaires. Il ne contient pas les soldes. L’arrêté est explicite sur les données qui circulent : uniquement des éléments d’identification, aucune donnée financière. Ni le montant de votre Livret A, ni ce que vous versez sur votre PEA, ni votre encours total ne transitent dans cette vérification.

La formule juste n’est donc pas « l’administration va connaître le montant de votre épargne », mais : l’administration saura que vous détenez tel type de produit. La détention, pas le patrimoine chiffré. Cette précision n’est pas un détail de juriste : elle sépare une mise en fichier de l’existence des comptes, qui est le sujet réel, d’une surveillance des soldes, qui n’a pas lieu. Le contrôle vise l’ouverture d’un nouveau produit, pas une inspection continue de vos avoirs.

Et il y a un intermédiaire qu’on oublie souvent dans cette histoire. Ce n’est pas l’État qui vient frapper à votre porte. C’est votre banque qui interroge le fisc, en votre nom, au moment où vous demandez l’ouverture. L’administration voit à travers le bras bancaire. La banque devient le relais d’un contrôle administratif, à l’instant précis de la souscription. Rien ne se déclenche tant que vous n’ouvrez pas un nouveau produit.

Pourquoi cette épargne-là est traçable, et ce que ça dit du système

Reste une question de fond, qui dépasse la procédure. Pourquoi ces produits sont-ils fichables, alors qu’un billet dans un coffre ne l’est pas ? Parce qu’ils ne sont pas de la monnaie que vous détenez en propre. L’euro inscrit sur votre Livret A est une créance : une somme que votre banque vous doit, inscrite dans ses livres et garantie par l’État à hauteur des plafonds réglementaires. Ce qui est scriptural et institutionnel est, par nature, identifiable. Le coffre échappe au fichier ; la ligne de compte, non.

Pour une part de ces produits, cette traçabilité est le revers exact d’un avantage. Les sommes déposées sur le Livret A, le LDDS et le LEP sont centralisées à près de 60 % au fonds d’épargne de la Caisse des Dépôts, qui les emploie notamment à financer le logement social et les collectivités. Autrement dit, en plaçant sur ces livrets, vous prêtez indirectement à la puissance publique, et vous bénéficiez en retour d’une rémunération défiscalisée et d’une garantie. Le prix de cette garantie, c’est précisément que la détention est connue et encadrée. On ne peut pas demander à la fois l’anonymat du coffre et la sûreté d’un produit adossé à l’État.

Il faut toutefois se garder d’un raccourci. Les sept produits ne relèvent pas d’une même logique. Le Livret A, le LDDS et le LEP obéissent à cette mécanique de centralisation et de garantie publique. Le PEL et le CEL sont des produits d’épargne-logement au régime propre. Le PEA, lui, n’est pas un livret du tout : c’est une enveloppe fiscale d’investissement, un compte-titres associé à un compte-espèces, plafonné à 150 000 euros, dont l’unicité est posée par un autre article du code. Ranger le PEA sous la bannière « livret centralisé au service du logement social » serait faux. Le point commun des sept, ce n’est pas leur usage économique, c’est l’unicité de détention par catégorie et, désormais, le contrôle automatique qui la fait respecter.

Et la fameuse pénalité de 2 % ?

La presse patrimoniale évoque parfois une pénalité de 2 % en cas de doublon. Il faut être précis, car elle ne figure pas dans l’arrêté du 2 juin 2026 et repose sur un tout autre fondement. Cette pénalité existe déjà, indépendamment de la réforme du contrôle : l’article 1739 A du code général des impôts prévoit une amende fiscale égale à 2 % du solde du Livret A ouvert en surnombre, non recouvrée lorsqu’elle est inférieure à 50 euros. C’est un dispositif fiscal ancien, ciblé sur le Livret A, distinct du mécanisme de vérification que l’arrêté généralise.

Confondre les deux reviendrait à présenter l’automatisation du contrôle comme la création d’une nouvelle sanction. Ce n’est pas le cas. L’arrêté organise une vérification en amont, au guichet, dont l’effet est d’empêcher l’ouverture du doublon. La pénalité de l’article 1739 A relève de la logique fiscale de l’excédent constaté. Deux registres, deux fondements, à ne pas empiler.

