À gauche, une pile de pièces en euros sous une cloche de verre, sur fond d'étoiles européennes et d'un bâtiment officiel ; à droite, dans l'ombre, des bassins dorés reliés par des tuyaux, d'où monte un chiffre lumineux. Texte lisible : « MiCA », « 5,5 % ».

Sur la page d’accueil de Regular, deux lignes se suivent : « Agrément PSCA #A2026-030 », puis « Profitez d’un rendement de 5,50 % ». L’œil les lit d’un seul tenant : agréé, donc encadré. Or le règlement européen dont relève cet agrément interdit de verser un intérêt sur un stablecoin. Le rendement existe. Selon Regular, il ne vient pas du stablecoin lui-même.

L’essentiel

  • La fintech Regular Finance est agréée depuis le 11 septembre 2026 par l’AMF comme prestataire de services sur crypto-actifs, pour cinq services dont la garde et la gestion de portefeuille. Elle affiche un objectif de rendement de 5,50 % par an, versé chaque jour, sur des placements bâtis sur des stablecoins.
  • L’article 50 du règlement européen MiCA interdit à l’émetteur d’un stablecoin adossé à une seule monnaie, comme au prestataire, de verser un intérêt. Toute rémunération liée à la durée de détention compte comme un intérêt, même versée par un tiers.
  • Le client de Regular ne détient pas des stablecoins remboursables au pair par leur émetteur, mais un portefeuille géré pour lui. La société écrit elle-même que le montant investi et le rendement ne sont pas garantis.
  • Le 24 septembre 2026, l’Autorité bancaire européenne a recommandé à la Commission d’étudier un encadrement des prestataires qui donnent accès aux protocoles de prêt décentralisés. C’est un avis, pas une règle, et il ne nomme pas Regular.

Ce fil continue chaque dimanche à 9 h dans La Lettre : une lecture par semaine pour garder la main sur votre capital.

Un stablecoin peut-il rapporter des intérêts en Europe ?

Un stablecoin est un jeton dont la valeur est calée sur une monnaie : un euro pour l’EURC, un dollar pour l’USDC. Le règlement MiCA le nomme jeton de monnaie électronique. Vous le rendez à l’émetteur, il vous rend votre euro. Sa réserve, dont une part dort en banque, protège ce remboursement. Elle ne vous doit aucun revenu.

L’article 50 de MiCA interdit à l’émetteur, comme au prestataire qui vous rend des services sur ce jeton, de vous verser un intérêt. Toute rémunération liée à la durée de détention compte comme un intérêt, même si elle vient d’un tiers. J’y lis une frontière avec la banque : un jeton qui rapporterait comme un livret attirerait les dépôts hors des banques, par lesquelles passe le crédit. Qui a le droit de vous payer un rendement sur un stablecoin ? En Europe, ni son émetteur ni votre prestataire, tant que vous le détenez.

D’où vient alors le 5,5 % ?

Selon sa page, Regular convertit vos euros en stablecoins, puis les place dans des pools de liquidité, des « bureaux de change onchain ». Un pool est un bassin où deux jetons sont déposés côte à côte pour que d’autres échangent l’un contre l’autre. Qui remplit le bassin en reçoit des parts, et touche une partie de la commission que paie chaque échange. Ces bassins sont une brique de la finance décentralisée, conçue pour se passer d’intermédiaire ; Regular en fait un service.

« Le rendement provient des frais de change des pools de liquidité et du staking », écrit la société. Les frais de change sont ces commissions. La seconde source, le staking, consiste à immobiliser des jetons contre rémunération : la page ne dit ni lesquels, ni qui verse cette part.

La même page le résume : « vous acquérez un portefeuille d’actifs conçu pour vous, constitué de parts de liquidity pools ». Vous ne détenez plus des stablecoins. Vous détenez des parts de bassins qui en contiennent. Ce que l’on détient vraiment décide de tout le reste : le risque, la garde, la sortie.

Que couvre l’agrément MiCA, et que ne couvre-t-il pas ?

Un agrément est une plaque sur une porte. Celle de Regular est authentique : l’Autorité des marchés financiers l’a agréée le 11 septembre 2026 comme prestataire de services sur crypto-actifs, pour cinq services. Parmi eux, la garde des actifs et la gestion de portefeuille.

Concrètement, Regular conserve les parts de ses clients « pour votre compte ». Sous mandat de gestion, elle choisit les bassins, compose le portefeuille et arbitre entre eux. Les jetons, eux, sont déposés dans chaque bassin, un programme qui tourne sur une blockchain, écrit et déployé par d’autres. L’agrément encadre la façon dont Regular garde vos parts et choisit les bassins. Il ne couvre ni le programme de chaque bassin, ni ce qu’il rapporte.

L’ESMA, l’autorité européenne des marchés, a nommé en juillet 2025 le réflexe qui prend la plaque pour une garantie : un « effet de halo ». Le statut réglementé d’un prestataire peut, écrit-elle, rassurer à tort sur ses produits non régulés.

