Pompe à pétrole dans un paysage aride

Vingt-quatre jours après le déclenchement des frappes américano-israéliennes sur l’Iran, le président Trump a annoncé dimanche 23 mars une suspension de cinq jours de toutes les frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes. Le Brent a immédiatement plongé de près de 11 %, repassant sous la barre des 100 dollars pour la première fois depuis le 11 mars. Les marchés actions ont rebondi, les rendements obligataires américains ont reculé. Mais Téhéran dément formellement toute négociation. Retournement stratégique ou manipulation de marché ?

Ce que Trump a annoncé

Dans un post sur Truth Social, le président américain a déclaré avoir ordonné au Département de la Guerre de suspendre toutes les frappes militaires sur les centrales électriques et les infrastructures énergétiques iraniennes pour une période de cinq jours, une décision conditionnée au “succès des réunions et discussions en cours”.

Trump a affirmé que les États-Unis et l’Iran avaient eu “deux jours de conversations très bonnes et productives” portant sur “une résolution complète et totale des hostilités”. Il a cité deux acteurs clés côté américain : l’envoyé spécial Steve Witkoff et son gendre Jared Kushner, qui auraient participé à des échanges dimanche soir avec un “haut responsable” iranien. Une réunion plus formelle pourrait se tenir à Islamabad dans la semaine, avec la participation éventuelle du vice-président Vance.

La condition centrale posée par Washington est explicite : l’Iran doit renoncer à son programme d’enrichissement d’uranium et remettre son stock d’uranium enrichi. Un stock estimé à 450 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %, convertible en qualité militaire en quelques semaines, suffisant théoriquement pour une dizaine d’armes nucléaires.

Le démenti iranien

La réponse de Téhéran a été immédiate et catégorique. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a déclaré sur les réseaux sociaux qu’“aucune négociation n’a eu lieu avec les États-Unis”, qualifiant les affirmations de Trump de “fake news utilisées pour manipuler les marchés financiers et pétroliers”. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a confirmé ce démenti dans des déclarations relayées par l’agence IRNA, précisant que des “messages de pays amis concernant la demande américaine de négociations” avaient bien été reçus, mais que l’Iran n’avait pas engagé de discussions.

La presse d’État iranienne a pour sa part présenté le recul de Trump comme une conséquence de l’”avertissement ferme” de l’Iran, les médias officiels qualifiant la manoeuvre de tentative de réduire les prix de l’énergie et de gagner du temps pour de futurs plans militaires.

À noter : la distinction entre “négociations directes” et “canaux indirects” est ici centrale. Plusieurs pays médiateurs sont actifs : la Turquie, l’Égypte, le Pakistan et Oman ont tous engagé des efforts de désescalade pendant la trêve de l’Eid. Le ministère iranien a reconnu avoir reçu des messages de pays tiers relayant les demandes américaines. Il y a donc bien des échanges, mais pas au niveau que Trump décrit.

Le choc pétrolier face à sa première porte de sortie

La réaction des marchés a été violente et quasi instantanée. Le Brent a chuté de 10,9 % pour clôturer à 99,94 dollars le baril, repassant sous la barre symbolique des 100 dollars pour la première fois depuis le 11 mars. Le WTI américain a perdu 10,3 % à 88,13 dollars. La volatilité intraday a été extrême, le Brent oscillant entre 97 et 114 dollars dans la séance.

Pour mesurer l’ampleur du mouvement, il faut le replacer dans la chronologie du conflit. Depuis le déclenchement des hostilités le 28 février, le Brent était passé de environ 68 dollars à un pic de 126 dollars, soit une hausse de 85 % en trois semaines. La fermeture du détroit d’Ormuz le 4 mars avait provoqué la plus forte disruption d’approvisionnement depuis les chocs pétroliers des années 1970, avec jusqu’à 10 millions de barils par jour retirés du marché.

Les marchés anticipent la désescalade

Au-delà du pétrole, c’est l’ensemble des marchés qui a réagi en mode “risk-on” (retour vers les actifs risqués). Le S&P 500 a gagné 1,15 % à 6 581 points, le Nasdaq 1,38 %. Le Dow Jones a bondi de 600 points en séance avant de tempérer ses gains.

Côté obligataire, les rendements américains ont reculé significativement : le Treasury 10 ans a perdu 1,30 % à 4,334 %. Les marchés ont immédiatement révisé à la baisse leurs anticipations de hausse de la BCE, passant de trois hausses attendues en 2026 à deux.

Le Bitcoin a rebondi de 4,3 % à 70 601 dollars, avec un volume de 22 milliards de dollars sur 24 heures. Mais l’indice Fear & Greed crypto reste à 11 sur 100 (Extreme Fear), contre 8 la veille. Le stress de fond n’a pas disparu.

