Molette de précision en laiton doré symbolisant le réglage du plafond de détention de l'euro numérique sur fond bleu nuit

Le 23 juin 2026, la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen (la commission ECON) vote sur le rapport qui encadrera l’euro numérique, et décide d’ouvrir la négociation finale avec le Conseil et la Commission. Ce vote ne crée pas la dimension politique du projet, engagé depuis la proposition de la Commission du 28 juin 2023. Il fait franchir une étape : deux curseurs jusqu’ici traités comme des réglages techniques, le plafond de détention et le degré de confidentialité, deviennent des choix politiques visibles, débattus entre des autorités non élues et les colégislateurs. Tant que le texte n’est pas figé, ces curseurs restent ouverts.

Pour le détenteur d’euros, deux questions concrètes se logent derrière ce vote. Combien de monnaie de banque centrale numérique, c’est-à-dire de l’argent émis directement par la Banque centrale européenne et non par une banque commerciale, pourra-t-il conserver hors du circuit bancaire ? Et avec quelle confidentialité ? Ces réponses ne se décident pas dans un laboratoire technique, mais dans une procédure législative dont le 23 juin est un point de bascule.

Que vote exactement la commission ECON le 23 juin ?

Il faut distinguer ce qui se joue le 23 juin de ce qui s’est joué avant. La Commission européenne a déposé sa proposition de règlement sur l’euro numérique le 28 juin 2023. Depuis, le texte suit la procédure législative ordinaire de l’Union, celle où le Parlement et le Conseil codécident. Le rapporteur désigné au Parlement, l’eurodéputé espagnol Fernando Navarrete Rojas (groupe PPE), a présenté son projet de rapport à la commission ECON, et les groupes politiques ont négocié des amendements de compromis.

Le vote du 23 juin porte sur ce texte de compromis. S’il est adopté, la commission ECON reçoit aussi un mandat pour ouvrir le trilogue (la négociation à trois entre Parlement, Conseil et Commission qui aboutit au texte final de la loi européenne). Le suivi législatif du Parlement européen situe le dossier au stade de la commission. Un vote en séance plénière pourrait suivre entre le 6 et le 9 juillet. La Banque centrale européenne, elle, vise des pilotes opérationnels à partir du second semestre 2027 et une première émission possible en 2029.

Un point mérite d’être posé clairement, parce qu’il est souvent escamoté : ce vote ne lance pas l’euro numérique. Le règlement, même adopté, ne contraint pas la Banque centrale européenne à émettre la monnaie. Il construit le cadre juridique dans lequel elle pourra décider de le faire, et à quelles conditions. Ce que le 23 juin verrouille, ce n’est pas la création de la monnaie, c’est la position du Parlement sur les règles qui la gouverneront.

Qui fixera le plafond de détention, et pourquoi est-ce le vrai enjeu ?

Le plafond de détention est la disposition la plus structurante du texte, et c’est aussi le point où la lecture demande le plus de précaution. La question n’est pas seulement de savoir combien d’euros numériques un particulier pourra détenir. Elle est de savoir qui calibre ce montant, et selon quelle logique.

Dans la proposition initiale de 2023, la mécanique reposait largement sur la Banque centrale européenne, qui évoquait des plafonds de quelques milliers d’euros pour la phase de démarrage. Le projet de rapport Navarrete a proposé un déplacement : confier à la Commission, et non à la Banque centrale, le rôle principal de fixer les plafonds sur la base d’évaluations de stabilité financière, avec des règles de révision plus strictes. Les négociations entre groupes ont fait évoluer ce point vers une formulation de compromis : il reviendrait à la Banque centrale européenne de fixer les plafonds, mais dans le cadre défini par les colégislateurs. La position du Conseil va dans un sens voisin, avec des plafonds calibrés par la Banque centrale à l’intérieur d’un périmètre défini en amont.