Ce que cela change pour votre épargne

Pour la plupart des épargnants, l’effet pratique se résume à une chose : si vous détenez un doublon dormant, mieux vaut le savoir avant qu’il ne soit régularisé pour vous. Faites l’inventaire de vos anciens comptes, en particulier les livrets ouverts dans des banques que vous avez quittées et les vieux PEL. Si un doublon existe, vous gardez la main d’ici 2027 pour choisir lequel conserver et transférer les fonds sereinement, plutôt que de laisser la clôture d’office décider à votre place. Rien à faire dans l’urgence : l’échéance est lointaine et les intérêts acquis sont préservés dans tous les cas.

L’épargnant particulier qui découvre ce dossier aujourd’hui n’est pas désarmé par la technicité du texte. L’information est publique, l’arrêté est en ligne, les règles sont lisibles. Courir après une interprétation alarmiste n’est pas un programme ; lire posément ce que le texte dit, et distinguer ce qui relève de la détention de ce qui relèverait des montants, en est un. Ce qui se met en place n’est pas une inspection de votre patrimoine. C’est une mise en cohérence, produit par produit, d’une règle d’unicité qui existait déjà mais que l’administration ne pouvait pas vérifier partout à la fois.

Reste la question que ce dispositif pose en creux, et que chacun tranchera pour lui-même. À mesure que l’épargne du quotidien devient plus lisible pour l’administration, comprendre la nature de ce que l’on détient, une créance inscrite dans un registre plutôt qu’une valeur détenue en propre, cesse d’être une curiosité intellectuelle pour devenir un repère utile. C’est un fil qui traverse tout notre travail sur la protection du patrimoine : savoir précisément ce qu’on possède, sous quelle forme, et qui le voit. Cette lucidité ne se trouve pas dans un arrêté. Elle se construit par la compréhension méthodique de ses propres avoirs et par un dialogue prolongé avec une méthode. C’est l’objet de l’accompagnement Monnaies & Libertés.

Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

FAQ

Ai-je le droit de détenir deux Livret A ?
Non. L’article L. 221-3 du code monétaire et financier interdit de détenir plus d’un Livret A par personne, et cette règle d’unicité vaut aussi, catégorie par catégorie, pour le LEP, le LDDS, le PEL, le CEL, le Livret jeune et le PEA. Cette interdiction existe depuis longtemps ; l’arrêté du 2 juin 2026 ne fait qu’en automatiser le contrôle.

Que se passe-t-il pour mes livrets en doublon à partir du 1er juillet 2027 ?
En cas de doublon détecté, vous avez deux mois pour fermer vous-même le produit en trop. À défaut, il est clôturé d’office dans les quinze jours ouvrables. C’est le produit le plus récent qui est fermé, les intérêts déjà acquis vous restent acquis, et le capital est reversé sur un autre de vos comptes. Aucune saisie ni rétroactivité.

L’administration fiscale va-t-elle connaître le montant de mon épargne ?
Non. La vérification ne transmet que des données d’identification (nom, prénom, date et lieu de naissance) et porte sur l’existence du produit, pas sur son solde. Aucune donnée financière ne circule. L’administration sait que vous détenez tel type de produit, jamais combien il contient.

Existe-t-il une amende de 2 % en cas de Livret A en double ?
Cette pénalité repose sur l’article 1739 A du code général des impôts, pas sur l’arrêté du 2 juin 2026. Elle est égale à 2 % du solde du Livret A ouvert en surnombre et n’est pas recouvrée si elle est inférieure à 50 euros. C’est un dispositif fiscal ancien et distinct du mécanisme de contrôle que l’arrêté généralise.

Le PEA est-il concerné au même titre que les livrets ?
Le PEA entre dans le périmètre du contrôle automatique, mais ce n’est pas un livret : c’est une enveloppe d’investissement en actions (compte-titres et compte-espèces), plafonnée à 150 000 euros. Il obéit à la même règle d’unicité par personne, mais sa logique économique diffère de celle du Livret A, du LDDS et du LEP centralisés à la Caisse des Dépôts.

Trois livrets d'épargne réglementée stylisés reliés par des fils dorés aux cases vides d'un registre administratif : le contrôle recense la détention des produits, jamais le montant.

