
Jour 25 du conflit. Le président Trump déclare la guerre « gagnée » et revendique une offre iranienne qu’il qualifie de « prix considérable ». Pourtant, le marché, lui, ne vote pas encore pour la paix.
Cet article fait partie de la série sur le nouveau régime monétaire que nous documentons depuis le 16 mars. Après la pause des frappes annoncée dimanche, les signaux de mardi dessinent un tableau bien différent de la rhétorique officielle.
Trump déclare victoire : les mots et les faits
Le 23 mars, Trump publie sur Truth Social un message en lettres capitales annonçant « des conversations très bonnes et productives » avec l’Iran en vue d’une « résolution complète et totale » du conflit au Moyen-Orient. Il ordonne une pause de cinq jours des frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes.
Le lendemain, il va plus loin aux journalistes : la guerre serait « gagnée », l’Iran aurait fait une offre constituant un « prix très significatif », sans en préciser la teneur. Le nucléaire, selon lui, occupe les positions « numéro 1, 2 et 3 » du plan transmis à Téhéran.
Face à cette déclaration, la réponse iranienne est sans ambiguïté. Le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf dénonce des « fake news » destinées à « manipuler les marchés financiers et pétroliers ». Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Esmail Baghaei confirme à l’IRNA qu’aucune négociation n’a eu lieu en 24 jours de guerre, tout en reconnaissant avoir reçu des messages via des « pays amis » indiquant l’intérêt de Washington pour des discussions.
Un plan en 15 points et une réalité diplomatique complexe
Derrière la rhétorique, un document circule. Selon le New York Times, relayé par France 24 et l’AFP, Washington a transmis à l’Iran, via le Pakistan, un plan en 15 points pour mettre fin au conflit. Le démantèlement du programme nucléaire et le contrôle de l’uranium hautement enrichi y figurent au premier rang, suivis de la réouverture du détroit d’Ormuz, de limites sur les missiles balistiques et de l’arrêt du soutien aux groupes armés régionaux.
Selon une source diplomatique citée par la même chaîne, plusieurs de ces points seraient « pratiquement impossibles » à accepter pour l’Iran.
En parallèle, le Pakistan s’impose comme médiateur principal. Le Premier ministre Shehbaz Sharif a annoncé que son pays se tient prêt à accueillir les négociations à Islamabad. Le chef de l’armée pakistanaise Asim Munir a parlé directement à Trump. L’envoyé spécial Steve Witkoff dispose d’un canal direct avec Islamabad. Côté iranien, le président Pezeshkian a été contacté par Sharif.
Les intermédiaires se multiplient : Pakistan, Égypte, Turquie, Oman. Mais un canal ne fait pas un accord. La deadline fixée par Trump, vendredi 28 mars, est dans trois jours. Les conditions américaines publiées renvoient au démantèlement nucléaire et aux capacités balistiques. Les conditions iraniennes rapportées par MEMRI incluent des garanties de non-récurrence, la fermeture des bases américaines dans la région et le paiement de réparations. L’écart entre les deux positions reste considérable.
Le verdict du marché : temporisation de la panique
Si les mots de Trump avaient fait chuter le Brent de 11 % lundi, sous la barre des 100 dollars pour la première fois depuis le 11 mars, la correction n’a duré qu’une séance. Mardi, le Brent rebondit de 4 % à 104,49 dollars.
Le mécanisme est limpide : les opérateurs ont vendu sur l’espoir d’un accord, puis racheté quand l’Iran a démenti et que la réalité diplomatique s’est imposée. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitaient 20 % du pétrole mondial transporté par voie maritime avant le conflit, reste sous contrôle iranien. Téhéran autorise le transit pour les « pays non hostiles » (Chine, Inde, Pakistan, Japon) mais maintient le blocage pour les navires occidentaux.
Max Layton, analyste matières premières chez Citi, pose un cadre chiffré dans une interview sur CNBC : scénario central à 110-120 dollars dans les prochaines semaines (perturbations de 4 à 6 semaines), scénario haussier à 150 dollars (probabilité 30 %) si Ormuz reste fermé aux Occidentaux jusqu’en juin. Le retour sous 80 dollars ne figure que dans le scénario de désescalade complète, en fin d’année.
La deadline de vendredi : trois scénarios
Trump a fixé le 28 mars comme échéance pour les négociations. Trois trajectoires se dessinent.
Scénario 1 : accord partiel. Un cessez-le-feu temporaire et une réouverture conditionnelle d’Ormuz. Probable effet de détente sur le Brent (retour sous 100 dollars), mais les conditions nucléaires et balistiques repoussées à une deuxième phase. Le soulagement serait de courte durée.
Scénario 2 : prolongation des discussions. Trump étend la pause, les intermédiaires continuent. Le pétrole reste dans la fourchette 100-110 dollars. C’est le scénario le plus probable au vu de l’écart entre les positions.
Scénario 3 : échec et reprise des frappes. Le plan en 15 points est rejeté. Trump relance les frappes sur les infrastructures énergétiques. Le Brent vise les 120 dollars (scénario central Citi), voire 150 dollars en cas de blocage prolongé d’Ormuz.
Dans les trois cas, le régime monétaire que nous documentons depuis le 16 mars ne change pas de nature. Les banques centrales restent prises en étau, le pétrole reste le variable d’ajustement, et l’épargnant doit intégrer un monde où le triple digit pétrolier n’est plus un accident mais une donnée de base.
Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.