Le mouvement réel n’est donc pas que le pouvoir quitte brutalement la Banque centrale pour la Commission. Il est plus subtil, et plus important : le calibrage du plafond, jusqu’ici présenté comme un paramètre technique relevant d’une autorité monétaire indépendante, devient un objet encadré par une décision politique. Le Parlement et le Conseil définissent le périmètre, la Banque centrale opère à l’intérieur. Le curseur reste manié par un technicien, mais c’est désormais le législateur qui dessine les bornes entre lesquelles il peut le déplacer.

Pourquoi ce plafond existe-t-il, et pourquoi son calibrage compte-t-il autant ? Ici, il faut déplier la mécanique complète, car la version raccourcie induit en erreur. Un euro numérique détenu sans limite serait un substitut parfait au dépôt bancaire : une monnaie de banque centrale, sans risque de contrepartie, stockable en quantité. La Banque centrale européenne le dit elle-même : un tel actif pourrait déclencher une désintermédiation rapide, autrement dit une fuite des dépôts vers la monnaie numérique, jusqu’à une situation de panique bancaire.

Pour comprendre ce mécanisme, il faut se rappeler ce qu’est un dépôt bancaire. Quand une banque commerciale accorde un crédit, elle crée le dépôt qui correspond au prêt : c’est de la monnaie de banque commerciale, une créance privée sur la banque. Cette monnaie n’est pas seulement un solde sur un compte, c’est aussi la matière première à partir de laquelle la banque finance l’économie. Les dépôts sont l’une des ressources qui lui permettent de prêter aux entreprises, aux particuliers, à l’immobilier. Si une part importante de ces dépôts migre vers un euro numérique logé directement à la Banque centrale, la banque commerciale perd une partie de son financement, sa liquidité se tend, et sa capacité à faire crédit se contracte. Le plafond de détention sert précisément à brider cette migration. Il borne combien d’argent peut s’échapper du circuit bancaire vers la monnaie de banque centrale.

C’est pour cette raison que le plafond se double, dans l’architecture du projet, de deux garde-fous : l’euro numérique ne porterait pas d’intérêt, ce qui le rend peu attractif comme placement, et un mécanisme de cascade inversée permettrait de régler un paiement supérieur au solde détenu en puisant instantanément sur le compte bancaire lié. L’objectif assumé est que l’euro numérique serve à payer, pas à thésauriser. Le calibrage du plafond est donc le réglage central d’un équilibre : offrir aux citoyens une monnaie publique numérique, sans vider les banques de leur substance. Trop haut, il fragilise le financement bancaire. Trop bas, il rend l’euro numérique anecdotique. Tout l’enjeu est de savoir entre quelles bornes le législateur autorisera ce curseur à se déplacer.

L’euro numérique hors ligne sera-t-il aussi confidentiel que le cash ?

Le second curseur est la confidentialité. Le texte de compromis retient une architecture à deux versions, et la distinction est importante pour le détenteur.

La version en ligne fonctionnerait sur l’infrastructure de la Banque centrale européenne, avec le niveau de traçabilité propre à un règlement enregistré. La version hors ligne fonctionnerait autrement : pensée comme une forme tokenisée de monnaie fiduciaire (l’équivalent numérique des billets et pièces émis par la banque centrale), elle permettrait des paiements d’appareil à appareil, sans passage par le grand livre de la Banque centrale. Le texte indique qu’elle se rapprocherait de l’anonymat des espèces, tout en conservant des limites de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.

Le mot à retenir est se rapprocher, pas égaler. Il serait imprudent de présenter l’euro numérique hors ligne comme strictement équivalent au liquide en matière de confidentialité. Les paiements hors ligne seraient, au moins dans un premier temps, limités aux transactions de proximité entre particuliers ou avec un terminal. L’accès à l’instrument supposerait des vérifications d’identité à l’entrée, des plafonds d’usage, des appareils certifiés. Ce que la version hors ligne réduit, c’est la traçabilité transactionnelle au fil de l’eau : une fois la somme chargée, le paiement de proximité ne remonte pas en continu vers un registre central. C’est une différence réelle avec la version en ligne, mais ce n’est pas la disparition de tout cadre. Le billet de banque, lui, ne demande ni appareil certifié ni vérification d’identité pour changer de main.