À partir du 1er juillet 2027, ouvrir un Livret A, un LDDS, un LEP, un PEL, un CEL, un Livret jeune ou un PEA déclenchera une vérification automatique auprès de l’administration fiscale, produit par produit. Un arrêté du 2 juin 2026, publié au Journal officiel le 18 juin, en fixe les modalités. Attention au contresens : l’interdiction de détenir deux produits d’épargne réglementée de même catégorie existe déjà depuis longtemps. Ce qui change, c’est le regard de l’administration. On passe d’un contrôle déclaratif et fragmenté à une vérification systématique, banque après banque, à chaque ouverture.

La nuance n’est pas cosmétique : elle décide de ce que l’État voit réellement de votre épargne, et de ce qu’il ne voit pas. Elle touche le cœur de patrimoine du particulier et se prête à toutes les dramatisations, ce qui justifie de la déplier calmement.

Peut-on avoir deux Livret A ? La réponse courte, avant toute chose

Non, et ce n’est pas une nouveauté de 2027. L’article L. 221-3 du code monétaire et financier pose la règle depuis des années : « Une même personne ne peut être titulaire que d’un seul livret A. » La même logique d’unicité vaut, catégorie par catégorie, pour le LEP, le LDDS, le PEL, le CEL, le Livret jeune et le PEA. Vous avez droit à un exemplaire de chaque, pas à deux.

Cette multi-détention interdite existe pourtant dans la vraie vie, souvent sans intention de fraude : un vieux Livret A oublié dans une banque quittée, un PEL hérité et jamais soldé, un compte ouvert enfant puis un autre à l’âge adulte. Des millions de doublons « de fait » sommeillent dans le système bancaire français. Jusqu’ici, rien ne les recensait de manière systématique.

Si vous êtes concerné, voici l’essentiel tout de suite. Vous ne risquez pas une saisie de vos économies. À partir de 2027, en cas de doublon détecté, vous disposez d’un délai de deux mois pour fermer vous-même le produit en trop ; passé ce délai, la clôture est faite d’office dans les quinze jours ouvrables. C’est le produit le plus récent qui part. Les intérêts déjà acquis vous restent acquis, et le capital est reversé sur un autre de vos comptes. Pas d’amende automatique dans le texte, pas de rétroactivité punitive. On régularise, on ne sanctionne pas.

Ce que l’arrêté change vraiment : l’automatisation, pas l’interdiction

Le mécanisme n’est pas inédit. Depuis le 1er janvier 2024, l’ouverture d’un Livret A passe déjà par une interrogation du fisc : la banque demande à l’administration si vous en détenez un ailleurs, et n’ouvre le nouveau qu’après réponse. Ce contrôle s’appuie sur l’obligation posée par l’article L. 221-38 du code monétaire et financier, qui impose à l’établissement de vérifier au préalable, auprès de l’administration fiscale, que vous ne détenez pas déjà un produit de même catégorie. Aucun produit n’est ouvert avant la réponse.

L’arrêté du 2 juin 2026 fait une chose précise : il étend ce contrôle automatique, jusqu’ici cantonné au seul Livret A, à l’ensemble des sept produits d’épargne réglementée. On passe d’une catégorie contrôlée sur sept à sept sur sept. C’est un changement d’échelle, pas de principe. L’interdiction ne bouge pas d’un iota ; c’est la capacité de la faire respecter en amont, dès le guichet, qui devient générale.

Concrètement, à chaque demande d’ouverture à partir du 1er juillet 2027, la banque transmettra à l’administration fiscale vos données d’identification : nom, prénom, date et lieu de naissance. L’administration vérifie dans ses fichiers si un produit de même catégorie existe déjà à votre nom, et renvoie une réponse. Si le produit existe, l’ouverture est bloquée. C’est tout. L’arrêté prévoit l’entrée en vigueur de ce dispositif au 1er juillet 2027 en métropole, six mois plus tard outre-mer.

Le point qui change tout : la détention, jamais le montant

Voici la distinction qui fait la différence entre une lecture juste et un fantasme. Le fichier interrogé, le Fichier national des comptes bancaires et assimilés (FICOBA), recense l’existence des comptes et l’identité de leurs titulaires. Il ne contient pas les soldes. L’arrêté est explicite sur les données qui circulent : uniquement des éléments d’identification, aucune donnée financière. Ni le montant de votre Livret A, ni ce que vous versez sur votre PEA, ni votre encours total ne transitent dans cette vérification.