Un rebond, pas un retournement

Plusieurs éléments invitent à la prudence. D’abord, le démenti iranien est sans ambiguïté. Si Téhéran n’a effectivement pas négocié, la pause de Trump relève davantage d’un geste unilatéral que d’un processus bilatéral. L’histoire récente montre que les ultimatums de Trump sur l’Iran se prolongent souvent au-delà de leur échéance initiale : le délai de 48 heures préalable avait déjà été converti en cinq jours supplémentaires.

Ensuite, la condition sur l’uranium enrichi est maximale. Demander à l’Iran d’abandonner son stock de 450 kg d’uranium enrichi à 60 %, son principal levier stratégique, relève d’une exigence que peu d’analystes jugent réaliste à court terme.

Enfin, le détroit d’Ormuz reste partiellement fermé. L’Iran laisse passer sélectivement certains navires (Japon autorisé, certaines sanctions levées), mais le blocage structurel demeure. Tant que le transit n’est pas pleinement rétabli, la prime de risque pétrolière persistera.

Ce que cela signifie pour votre épargne

La trajectoire du pétrole au cours des cinq prochains jours va déterminer la suite du régime monétaire dans lequel nous évoluons depuis fin février. Deux scénarios se dessinent :

Scénario 1 : la désescalade se confirme. Le Brent se stabilise sous 90 dollars, les anticipations d’inflation reculent, la BCE peut se permettre de retarder sa première hausse. Les marchés actions poursuivent leur rebond, les rendements obligataires se détendent, les taux immobiliers cessent de monter. C’est le scénario que les marchés ont commencé à intégrer lundi.

Scénario 2 : l’échéance de vendredi passe sans accord. Trump relance les frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes. Le Brent repart vers 110-120 dollars. Les anticipations de hausse BCE se renforcent (trois hausses ou plus). La pression sur les rendements européens s’intensifie. Le choc inflationniste se prolonge.

Dans les deux cas, un élément structurel reste inchangé : le conflit a démontré la fragilité du système énergétique mondial face à une perturbation dans le Golfe. Même en cas de résolution rapide, la prime de risque géopolitique sur le pétrole ne reviendra pas à zéro. Le “nouveau plancher” autour de 90-100 dollars, que nous avions identifié dès la semaine dernière, pourrait simplement trouver un nouveau point d’équilibre plus bas, sans revenir aux niveaux d’avant-conflit.

La fenêtre de vendredi 28 mars est la date à surveiller.

Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

Pompe à pétrole dans un paysage aride

Vingt-quatre jours après le déclenchement des frappes américano-israéliennes sur l’Iran, le président Trump a annoncé dimanche 23 mars une suspension de cinq jours de toutes les frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes. Le Brent a immédiatement plongé de près de 11 %, repassant sous la barre des 100 dollars pour la première fois depuis le 11 mars. Les marchés actions ont rebondi, les rendements obligataires américains ont reculé. Mais Téhéran dément formellement toute négociation. Retournement stratégique ou manipulation de marché ?

Ce que Trump a annoncé

Dans un post sur Truth Social, le président américain a déclaré avoir ordonné au Département de la Guerre de suspendre toutes les frappes militaires sur les centrales électriques et les infrastructures énergétiques iraniennes pour une période de cinq jours, une décision conditionnée au “succès des réunions et discussions en cours”.

Trump a affirmé que les États-Unis et l’Iran avaient eu “deux jours de conversations très bonnes et productives” portant sur “une résolution complète et totale des hostilités”. Il a cité deux acteurs clés côté américain : l’envoyé spécial Steve Witkoff et son gendre Jared Kushner, qui auraient participé à des échanges dimanche soir avec un “haut responsable” iranien. Une réunion plus formelle pourrait se tenir à Islamabad dans la semaine, avec la participation éventuelle du vice-président Vance.

La condition centrale posée par Washington est explicite : l’Iran doit renoncer à son programme d’enrichissement d’uranium et remettre son stock d’uranium enrichi. Un stock estimé à 450 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %, convertible en qualité militaire en quelques semaines, suffisant théoriquement pour une dizaine d’armes nucléaires.

Le démenti iranien

La réponse de Téhéran a été immédiate et catégorique. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a déclaré sur les réseaux sociaux qu’“aucune négociation n’a eu lieu avec les États-Unis”, qualifiant les affirmations de Trump de “fake news utilisées pour manipuler les marchés financiers et pétroliers”. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a confirmé ce démenti dans des déclarations relayées par l’agence IRNA, précisant que des “messages de pays amis concernant la demande américaine de négociations” avaient bien été reçus, mais que l’Iran n’avait pas engagé de discussions.

La presse d’État iranienne a pour sa part présenté le recul de Trump comme une conséquence de l’”avertissement ferme” de l’Iran, les médias officiels qualifiant la manoeuvre de tentative de réduire les prix de l’énergie et de gagner du temps pour de futurs plans militaires.

À noter : la distinction entre “négociations directes” et “canaux indirects” est ici centrale. Plusieurs pays médiateurs sont actifs : la Turquie, l’Égypte, le Pakistan et Oman ont tous engagé des efforts de désescalade pendant la trêve de l’Eid. Le ministère iranien a reconnu avoir reçu des messages de pays tiers relayant les demandes américaines. Il y a donc bien des échanges, mais pas au niveau que Trump décrit.