Sur un rendement tiré d’un stablecoin engagé ailleurs, l’ESMA et l’ABE ont écrit à propos du prêt. Leur lecture compte pour votre cas, car elle dit ce que devient la protection quand l’actif quitte le compte pour rapporter. Le 18 juin 2026, l’ESMA a précisé que MiCA ne traite pas le prêt de crypto-actifs. Ses règles de conservation ne s’appliquent pas aux actifs engagés dans des programmes de prêt. Le 24 septembre, l’Autorité bancaire européenne a répondu à la Commission, qui révise MiCA. Elle écrit que le prêt d’un jeton de monnaie électronique peut offrir un « rendement » là où l’intérêt est interdit. Les bassins, ni l’une ni l’autre ne les a encore qualifiés.

Que porte celui qui dépose ?

Un bassin se rééquilibre à chaque échange. Prenez un bassin euros-dollars, comme ceux que décrit Regular. Si le dollar baisse face à l’euro, les échangeurs y apportent des dollars et en retirent des euros. Le bassin se remplit de la monnaie qui baisse. Qui y avait déposé moitié euros, moitié dollars en ressort avec plus de dollars, moins d’euros, et moins de valeur que s’il avait gardé ses jetons. Cet écart s’appelle la perte impermanente. Les commissions encaissées doivent le dépasser. Entre deux jetons de même monnaie, il reste nul tant que chacun tient sa parité.

S’y ajoutent le risque du programme, dont une faille peut vider le bassin, et celui de la société qui garde les parts. Derrière tout rendement affiché en finance décentralisée, quelqu’un porte ce que le pourcentage ne montre pas. Regular l’écrit : le portefeuille « est donc exposé au fonctionnement de ces pools de liquidité et protocoles », et « le montant investi sur le compte Regular et le rendement ne sont pas garantis ».

Agréé, est-ce protégé ?

La qualification de l’offre appartient à l’AMF, et ni l’ESMA ni l’ABE ne nomment Regular. Les pièces décrivent un montage économique : un rendement tiré de parts de bassins, que personne ne s’engage à vous rembourser au pair. La plaque dit vrai sur la société. Elle ne dit pas ce qu’il y a derrière la porte.

Si vous avez ouvert un tel compte, deux questions se vérifient ce soir, sur vos propres documents. Que possédez-vous : des stablecoins, ou des parts de bassins ? Et le jour où vous retirerez, Regular écrit que vous lui revendrez ces parts : à quel prix ?

Les évolutions monétaires, les marchés, et la psychologie qui permet de les traverser : c’est ce que propose la newsletter hebdomadaire Monnaies & Libertés. Elle s’adresse à celles et ceux qui veulent garder la main.

Mise à jour du 9 octobre 2026 : de l’autre côté de l’agrément, le 8 octobre, l’ESMA a écrit que les prestataires agréés ne devraient plus fournir aucun service sur les stablecoins dont l’émetteur n’a pas l’agrément européen, garde comprise. Elle attend la résorption des positions existantes au plus tard le 8 janvier 2027. Notre analyse : Stablecoins non conformes : l’ESMA vise aussi la garde de vos jetons.

Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

FAQ

Un stablecoin émis sous MiCA peut-il verser des intérêts en Europe ?
Non. L’article 50 du règlement européen MiCA interdit à l’émetteur d’un jeton de monnaie électronique de verser un intérêt. Ce jeton est le stablecoin adossé à une seule monnaie, comme l’EURC ou l’USDC. Le prestataire de services sur crypto-actifs qui fournit des services liés à ce jeton n’en a pas le droit non plus. Toute rémunération liée à la durée de détention compte comme un intérêt, même versée par un tiers. Les rendements proposés en Europe sur des stablecoins viennent donc d’autres activités : pools de liquidité, prêt ou staking. Le client n’y est plus seulement porteur du stablecoin : il l’a engagé dans une autre activité.

Que couvre l’agrément PSCA de Regular Finance auprès de l’AMF ?
Selon la liste blanche de l’AMF, Regular Finance est agréée depuis le 11 septembre 2026 comme prestataire de services sur crypto-actifs. Ses cinq services agréés sont la conservation et l’administration de crypto-actifs, leur échange contre des fonds, le conseil, la gestion de portefeuille et le transfert. L’agrément encadre la société et ces services. Il ne garantit ni le capital ni le rendement. La société écrit elle-même que le montant investi et le rendement ne sont pas garantis, et que le portefeuille est exposé au fonctionnement des pools de liquidité et des protocoles.

Laurent Blasco, fondateur de Monnaies & Libertés

Laurent Blasco

Fondateur de Monnaies & Libertés

Laurent Blasco accompagne les médecins dans leurs décisions financières. Ancien chirurgien orthopédique au CHU de Nice, il connaît leur métier de l’intérieur. Il se consacre aux marchés depuis 2021 et a fondé Monnaies & Libertés en 2023 pour décrypter les grandes classes d’actifs, comme les actions, les obligations ou les crypto-actifs, sans jamais oublier la psychologie des foules.