Pour l’utilisateur, la lecture est donc nuancée. L’euro numérique hors ligne offrirait davantage de discrétion que le paiement par carte ou que sa version en ligne, mais il resterait un instrument encadré, distinct du cash par sa nature même. La confidentialité n’est pas un interrupteur, c’est un curseur, et son réglage fait partie des arbitrages que le vote du 23 juin contribue à fixer.

Et les frais ?

Un troisième élément du compromis mérite une mention. Le texte prévoit des frais plafonnés pendant une période transitoire, puis une bascule vers une tarification au coût dans un délai de dix ans. Les services de base seraient gratuits pour les utilisateurs, les commerçants ne paieraient pas plus qu’aujourd’hui pour accepter l’euro numérique, et les paiements hors ligne seraient gratuits. Le paramètre est utile à connaître, mais il ne déplace pas le centre de gravité : les deux curseurs qui engagent le statut de l’argent du particulier restent le plafond et la confidentialité.

Ce que ce vote change pour vous, concrètement

Si vous détenez des euros, vous n’avez rien à faire le 23 juin, et c’est justement le point. Ce qui se décide ne réclame aucune action immédiate, mais fixe des règles qui, à terme, encadreront une part de votre argent. Le plafond déterminera combien de monnaie de banque centrale numérique vous pourrez conserver hors des banques. Le degré de confidentialité déterminera ce que vos paiements numériques laissent comme trace. Ces deux paramètres ne sont pas encore gravés : ils sont en train d’être cadrés, et la fenêtre où ils se discutent est ouverte maintenant.

Cet arbitrage rejoint une question plus large, celle de la souveraineté numérique européenne et, pour chacun, de la souveraineté sur son propre capital. Comprendre comment un euro numérique modifie le statut de l’argent détenu, savoir distinguer une monnaie de banque centrale d’une créance bancaire, lire ce qu’un plafond de détention dit du rapport entre l’épargnant et son banquier : ce sont les briques d’une décision éclairée. Construire son cadre de décision dans le monde financier, structurer sa réflexion stratégique sur les moyens d’agir, développer sa propre capacité à décider : c’est ce que mon accompagnement rend accessible à celles et ceux qui veulent garder la main. Pour qui souhaite se renseigner, c’est par ici.

Sur le plan du calendrier, le 23 juin n’est qu’une étape d’une séquence qui court jusqu’à 2029, faite de ce qui est acté, de ce qui reste conditionnel et de ce qui n’est pas tranché. Pour qui veut situer ce vote dans le temps long du projet, le détail des trois strates est reconstitué dans notre calendrier de l’euro numérique jusqu’en 2029.

Reste une évidence que ce vote met en lumière. Le particulier qui découvre ce dossier aujourd’hui n’est pas en avance d’information sur les acteurs déjà installés dans les couloirs bruxellois, les fédérations bancaires, les groupes parlementaires. Mais il n’en a pas besoin pour décider de ce qui le concerne. Le texte de la proposition, les positions du Parlement et du Conseil, les avis de la Banque centrale sont publics, accessibles à qui veut les lire. Sur un sujet où le calendrier s’étire jusqu’en 2029, le temps n’est pas à l’inquiétude : il est à la compréhension. Comprendre maintenant ce qu’un plafond et un seuil de confidentialité changent au statut de son argent, c’est se donner les moyens de décider sereinement le jour où la monnaie existera. C’est tout l’objet d’une éducation financière patiente, et le fil que je déroule, semaine après semaine, sur ce blog.

Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

FAQ

Que décide le vote de la commission ECON du 23 juin 2026 sur l’euro numérique ?
La commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen vote sur le texte de compromis qui encadre l’euro numérique, et décide d’ouvrir la négociation finale (le trilogue) avec le Conseil et la Commission. Ce vote ne lance pas la monnaie : il fixe la position du Parlement sur les règles, notamment le plafond de détention et la confidentialité. Une émission effective par la Banque centrale européenne n’est pas envisagée avant 2029.