Pour approfondir :
- Conflit Iran : pause de 5 jours, le Brent plonge sous 100 $
- Hausse des taux BCE 2026 : ce que le pivot hawkish change pour votre épargne
- Le pétrole à 100 dollars n’est plus un choc : c’est le nouveau plancher
- Détroit d’Ormuz jour 22 : le blocage total devient sélectif
- Système monétaire et macroéconomie : comprendre les forces qui façonnent votre épargne
- Cessez-le-feu US-Iran : ce que la pause de deux semaines change pour les marchés

Jour 25 du conflit. Le président Trump déclare la guerre « gagnée » et revendique une offre iranienne qu’il qualifie de « prix considérable ». Pourtant, le marché, lui, ne vote pas encore pour la paix.
Cet article fait partie de la série sur le nouveau régime monétaire que nous documentons depuis le 16 mars. Après la pause des frappes annoncée dimanche, les signaux de mardi dessinent un tableau bien différent de la rhétorique officielle.
Trump déclare victoire : les mots et les faits
Le 23 mars, Trump publie sur Truth Social un message en lettres capitales annonçant « des conversations très bonnes et productives » avec l’Iran en vue d’une « résolution complète et totale » du conflit au Moyen-Orient. Il ordonne une pause de cinq jours des frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes.
Le lendemain, il va plus loin aux journalistes : la guerre serait « gagnée », l’Iran aurait fait une offre constituant un « prix très significatif », sans en préciser la teneur. Le nucléaire, selon lui, occupe les positions « numéro 1, 2 et 3 » du plan transmis à Téhéran.
Face à cette déclaration, la réponse iranienne est sans ambiguïté. Le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf dénonce des « fake news » destinées à « manipuler les marchés financiers et pétroliers ». Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Esmail Baghaei confirme à l’IRNA qu’aucune négociation n’a eu lieu en 24 jours de guerre, tout en reconnaissant avoir reçu des messages via des « pays amis » indiquant l’intérêt de Washington pour des discussions.
Un plan en 15 points et une réalité diplomatique complexe
Derrière la rhétorique, un document circule. Selon le New York Times, relayé par France 24 et l’AFP, Washington a transmis à l’Iran, via le Pakistan, un plan en 15 points pour mettre fin au conflit. Le démantèlement du programme nucléaire et le contrôle de l’uranium hautement enrichi y figurent au premier rang, suivis de la réouverture du détroit d’Ormuz, de limites sur les missiles balistiques et de l’arrêt du soutien aux groupes armés régionaux.
Selon une source diplomatique citée par la même chaîne, plusieurs de ces points seraient « pratiquement impossibles » à accepter pour l’Iran.
En parallèle, le Pakistan s’impose comme médiateur principal. Le Premier ministre Shehbaz Sharif a annoncé que son pays se tient prêt à accueillir les négociations à Islamabad. Le chef de l’armée pakistanaise Asim Munir a parlé directement à Trump. L’envoyé spécial Steve Witkoff dispose d’un canal direct avec Islamabad. Côté iranien, le président Pezeshkian a été contacté par Sharif.
Les intermédiaires se multiplient : Pakistan, Égypte, Turquie, Oman. Mais un canal ne fait pas un accord. La deadline fixée par Trump, vendredi 28 mars, est dans trois jours. Les conditions américaines publiées renvoient au démantèlement nucléaire et aux capacités balistiques. Les conditions iraniennes rapportées par MEMRI incluent des garanties de non-récurrence, la fermeture des bases américaines dans la région et le paiement de réparations. L’écart entre les deux positions reste considérable.
Le verdict du marché : temporisation de la panique
Si les mots de Trump avaient fait chuter le Brent de 11 % lundi, sous la barre des 100 dollars pour la première fois depuis le 11 mars, la correction n’a duré qu’une séance. Mardi, le Brent rebondit de 4 % à 104,49 dollars.
Le mécanisme est limpide : les opérateurs ont vendu sur l’espoir d’un accord, puis racheté quand l’Iran a démenti et que la réalité diplomatique s’est imposée. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitaient 20 % du pétrole mondial transporté par voie maritime avant le conflit, reste sous contrôle iranien. Téhéran autorise le transit pour les « pays non hostiles » (Chine, Inde, Pakistan, Japon) mais maintient le blocage pour les navires occidentaux.
Max Layton, analyste matières premières chez Citi, pose un cadre chiffré dans une interview sur CNBC : scénario central à 110-120 dollars dans les prochaines semaines (perturbations de 4 à 6 semaines), scénario haussier à 150 dollars (probabilité 30 %) si Ormuz reste fermé aux Occidentaux jusqu’en juin. Le retour sous 80 dollars ne figure que dans le scénario de désescalade complète, en fin d’année.
La deadline de vendredi : trois scénarios
Trump a fixé le 28 mars comme échéance pour les négociations. Trois trajectoires se dessinent.
Scénario 1 : accord partiel. Un cessez-le-feu temporaire et une réouverture conditionnelle d’Ormuz. Probable effet de détente sur le Brent (retour sous 100 dollars), mais les conditions nucléaires et balistiques repoussées à une deuxième phase. Le soulagement serait de courte durée.
Scénario 2 : prolongation des discussions. Trump étend la pause, les intermédiaires continuent. Le pétrole reste dans la fourchette 100-110 dollars. C’est le scénario le plus probable au vu de l’écart entre les positions.
Scénario 3 : échec et reprise des frappes. Le plan en 15 points est rejeté. Trump relance les frappes sur les infrastructures énergétiques. Le Brent vise les 120 dollars (scénario central Citi), voire 150 dollars en cas de blocage prolongé d’Ormuz.
Dans les trois cas, le régime monétaire que nous documentons depuis le 16 mars ne change pas de nature. Les banques centrales restent prises en étau, le pétrole reste le variable d’ajustement, et l’épargnant doit intégrer un monde où le triple digit pétrolier n’est plus un accident mais une donnée de base.
Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.
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