Ordinateur portable avec une étiquette de prix en euros, soulevé par une flèche rouge montante au-dessus d'une file de puces électroniques, entre une usine d'assemblage et les serveurs d'un centre de données. Seul texte lisible : le symbole €.

Pendant des années, à puissance égale, un ordinateur a coûté un peu moins cher à chaque rentrée. En août, dans la zone euro, il coûtait 10,4 % de plus qu’un an plus tôt. Ce n’est pas la machine qui a changé. C’est la file d’attente devant l’usine.

L’essentiel

  • Dans la zone euro, le prix des ordinateurs, portables et tablettes a augmenté de 10,4 % entre août 2025 et août 2026, selon l’indice des prix harmonisé d’Eurostat. L’année précédente, il avait baissé de 7,2 %. En France, la hausse est de 3,8 %.
  • Aux États-Unis, l’indice des prix à la consommation des ordinateurs et périphériques gagne 8,4 % sur un an en août, selon le Bureau des statistiques du travail. Sur cette série, seul septembre 2021 a fait plus depuis 1999.
  • Le 29 septembre, Michael Barr, gouverneur de la Réserve fédérale, a déclaré que l’investissement dans l’intelligence artificielle a « un effet mesurable sur les prix ». Le même jour, John Williams, président de la Fed de New York, a jugé qu’une hausse de taux de plus « pourrait être appropriée » en fin d’année. Rien ne presse, a-t-il ajouté.
  • Ni la Fed ni la BCE, dans leurs textes de septembre, ne chiffrent la part de l’intelligence artificielle dans l’inflation totale. Et la hausse ne touche pas toutes les puces : elle se concentre sur certains composants.

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Pourquoi un ordinateur devait-il baisser ?

Pour suivre les prix, les offices statistiques relèvent chaque mois le prix des mêmes produits. C’est l’indice des prix : le même panier, suivi mois après mois, découpé en postes. Celui des ordinateurs avait une habitude. Il baissait. En dix ans, il avait perdu environ un quart de son prix dans la zone euro. En août 2025, il reculait encore.

À force, la règle a pris l’allure d’une loi : la technologie fait baisser les prix. Or ce poste vient de se retourner. Eurostat mesure 10,4 % de hausse en un an dans la zone euro, 3,8 % en France. Aux États-Unis, l’indice des ordinateurs gagne 8,4 %. Si vous avez changé de portable à la rentrée, c’est cette hausse, à machine comparable, que vous avez rencontrée.

Qui passe avant vous dans la file ?

Les propriétaires de centres de données, ces entrepôts de serveurs où tournent les programmes d’intelligence artificielle, achètent en masse des puces et de la mémoire pour les équiper. Votre portable contient les mêmes composants. Son fabricant doit les acheter sur le même marché, face à des clients bien plus gros que lui.

Devant l’usine, la file d’attente se forme. Quand la production ne suit pas, c’est le prix qui fait le tri. Celui qui commande par palettes entières, prêt à payer, est donc servi d’abord. Le fabricant de portables arrive derrière, et le ménage qui veut une seule machine vient après lui.

À la Réserve fédérale, trois dirigeants ont décrit cette file en deux jours. Pour John Williams, l’essor de l’intelligence artificielle a lancé, dans certaines catégories de biens, « une course entre l’offre disponible et une demande qui s’envole ». Pour l’instant, dit-il, la demande gagne. Michael Barr, devant le Detroit Economic Club, décrit une flambée du prix des puces et des équipements liés. Elle gagne, dit-il, d’autres produits qui en contiennent. Williams précise le trajet. Ces biens entrent aussi dans des produits achetés par les ménages, et leur surcoût commence à se voir dans ces prix.

La hausse vient-elle de toutes les puces ?

Non. Aux États-Unis, le prix payé aux fabricants de semi-conducteurs baisse de 3,1 % sur un an. Celui des composants électroniques et accessoires monte de 27,6 %, en données encore provisoires. La tension porte sur certaines pièces, pas sur toutes les puces.

La Banque centrale européenne pointe lesquelles. Dans ses projections de septembre, ses services écrivent que les prix de la mémoire ont flambé chez les pays exportateurs. Selon eux, les biens de l’intelligence artificielle poussent, avec l’énergie, les prix à l’importation de la zone euro. Son bulletin économique ajoute que ces tensions visent, dans le monde, quelques produits qui pèsent peu dans le panier des ménages : portables, téléphones. Mais ni la Fed ni la BCE, dans ces textes, ne chiffrent la part de l’intelligence artificielle dans l’inflation totale.