Qui fixera le plafond de détention de l’euro numérique ?
Le texte de compromis prévoit que la Banque centrale européenne calibre les plafonds, mais à l’intérieur d’un cadre défini par les colégislateurs, le Parlement et le Conseil. C’est une évolution par rapport à la proposition de 2023, où ce rôle relevait surtout de la Banque centrale. Le calibrage technique reste à l’autorité monétaire, mais les bornes deviennent une décision politique.

Pourquoi un plafond de détention sur l’euro numérique ?
Pour protéger la stabilité financière. Sans limite, l’euro numérique, qui est une monnaie de banque centrale sans risque de contrepartie, pourrait drainer une part importante des dépôts bancaires. Les banques perdraient une partie de leur financement, donc de leur capacité à faire crédit à l’économie. Le plafond borne cette migration et évite une désintermédiation rapide du système bancaire.

L’euro numérique hors ligne sera-t-il aussi anonyme que les espèces ?
Il s’en rapprocherait sans l’égaler. La version hors ligne, pensée comme une forme tokenisée de monnaie fiduciaire, permettrait des paiements de proximité sans remonter en continu vers un registre central. Mais elle conserverait des vérifications d’identité à l’entrée, des plafonds d’usage et des règles de lutte contre le blanchiment. Le billet de banque, lui, change de main sans aucune de ces conditions.

Dois-je faire quelque chose maintenant ?
Non, aucune action n’est requise. L’euro numérique n’existe pas encore et son cadre n’est pas figé. L’enjeu du moment est de comprendre les arbitrages en cours, pendant qu’ils se discutent, pour décider en connaissance de cause le jour où la monnaie sera disponible.

Molette de précision en laiton doré symbolisant le réglage du plafond de détention de l'euro numérique sur fond bleu nuit

Le 23 juin 2026, la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen (la commission ECON) vote sur le rapport qui encadrera l’euro numérique, et décide d’ouvrir la négociation finale avec le Conseil et la Commission. Ce vote ne crée pas la dimension politique du projet, engagé depuis la proposition de la Commission du 28 juin 2023. Il fait franchir une étape : deux curseurs jusqu’ici traités comme des réglages techniques, le plafond de détention et le degré de confidentialité, deviennent des choix politiques visibles, débattus entre des autorités non élues et les colégislateurs. Tant que le texte n’est pas figé, ces curseurs restent ouverts.

Pour le détenteur d’euros, deux questions concrètes se logent derrière ce vote. Combien de monnaie de banque centrale numérique, c’est-à-dire de l’argent émis directement par la Banque centrale européenne et non par une banque commerciale, pourra-t-il conserver hors du circuit bancaire ? Et avec quelle confidentialité ? Ces réponses ne se décident pas dans un laboratoire technique, mais dans une procédure législative dont le 23 juin est un point de bascule.

Que vote exactement la commission ECON le 23 juin ?

Il faut distinguer ce qui se joue le 23 juin de ce qui s’est joué avant. La Commission européenne a déposé sa proposition de règlement sur l’euro numérique le 28 juin 2023. Depuis, le texte suit la procédure législative ordinaire de l’Union, celle où le Parlement et le Conseil codécident. Le rapporteur désigné au Parlement, l’eurodéputé espagnol Fernando Navarrete Rojas (groupe PPE), a présenté son projet de rapport à la commission ECON, et les groupes politiques ont négocié des amendements de compromis.

Le vote du 23 juin porte sur ce texte de compromis. S’il est adopté, la commission ECON reçoit aussi un mandat pour ouvrir le trilogue (la négociation à trois entre Parlement, Conseil et Commission qui aboutit au texte final de la loi européenne). Le suivi législatif du Parlement européen situe le dossier au stade de la commission. Un vote en séance plénière pourrait suivre entre le 6 et le 9 juillet. La Banque centrale européenne, elle, vise des pilotes opérationnels à partir du second semestre 2027 et une première émission possible en 2029.

