
La semaine du 18 septembre, le baril de pétrole qu’on vous cite valait en moyenne 106 dollars. Celui qu’on chargeait réellement sur les pétroliers en valait 124. Or c’est ce baril livré, avec le raffinage, qui explique la hausse de votre plein, bien plus que les taxes.
L’essentiel
- D’après le bulletin hebdomadaire du ministère de la Transition écologique, le baril de Brent livré sous quinze jours a coûté 123,83 dollars en moyenne la semaine du 18 septembre 2026, contre 105,94 dollars pour le contrat à terme livrable le mois suivant.
- Au 18 septembre, le litre de gazole coûte 2,38 euros à la pompe, 48 % de plus qu’un an plus tôt. Hors taxes, la hausse atteint 88 %.
- Les taxes, un peu plus d’un euro par litre, pèsent 42 % du prix, contre 54,5 % un an plus tôt. L’accise étant inchangée depuis août 2025, toute leur hausse vient de la TVA, qui suit le prix.
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Pourquoi le baril qu’on vous cite n’est-il pas celui que vous payez ?
Mettez-vous devant la pompe, mi-septembre. Le litre de gazole affiche 2,38 euros. Pourtant, à la radio, le baril de Brent, la référence du pétrole européen, ne paraît pas s’envoler. Le soir du 24 septembre, interrogé à la télévision, le président de la République dit ne pas exclure une baisse des taxes sur les carburants. La conclusion vient toute seule : si le baril ne flambe pas, ce sont les taxes.
Sauf qu’il existe deux prix du Brent. Celui qu’on cite est un contrat à terme : une promesse d’achat pour une livraison le mois prochain, échangée à la Bourse de Londres. L’autre, le Brent daté, est le prix d’une cargaison qui doit quitter son terminal dans les quinze jours. Le premier, c’est le prix du catalogue ; le second, celui du chargement du camion qui part ce matin. Or c’est ce chargement que paient les raffineries.
Que dit l’écart entre les deux prix ?
Le bulletin du ministère publie les deux côte à côte. La semaine du 18 septembre, la cargaison livrée coûtait un sixième de plus que le baril promis pour le mois suivant, et l’écart avait doublé en une semaine. Payer autant pour être servi tout de suite plutôt que dans un mois, c’est payer l’urgence. J’y lis une pénurie physique du moment, que le prix coté ne montre pas.
Les agences de presse en ont rapporté les motifs : une attaque houthie contre des installations saoudiennes, des pourparlers incertains sur la réouverture du détroit d’Ormuz, un projet américain d’interdire l’exportation de gazole. Mais les chiffres du ministère sont des prix constatés : ils disent d’où vient la hausse, pas combien de temps durera la prime du baril livré.
Le contrat à terme donne le prix du mois prochain ; le prix livré, celui de l’urgence.
Où partent les 2,38 euros d’un litre de gazole ?
Le même bulletin découpe le litre. Près de la moitié du prix paie le gazole lui-même, acheté déjà raffiné sur le marché européen. Un peu plus d’un dixième paie la logistique jusqu’à la station, son exploitation et la marge du distributeur. Le reste, à peine plus d’un euro, va aux taxes.
Hors taxes, c’est-à-dire produit et acheminement seuls, ce litre coûte 88 % de plus qu’il y a un an. Plus des quatre cinquièmes de la hausse du plein viennent de cette part, qui tient d’abord au pétrole livré et au raffinage. La marge brute de raffinage, publiée sur la même page, a plus que triplé en un an : le raffineur vend son gazole bien plus cher, par rapport au pétrole qu’il achète, qu’il y a un an.
Les taxes ont augmenté aussi, mais pas comme on le croit. L’accise, l’ancienne TICPE, est un montant fixe par litre : elle n’a pas bougé depuis plus d’un an. La TVA, elle, prélève un sixième du prix payé à la pompe : quand le gazole monte, elle monte avec lui. Toute la hausse des taxes vient donc de là. Leur part dans le litre est tombée de plus de la moitié à 42 %.