Voici ce que j’en retiens : aujourd’hui, l’intelligence artificielle ne fait pas baisser vos prix. Elle vous dispute les pièces.

Que va en faire la Fed ?

La Fed a relevé ses taux en septembre, et ses dirigeants n’en tirent pas le même calendrier. Michael Barr juge que la Fed devra « probablement » agir encore sur ses taux pour ramener l’inflation à sa cible. John Williams voit une hausse de plus, peut-être, en fin d’année, et estime qu’il n’y a « pas d’urgence ».

Lisa Cook, gouverneure, pose la question de fond devant un public d’Oakland. Combattre avec les taux une inflation propre à un seul secteur pourrait être une erreur, dit-elle. L’outil est trop grossier pour viser une branche. Mais elle voit déjà une pression plus large, parce que les centres de données consomment aussi du travail de construction et de l’énergie. Trois voix, un même sens, trois calendriers. Sur le marché, les prêteurs avaient déjà devancé la Fed. Sa réunion de fin octobre dira quel calendrier l’emporte.

Qui encaisse ce que vous payez en plus ?

Toutes les inflations ne se ressemblent pas. Quand une banque centrale crée de la monnaie plus vite que l’économie ne produit, chaque unité perd de sa valeur. La perte des épargnants allège alors les débiteurs : la richesse change de poche sans quitter le pays. Ce qui se passe sur votre portable est d’une autre nature.

Les biens de l’intelligence artificielle viennent surtout des États-Unis, de Taïwan, de Corée du Sud et de Chine, relèvent les services de la BCE. Leur prix se fixe dans la file devant l’usine. Ce que vous payez de plus sur ces pièces part, pour l’essentiel, chez leurs fabricants. C’est une inflation importée : un appauvrissement sans contrepartie chez vous, comme celui que l’énergie achetée au-dehors impose à la zone euro. Rien n’y passe de l’épargnant au débiteur. La BCE, qui ne fixe pas ce prix, n’a qu’un levier pour éviter que la hausse ne s’installe ailleurs : le coût de la monnaie. Celui-là, c’est l’emprunteur qui le paie, sur son prochain crédit.

La baisse des prix promise par l’intelligence artificielle viendra peut-être, avec les gains de productivité. Elle n’est pas le régime du moment, parce que l’investissement passe d’abord et se sert le premier. Lu ainsi, le prix de votre prochain ordinateur dit d’où vient une part de l’inflation qui entame votre épargne. Elle vient du dehors, et pour l’instant de quelques pièces. La file d’attente est devant l’usine. Vous y êtes, derrière des acheteurs qui commandent par palettes.

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Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

FAQ

L’intelligence artificielle fait-elle monter l’inflation ?
Pour certains biens, oui, selon plusieurs dirigeants de la Réserve fédérale. Le 29 septembre 2026, le gouverneur Michael Barr a déclaré que l’investissement dans l’intelligence artificielle a un effet mesurable sur les prix. Il cite la flambée du prix des puces et des équipements liés. John Williams, président de la Fed de New York, décrit une course entre l’offre et la demande que la demande gagne pour l’instant. Ni la Fed ni la BCE, dans leurs textes de septembre, ne chiffrent la part de l’intelligence artificielle dans l’inflation totale. Aux États-Unis, le prix payé aux fabricants de semi-conducteurs baisse de 3,1 % sur un an : la tension porte sur certains composants.

Pourquoi le prix des ordinateurs augmente-t-il en 2026 ?
Selon Eurostat, le prix des ordinateurs, portables et tablettes a augmenté de 10,4 % en un an dans la zone euro, en août 2026, et de 3,8 % en France. Aux États-Unis, l’indice des ordinateurs et périphériques gagne 8,4 %. Les centres de données de l’intelligence artificielle achètent les mêmes composants en grande quantité. Aux États-Unis, le prix des composants électroniques payé aux producteurs monte de 27,6 % sur un an, en données provisoires. Dans ses projections de septembre, la BCE relie la hausse des prix à l’importation de la zone euro aux biens de l’intelligence artificielle.

Laurent Blasco, fondateur de Monnaies & Libertés

Laurent Blasco

Fondateur de Monnaies & Libertés

Laurent Blasco accompagne les médecins dans leurs décisions financières. Ancien chirurgien orthopédique au CHU de Nice, il connaît leur métier de l’intérieur. Il se consacre aux marchés depuis 2021 et a fondé Monnaies & Libertés en 2023 pour décrypter les grandes classes d’actifs, comme les actions, les obligations ou les crypto-actifs, sans jamais oublier la psychologie des foules.