Un point mérite d’être posé clairement, parce qu’il est souvent escamoté : ce vote ne lance pas l’euro numérique. Le règlement, même adopté, ne contraint pas la Banque centrale européenne à émettre la monnaie. Il construit le cadre juridique dans lequel elle pourra décider de le faire, et à quelles conditions. Ce que le 23 juin verrouille, ce n’est pas la création de la monnaie, c’est la position du Parlement sur les règles qui la gouverneront.

Qui fixera le plafond de détention, et pourquoi est-ce le vrai enjeu ?

Le plafond de détention est la disposition la plus structurante du texte, et c’est aussi le point où la lecture demande le plus de précaution. La question n’est pas seulement de savoir combien d’euros numériques un particulier pourra détenir. Elle est de savoir qui calibre ce montant, et selon quelle logique.

Dans la proposition initiale de 2023, la mécanique reposait largement sur la Banque centrale européenne, qui évoquait des plafonds de quelques milliers d’euros pour la phase de démarrage. Le projet de rapport Navarrete a proposé un déplacement : confier à la Commission, et non à la Banque centrale, le rôle principal de fixer les plafonds sur la base d’évaluations de stabilité financière, avec des règles de révision plus strictes. Les négociations entre groupes ont fait évoluer ce point vers une formulation de compromis : il reviendrait à la Banque centrale européenne de fixer les plafonds, mais dans le cadre défini par les colégislateurs. La position du Conseil va dans un sens voisin, avec des plafonds calibrés par la Banque centrale à l’intérieur d’un périmètre défini en amont.

Le mouvement réel n’est donc pas que le pouvoir quitte brutalement la Banque centrale pour la Commission. Il est plus subtil, et plus important : le calibrage du plafond, jusqu’ici présenté comme un paramètre technique relevant d’une autorité monétaire indépendante, devient un objet encadré par une décision politique. Le Parlement et le Conseil définissent le périmètre, la Banque centrale opère à l’intérieur. Le curseur reste manié par un technicien, mais c’est désormais le législateur qui dessine les bornes entre lesquelles il peut le déplacer.

Pourquoi ce plafond existe-t-il, et pourquoi son calibrage compte-t-il autant ? Ici, il faut déplier la mécanique complète, car la version raccourcie induit en erreur. Un euro numérique détenu sans limite serait un substitut parfait au dépôt bancaire : une monnaie de banque centrale, sans risque de contrepartie, stockable en quantité. La Banque centrale européenne le dit elle-même : un tel actif pourrait déclencher une désintermédiation rapide, autrement dit une fuite des dépôts vers la monnaie numérique, jusqu’à une situation de panique bancaire.

Pour comprendre ce mécanisme, il faut se rappeler ce qu’est un dépôt bancaire. Quand une banque commerciale accorde un crédit, elle crée le dépôt qui correspond au prêt : c’est de la monnaie de banque commerciale, une créance privée sur la banque. Cette monnaie n’est pas seulement un solde sur un compte, c’est aussi la matière première à partir de laquelle la banque finance l’économie. Les dépôts sont l’une des ressources qui lui permettent de prêter aux entreprises, aux particuliers, à l’immobilier. Si une part importante de ces dépôts migre vers un euro numérique logé directement à la Banque centrale, la banque commerciale perd une partie de son financement, sa liquidité se tend, et sa capacité à faire crédit se contracte. Le plafond de détention sert précisément à brider cette migration. Il borne combien d’argent peut s’échapper du circuit bancaire vers la monnaie de banque centrale.

C’est pour cette raison que le plafond se double, dans l’architecture du projet, de deux garde-fous : l’euro numérique ne porterait pas d’intérêt, ce qui le rend peu attractif comme placement, et un mécanisme de cascade inversée permettrait de régler un paiement supérieur au solde détenu en puisant instantanément sur le compte bancaire lié. L’objectif assumé est que l’euro numérique serve à payer, pas à thésauriser. Le calibrage du plafond est donc le réglage central d’un équilibre : offrir aux citoyens une monnaie publique numérique, sans vider les banques de leur substance. Trop haut, il fragilise le financement bancaire. Trop bas, il rend l’euro numérique anecdotique. Tout l’enjeu est de savoir entre quelles bornes le législateur autorisera ce curseur à se déplacer.