Le choc pétrolier face à sa première porte de sortie

La réaction des marchés a été violente et quasi instantanée. Le Brent a chuté de 10,9 % pour clôturer à 99,94 dollars le baril, repassant sous la barre symbolique des 100 dollars pour la première fois depuis le 11 mars. Le WTI américain a perdu 10,3 % à 88,13 dollars. La volatilité intraday a été extrême, le Brent oscillant entre 97 et 114 dollars dans la séance.

Pour mesurer l’ampleur du mouvement, il faut le replacer dans la chronologie du conflit. Depuis le déclenchement des hostilités le 28 février, le Brent était passé de environ 68 dollars à un pic de 126 dollars, soit une hausse de 85 % en trois semaines. La fermeture du détroit d’Ormuz le 4 mars avait provoqué la plus forte disruption d’approvisionnement depuis les chocs pétroliers des années 1970, avec jusqu’à 10 millions de barils par jour retirés du marché.

Les marchés anticipent la désescalade

Au-delà du pétrole, c’est l’ensemble des marchés qui a réagi en mode “risk-on” (retour vers les actifs risqués). Le S&P 500 a gagné 1,15 % à 6 581 points, le Nasdaq 1,38 %. Le Dow Jones a bondi de 600 points en séance avant de tempérer ses gains.

Côté obligataire, les rendements américains ont reculé significativement : le Treasury 10 ans a perdu 1,30 % à 4,334 %. Les marchés ont immédiatement révisé à la baisse leurs anticipations de hausse de la BCE, passant de trois hausses attendues en 2026 à deux.

Le Bitcoin a rebondi de 4,3 % à 70 601 dollars, avec un volume de 22 milliards de dollars sur 24 heures. Mais l’indice Fear & Greed crypto reste à 11 sur 100 (Extreme Fear), contre 8 la veille. Le stress de fond n’a pas disparu.

Un rebond, pas un retournement

Plusieurs éléments invitent à la prudence. D’abord, le démenti iranien est sans ambiguïté. Si Téhéran n’a effectivement pas négocié, la pause de Trump relève davantage d’un geste unilatéral que d’un processus bilatéral. L’histoire récente montre que les ultimatums de Trump sur l’Iran se prolongent souvent au-delà de leur échéance initiale : le délai de 48 heures préalable avait déjà été converti en cinq jours supplémentaires.

Ensuite, la condition sur l’uranium enrichi est maximale. Demander à l’Iran d’abandonner son stock de 450 kg d’uranium enrichi à 60 %, son principal levier stratégique, relève d’une exigence que peu d’analystes jugent réaliste à court terme.

Enfin, le détroit d’Ormuz reste partiellement fermé. L’Iran laisse passer sélectivement certains navires (Japon autorisé, certaines sanctions levées), mais le blocage structurel demeure. Tant que le transit n’est pas pleinement rétabli, la prime de risque pétrolière persistera.

Ce que cela signifie pour votre épargne

La trajectoire du pétrole au cours des cinq prochains jours va déterminer la suite du régime monétaire dans lequel nous évoluons depuis fin février. Deux scénarios se dessinent :

Scénario 1 : la désescalade se confirme. Le Brent se stabilise sous 90 dollars, les anticipations d’inflation reculent, la BCE peut se permettre de retarder sa première hausse. Les marchés actions poursuivent leur rebond, les rendements obligataires se détendent, les taux immobiliers cessent de monter. C’est le scénario que les marchés ont commencé à intégrer lundi.

Scénario 2 : l’échéance de vendredi passe sans accord. Trump relance les frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes. Le Brent repart vers 110-120 dollars. Les anticipations de hausse BCE se renforcent (trois hausses ou plus). La pression sur les rendements européens s’intensifie. Le choc inflationniste se prolonge.

Dans les deux cas, un élément structurel reste inchangé : le conflit a démontré la fragilité du système énergétique mondial face à une perturbation dans le Golfe. Même en cas de résolution rapide, la prime de risque géopolitique sur le pétrole ne reviendra pas à zéro. Le “nouveau plancher” autour de 90-100 dollars, que nous avions identifié dès la semaine dernière, pourrait simplement trouver un nouveau point d’équilibre plus bas, sans revenir aux niveaux d’avant-conflit.

La fenêtre de vendredi 28 mars est la date à surveiller.

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Laurent Blasco, mentor financier, proposant un accompagnement financier personnalisé pour comprendre la monnaie, les marchés et structurer ses décisions d'investissements

Laurent Blasco

Ex-chirurgien | Fondateur de Monnaies & Libertés | J’enseigne l’art de maîtriser son capital

Ancien chirurgien orthopédique, Laurent aide aujourd’hui les particuliers à comprendre la monnaie, les marchés et l’investissement pour reprendre le contrôle de leur capital à l’ère de Bitcoin.