La formule juste n’est donc pas « l’administration va connaître le montant de votre épargne », mais : l’administration saura que vous détenez tel type de produit. La détention, pas le patrimoine chiffré. Cette précision n’est pas un détail de juriste : elle sépare une mise en fichier de l’existence des comptes, qui est le sujet réel, d’une surveillance des soldes, qui n’a pas lieu. Le contrôle vise l’ouverture d’un nouveau produit, pas une inspection continue de vos avoirs.

Et il y a un intermédiaire qu’on oublie souvent dans cette histoire. Ce n’est pas l’État qui vient frapper à votre porte. C’est votre banque qui interroge le fisc, en votre nom, au moment où vous demandez l’ouverture. L’administration voit à travers le bras bancaire. La banque devient le relais d’un contrôle administratif, à l’instant précis de la souscription. Rien ne se déclenche tant que vous n’ouvrez pas un nouveau produit.

Pourquoi cette épargne-là est traçable, et ce que ça dit du système

Reste une question de fond, qui dépasse la procédure. Pourquoi ces produits sont-ils fichables, alors qu’un billet dans un coffre ne l’est pas ? Parce qu’ils ne sont pas de la monnaie que vous détenez en propre. L’euro inscrit sur votre Livret A est une créance : une somme que votre banque vous doit, inscrite dans ses livres et garantie par l’État à hauteur des plafonds réglementaires. Ce qui est scriptural et institutionnel est, par nature, identifiable. Le coffre échappe au fichier ; la ligne de compte, non.

Pour une part de ces produits, cette traçabilité est le revers exact d’un avantage. Les sommes déposées sur le Livret A, le LDDS et le LEP sont centralisées à près de 60 % au fonds d’épargne de la Caisse des Dépôts, qui les emploie notamment à financer le logement social et les collectivités. Autrement dit, en plaçant sur ces livrets, vous prêtez indirectement à la puissance publique, et vous bénéficiez en retour d’une rémunération défiscalisée et d’une garantie. Le prix de cette garantie, c’est précisément que la détention est connue et encadrée. On ne peut pas demander à la fois l’anonymat du coffre et la sûreté d’un produit adossé à l’État.

Il faut toutefois se garder d’un raccourci. Les sept produits ne relèvent pas d’une même logique. Le Livret A, le LDDS et le LEP obéissent à cette mécanique de centralisation et de garantie publique. Le PEL et le CEL sont des produits d’épargne-logement au régime propre. Le PEA, lui, n’est pas un livret du tout : c’est une enveloppe fiscale d’investissement, un compte-titres associé à un compte-espèces, plafonné à 150 000 euros, dont l’unicité est posée par un autre article du code. Ranger le PEA sous la bannière « livret centralisé au service du logement social » serait faux. Le point commun des sept, ce n’est pas leur usage économique, c’est l’unicité de détention par catégorie et, désormais, le contrôle automatique qui la fait respecter.

Et la fameuse pénalité de 2 % ?

La presse patrimoniale évoque parfois une pénalité de 2 % en cas de doublon. Il faut être précis, car elle ne figure pas dans l’arrêté du 2 juin 2026 et repose sur un tout autre fondement. Cette pénalité existe déjà, indépendamment de la réforme du contrôle : l’article 1739 A du code général des impôts prévoit une amende fiscale égale à 2 % du solde du Livret A ouvert en surnombre, non recouvrée lorsqu’elle est inférieure à 50 euros. C’est un dispositif fiscal ancien, ciblé sur le Livret A, distinct du mécanisme de vérification que l’arrêté généralise.

Confondre les deux reviendrait à présenter l’automatisation du contrôle comme la création d’une nouvelle sanction. Ce n’est pas le cas. L’arrêté organise une vérification en amont, au guichet, dont l’effet est d’empêcher l’ouverture du doublon. La pénalité de l’article 1739 A relève de la logique fiscale de l’excédent constaté. Deux registres, deux fondements, à ne pas empiler.

Ce que cela change pour votre épargne

Pour la plupart des épargnants, l’effet pratique se résume à une chose : si vous détenez un doublon dormant, mieux vaut le savoir avant qu’il ne soit régularisé pour vous. Faites l’inventaire de vos anciens comptes, en particulier les livrets ouverts dans des banques que vous avez quittées et les vieux PEL. Si un doublon existe, vous gardez la main d’ici 2027 pour choisir lequel conserver et transférer les fonds sereinement, plutôt que de laisser la clôture d’office décider à votre place. Rien à faire dans l’urgence : l’échéance est lointaine et les intérêts acquis sont préservés dans tous les cas.