L’euro numérique hors ligne sera-t-il aussi confidentiel que le cash ?

Le second curseur est la confidentialité. Le texte de compromis retient une architecture à deux versions, et la distinction est importante pour le détenteur.

La version en ligne fonctionnerait sur l’infrastructure de la Banque centrale européenne, avec le niveau de traçabilité propre à un règlement enregistré. La version hors ligne fonctionnerait autrement : pensée comme une forme tokenisée de monnaie fiduciaire (l’équivalent numérique des billets et pièces émis par la banque centrale), elle permettrait des paiements d’appareil à appareil, sans passage par le grand livre de la Banque centrale. Le texte indique qu’elle se rapprocherait de l’anonymat des espèces, tout en conservant des limites de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.

Le mot à retenir est se rapprocher, pas égaler. Il serait imprudent de présenter l’euro numérique hors ligne comme strictement équivalent au liquide en matière de confidentialité. Les paiements hors ligne seraient, au moins dans un premier temps, limités aux transactions de proximité entre particuliers ou avec un terminal. L’accès à l’instrument supposerait des vérifications d’identité à l’entrée, des plafonds d’usage, des appareils certifiés. Ce que la version hors ligne réduit, c’est la traçabilité transactionnelle au fil de l’eau : une fois la somme chargée, le paiement de proximité ne remonte pas en continu vers un registre central. C’est une différence réelle avec la version en ligne, mais ce n’est pas la disparition de tout cadre. Le billet de banque, lui, ne demande ni appareil certifié ni vérification d’identité pour changer de main.

Pour l’utilisateur, la lecture est donc nuancée. L’euro numérique hors ligne offrirait davantage de discrétion que le paiement par carte ou que sa version en ligne, mais il resterait un instrument encadré, distinct du cash par sa nature même. La confidentialité n’est pas un interrupteur, c’est un curseur, et son réglage fait partie des arbitrages que le vote du 23 juin contribue à fixer.

Et les frais ?

Un troisième élément du compromis mérite une mention. Le texte prévoit des frais plafonnés pendant une période transitoire, puis une bascule vers une tarification au coût dans un délai de dix ans. Les services de base seraient gratuits pour les utilisateurs, les commerçants ne paieraient pas plus qu’aujourd’hui pour accepter l’euro numérique, et les paiements hors ligne seraient gratuits. Le paramètre est utile à connaître, mais il ne déplace pas le centre de gravité : les deux curseurs qui engagent le statut de l’argent du particulier restent le plafond et la confidentialité.

Ce que ce vote change pour vous, concrètement

Si vous détenez des euros, vous n’avez rien à faire le 23 juin, et c’est justement le point. Ce qui se décide ne réclame aucune action immédiate, mais fixe des règles qui, à terme, encadreront une part de votre argent. Le plafond déterminera combien de monnaie de banque centrale numérique vous pourrez conserver hors des banques. Le degré de confidentialité déterminera ce que vos paiements numériques laissent comme trace. Ces deux paramètres ne sont pas encore gravés : ils sont en train d’être cadrés, et la fenêtre où ils se discutent est ouverte maintenant.

Cet arbitrage rejoint une question plus large, celle de la souveraineté numérique européenne et, pour chacun, de la souveraineté sur son propre capital. Comprendre comment un euro numérique modifie le statut de l’argent détenu, savoir distinguer une monnaie de banque centrale d’une créance bancaire, lire ce qu’un plafond de détention dit du rapport entre l’épargnant et son banquier : ce sont les briques d’une décision éclairée. Construire son cadre de décision dans le monde financier, structurer sa réflexion stratégique sur les moyens d’agir, développer sa propre capacité à décider : c’est ce que mon accompagnement rend accessible à celles et ceux qui veulent garder la main. Pour qui souhaite se renseigner, c’est par ici.