Le produit a presque doublé ; la taxe a suivi, elle n’a pas mené.
Que changerait une baisse des taxes ?
Pas le prix de la cargaison, car le baril livré, le raffinage et le transport resteraient dus à ceux qui les vendent. Baisser la taxe revient donc à décider qui règle cette facture : l’automobiliste à la pompe, ou le budget de l’État. La question se pose au moment où se prépare le budget de l’an prochain.
C’est la nature de cette hausse qui borne ce que l’État peut faire. Quand les prix montent parce que la monnaie se dilue, quelqu’un y gagne dans le pays : l’emprunteur à taux fixe, dont la mensualité ne bouge pas quand tout le reste monte. Or ici, le gagnant est d’abord à l’étranger, chez ceux qui vendent le pétrole et le gazole. Une inflation importée appauvrit le pays pris dans son ensemble : ce qu’il paie en plus sort de chez lui. L’État peut déplacer cette facture ; il ne peut pas l’annuler.
Si vous avez un budget carburant, une baisse de taxe allégerait votre plein. Mais la facture passerait au budget public : plus d’impôt ailleurs, plus d’emprunt ou moins de dépenses. Et pour protéger son patrimoine face à l’inflation, savoir de quelle inflation il s’agit compte autant que son niveau.
Quel prix regarder désormais ?
Le prix du chargement, le Brent daté, est publié en série quotidienne par l’Agence américaine d’information sur l’énergie. Tant qu’il reste loin au-dessus du baril cité, celui-ci sous-estime ce que coûte votre plein. Le ministère publie son découpage du litre chaque semaine ; le prochain, attendu le lundi 28 septembre, dira si l’écart a commencé à se refermer.
Le débat sur les taxes se jouera sur la dernière ligne du ticket. La facture, elle, s’écrit sur la première, au port, là où se paie le chargement du camion qui part ce matin.
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Mise à jour du 29 septembre 2026 : l’accise, ce montant fixe prélevé sur chaque litre de gazole, se décide à Paris. Le droit européen n’en impose qu’un plancher de 33 centimes, la France en prélève 60,75 centimes, et l’Allemagne ramène la sienne au plancher du 1er octobre au 31 décembre 2026. Notre analyse : Taxe sur le gazole : l’Europe ne fixe que le plancher.
Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.
FAQ
Pourquoi le prix du gazole a-t-il autant augmenté en septembre 2026 ?
D’après le bulletin hebdomadaire du ministère de la Transition écologique, le litre de gazole coûtait 2,38 euros au 18 septembre 2026, 48 % de plus qu’un an plus tôt. Hors taxes, la hausse atteint 88 %. Plus des quatre cinquièmes de la hausse du litre sur un an viennent de cette partie, qui tient d’abord au pétrole et au raffinage. La cargaison de Brent livrée sous quinze jours coûtait en moyenne 123,83 dollars la semaine du 18 septembre, contre 105,94 dollars pour le contrat à terme que l’on cite d’ordinaire. Et la marge brute de raffinage a plus que triplé en un an. Les taxes, un peu plus d’un euro par litre, ne pèsent plus que 42 % du prix, contre 54,5 % un an plus tôt.
Que changerait une baisse des taxes sur le gazole en France ?
Elle allégerait le prix à la pompe sans changer ce que coûtent la cargaison de pétrole, le raffinage et le transport. Elle déciderait seulement qui paie une partie de la facture, l’automobiliste ou le budget de l’État. En France, l’accise sur le gazole est un montant fixe par litre, inchangé depuis août 2025 ; la TVA à 20 % suit le prix. C’est elle qui explique la hausse des taxes sur un an. Une hausse venue d’un pétrole importé appauvrit le pays pris dans son ensemble : une baisse de taxe peut la déplacer vers les finances publiques, pas l’annuler.