L’épargnant particulier qui découvre ce dossier aujourd’hui n’est pas désarmé par la technicité du texte. L’information est publique, l’arrêté est en ligne, les règles sont lisibles. Courir après une interprétation alarmiste n’est pas un programme ; lire posément ce que le texte dit, et distinguer ce qui relève de la détention de ce qui relèverait des montants, en est un. Ce qui se met en place n’est pas une inspection de votre patrimoine. C’est une mise en cohérence, produit par produit, d’une règle d’unicité qui existait déjà mais que l’administration ne pouvait pas vérifier partout à la fois.

Reste la question que ce dispositif pose en creux, et que chacun tranchera pour lui-même. À mesure que l’épargne du quotidien devient plus lisible pour l’administration, comprendre la nature de ce que l’on détient, une créance inscrite dans un registre plutôt qu’une valeur détenue en propre, cesse d’être une curiosité intellectuelle pour devenir un repère utile. C’est un fil qui traverse tout notre travail sur la protection du patrimoine : savoir précisément ce qu’on possède, sous quelle forme, et qui le voit. Cette lucidité ne se trouve pas dans un arrêté. Elle se construit par la compréhension méthodique de ses propres avoirs et par un dialogue prolongé avec une méthode. C’est l’objet de l’accompagnement Monnaies & Libertés.

Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

FAQ

Ai-je le droit de détenir deux Livret A ?
Non. L’article L. 221-3 du code monétaire et financier interdit de détenir plus d’un Livret A par personne, et cette règle d’unicité vaut aussi, catégorie par catégorie, pour le LEP, le LDDS, le PEL, le CEL, le Livret jeune et le PEA. Cette interdiction existe depuis longtemps ; l’arrêté du 2 juin 2026 ne fait qu’en automatiser le contrôle.

Que se passe-t-il pour mes livrets en doublon à partir du 1er juillet 2027 ?
En cas de doublon détecté, vous avez deux mois pour fermer vous-même le produit en trop. À défaut, il est clôturé d’office dans les quinze jours ouvrables. C’est le produit le plus récent qui est fermé, les intérêts déjà acquis vous restent acquis, et le capital est reversé sur un autre de vos comptes. Aucune saisie ni rétroactivité.

L’administration fiscale va-t-elle connaître le montant de mon épargne ?
Non. La vérification ne transmet que des données d’identification (nom, prénom, date et lieu de naissance) et porte sur l’existence du produit, pas sur son solde. Aucune donnée financière ne circule. L’administration sait que vous détenez tel type de produit, jamais combien il contient.

Existe-t-il une amende de 2 % en cas de Livret A en double ?
Cette pénalité repose sur l’article 1739 A du code général des impôts, pas sur l’arrêté du 2 juin 2026. Elle est égale à 2 % du solde du Livret A ouvert en surnombre et n’est pas recouvrée si elle est inférieure à 50 euros. C’est un dispositif fiscal ancien et distinct du mécanisme de contrôle que l’arrêté généralise.

Le PEA est-il concerné au même titre que les livrets ?
Le PEA entre dans le périmètre du contrôle automatique, mais ce n’est pas un livret : c’est une enveloppe d’investissement en actions (compte-titres et compte-espèces), plafonnée à 150 000 euros. Il obéit à la même règle d’unicité par personne, mais sa logique économique diffère de celle du Livret A, du LDDS et du LEP centralisés à la Caisse des Dépôts.

Vous voulez aller plus loin ?

Un accompagnement personnalisé pour comprendre les marchés, structurer vos décisions et reprendre le contrôle de votre capital.

Laurent Blasco, fondateur de Monnaies & Libertés

Laurent Blasco

Ex-chirurgien | Fondateur de Monnaies & Libertés | J’enseigne l’art de maîtriser son capital

Ancien chirurgien orthopédique, Laurent aide aujourd’hui les particuliers à comprendre la monnaie, les marchés et l’investissement pour reprendre le contrôle de leur capital à l’ère de Bitcoin.