Sur le plan du calendrier, le 23 juin n’est qu’une étape d’une séquence qui court jusqu’à 2029, faite de ce qui est acté, de ce qui reste conditionnel et de ce qui n’est pas tranché. Pour qui veut situer ce vote dans le temps long du projet, le détail des trois strates est reconstitué dans notre calendrier de l’euro numérique jusqu’en 2029.

Reste une évidence que ce vote met en lumière. Le particulier qui découvre ce dossier aujourd’hui n’est pas en avance d’information sur les acteurs déjà installés dans les couloirs bruxellois, les fédérations bancaires, les groupes parlementaires. Mais il n’en a pas besoin pour décider de ce qui le concerne. Le texte de la proposition, les positions du Parlement et du Conseil, les avis de la Banque centrale sont publics, accessibles à qui veut les lire. Sur un sujet où le calendrier s’étire jusqu’en 2029, le temps n’est pas à l’inquiétude : il est à la compréhension. Comprendre maintenant ce qu’un plafond et un seuil de confidentialité changent au statut de son argent, c’est se donner les moyens de décider sereinement le jour où la monnaie existera. C’est tout l’objet d’une éducation financière patiente, et le fil que je déroule, semaine après semaine, sur ce blog.

Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

FAQ

Que décide le vote de la commission ECON du 23 juin 2026 sur l’euro numérique ?
La commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen vote sur le texte de compromis qui encadre l’euro numérique, et décide d’ouvrir la négociation finale (le trilogue) avec le Conseil et la Commission. Ce vote ne lance pas la monnaie : il fixe la position du Parlement sur les règles, notamment le plafond de détention et la confidentialité. Une émission effective par la Banque centrale européenne n’est pas envisagée avant 2029.

Qui fixera le plafond de détention de l’euro numérique ?
Le texte de compromis prévoit que la Banque centrale européenne calibre les plafonds, mais à l’intérieur d’un cadre défini par les colégislateurs, le Parlement et le Conseil. C’est une évolution par rapport à la proposition de 2023, où ce rôle relevait surtout de la Banque centrale. Le calibrage technique reste à l’autorité monétaire, mais les bornes deviennent une décision politique.

Pourquoi un plafond de détention sur l’euro numérique ?
Pour protéger la stabilité financière. Sans limite, l’euro numérique, qui est une monnaie de banque centrale sans risque de contrepartie, pourrait drainer une part importante des dépôts bancaires. Les banques perdraient une partie de leur financement, donc de leur capacité à faire crédit à l’économie. Le plafond borne cette migration et évite une désintermédiation rapide du système bancaire.

L’euro numérique hors ligne sera-t-il aussi anonyme que les espèces ?
Il s’en rapprocherait sans l’égaler. La version hors ligne, pensée comme une forme tokenisée de monnaie fiduciaire, permettrait des paiements de proximité sans remonter en continu vers un registre central. Mais elle conserverait des vérifications d’identité à l’entrée, des plafonds d’usage et des règles de lutte contre le blanchiment. Le billet de banque, lui, change de main sans aucune de ces conditions.

Dois-je faire quelque chose maintenant ?
Non, aucune action n’est requise. L’euro numérique n’existe pas encore et son cadre n’est pas figé. L’enjeu du moment est de comprendre les arbitrages en cours, pendant qu’ils se discutent, pour décider en connaissance de cause le jour où la monnaie sera disponible.

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Laurent Blasco, fondateur de Monnaies & Libertés

Laurent Blasco

Ex-chirurgien | Fondateur de Monnaies & Libertés | J’enseigne l’art de maîtriser son capital

Ancien chirurgien orthopédique, Laurent aide aujourd’hui les particuliers à comprendre la monnaie, les marchés et l’investissement pour reprendre le contrôle de leur capital à l’ère de Bitcoin.