
Vendredi 18 septembre, à 11 h 54 à Tokyo, la Banque du Japon décide de relever son taux directeur. Une dizaine d’heures plus tard, quand la Banque centrale européenne fige ses taux de change de référence, il faut 1,41 % de yens en plus que la veille pour acheter un dollar. Le pays qui resserre a vu sa monnaie reculer le jour même.
L’essentiel
- Le 18 septembre 2026, la Banque du Japon a porté son taux directeur à environ 1,25 %, applicable le 24 septembre.
- Deux jours plus tôt, la Réserve fédérale américaine avait relevé sa fourchette du même quart de point, à 3,75-4,00 % : l’écart entre les deux taux directeurs est resté ce qu’il était, deux points et demi à deux points trois quarts.
- Au taux de référence de la Banque centrale européenne, un dollar valait 155,69 yens le 17 septembre et 157,89 le 18 : 1,41 % de plus en une journée.
- La décision écrit que les conditions financières resteront accommodantes après la hausse. Les prix à la consommation hors produits frais montaient de 1,7 % sur un an en août : le taux reste sous l’inflation.
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Pourquoi un taux qui monte ne fait pas monter une monnaie
La règle apprise partout tient en une ligne : un taux plus élevé attire les capitaux, donc la monnaie monte. Elle n’est pas fausse, elle est incomplète. Personne ne place son argent en regardant un taux tout seul : qui arbitre entre deux devises compare ce qu’il touche à Tokyo et ailleurs.
Le taux directeur est celui auquel les banques se prêtent entre elles au jour le jour, et que la banque centrale pilote. Avant le 16 septembre, il tournait autour de 1,0 % au Japon quand la Réserve fédérale visait 3,50 à 3,75 %. Après, c’est environ 1,25 % d’un côté, 3,75 à 4,00 % de l’autre. L’écart n’a pas bougé d’un point de base. Tokyo a monté d’un quart de point deux jours après Washington : la banque japonaise a couru pour rester à la même place.
Une annonce peut donc être exacte et sans effet. Ce qui oriente les capitaux, c’est l’écart entre deux rendements : une règle de la mécanique du système monétaire, pas une particularité japonaise.
Ce qui reste du taux une fois l’inflation retirée
Un second étage sépare le taux affiché de ce qu’il rapporte. Le taux réel, c’est le taux moins la hausse des prix : lui seul dit si prêter son argent fait gagner ou perdre du pouvoir d’achat. En août, les prix à la consommation hors produits frais, l’indice que la Banque du Japon suit, montaient de 1,7 % sur un an. À 1,25 %, prêter des yens à court terme rapporte moins que ce que les prix prennent.
La banque l’écrit dans le document qui porte la hausse : les taux réels « sont restés bas », surtout sur les échéances courtes et moyennes, et les conditions financières accommodantes « devraient être maintenues » après le changement. Elle ne met pas fin à l’accommodation, elle en ajuste le degré.
Sept membres du conseil ont voté la hausse, deux l’ont jugée prématurée. Asada Toichiro a voté contre parce que les prix à la consommation hors produits frais restent sous 2 %, signe pour lui d’une économie trop faible ; Sato Ayano, parce que ni l’activité ni les prix n’ont, selon elle, accéléré.
Pourquoi la Banque du Japon ne monte-t-elle pas davantage ?
Deux raisons, dans son texte. La première tient à la nature de son inflation : la banque attribue la hausse de ses prix de production au pétrole cher, à la demande liée à l’intelligence artificielle et à la dépréciation du yen. Un quart de point ne fait pas baisser le baril. Un taux directeur agit sur le crédit intérieur ; sur une facture payée à l’étranger, son seul canal est le change, et le yen a baissé. Quand l’inflation entre par les frontières, le pays s’appauvrit en bloc.
La seconde raison est le prix d’un resserrement rapide. À chaque échéance, le Trésor japonais remplace des titres émis quand l’argent ne coûtait presque rien par des titres au prix du jour, et ce prix a monté : le rendement de l’obligation à dix ans a touché 3 % le 2 septembre. Monter le taux directeur plus vite accélérerait cette facture, pour l’État comme pour les banques qui détiennent ses titres. Alors la banque centrale avance d’un quart de point à la fois.
Le coût ne disparaît pas. Voici la lecture que je retiens : il se déplace sur la monnaie. Et la boucle se referme : la banque dit elle-même que le yen faible pousse ses prix de production.
Et pour un portefeuille en euros ?
Vous n’avez sans doute pas un yen chez vous. Mais si vous détenez un fonds d’actions japonaises sans couverture de change, ce que vous récupérez en euros passe par le taux de conversion, qu’aucune hausse de taux ne protège. C’est une pièce ordinaire de la protection du capital face à l’érosion monétaire.
Le cas s’est déjà produit. Le 16 juin, la même banque relevait déjà son taux, à environ 1,0 %. Le jour même, le dollar bougeait à peine contre le yen ; une semaine plus tard, il valait environ 1 % de plus. Les deux séances n’ont pas la même allure, mais aucune des deux hausses n’a fait monter le yen.
Le jour où vous revendez et reconvertissez, ce n’est pas le taux de Tokyo que vous encaissez, c’est le change du moment. D’où les deux questions à poser à la prochaine annonce, la vôtre comprise : l’écart avec les autres a-t-il bougé, et que reste-t-il du taux une fois l’inflation retirée ? La Banque du Japon, elle, s’est donné un cadre : ramener durablement les prix vers 2 % sans casser ce qu’elle a soutenu si longtemps. Ce cadre a un prix. Il ne se paie pas dans le taux, il se paie dans le change.
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Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.
FAQ
Pourquoi le yen a-t-il baissé le jour où la Banque du Japon a relevé son taux, le 18 septembre 2026 ?
Une hausse de taux ne suffit pas à soutenir une monnaie : ce qui compte est l’écart avec les taux des autres pays, et cet écart n’a pas bougé. La Réserve fédérale américaine avait relevé sa fourchette du même quart de point deux jours plus tôt, à 3,75-4,00 %, si bien que l’écart entre les deux taux directeurs est resté d’environ deux points et demi. Le 18 septembre 2026, au taux de référence de la Banque centrale européenne, il fallait 1,41 % de yens en plus que la veille pour acheter un dollar. Aucun relevé horaire public ne permet d’attribuer ce mouvement de séance à la décision elle-même.
Le taux d’intérêt réel est-il négatif au Japon après la hausse de septembre 2026 ?
Oui. Le taux réel est le taux affiché moins la hausse des prix. Le taux directeur japonais est porté à environ 1,25 % par la décision du 18 septembre 2026, applicable le 24 septembre, alors que les prix à la consommation hors produits frais montaient de 1,7 % sur un an en août 2026. Prêter des yens à court terme rapporte donc moins que ce que les prix prennent : le pouvoir d’achat du prêteur recule. La Banque du Japon l’écrit dans sa décision, les taux réels sont restés bas, surtout sur les échéances courtes et moyennes, et les conditions financières accommodantes devraient être maintenues après la hausse.
