Deux piles identiques de lingots d'or sur palettes dans un couloir de chambre forte éclairé, la première au premier plan, la seconde au loin derrière une grille d'acier ouverte

La banque centrale des Pays-Bas a déplacé 86 tonnes d’or sans que la plupart des lingots aient voyagé. Elle en a vendu 59 tonnes à New York, puis racheté l’équivalent à Londres. Son stock n’a pas varié d’un gramme, et elle affirme pourtant avoir gagné quelque chose : pas de la valeur, du délai.

L’essentiel

  • De Nederlandsche Bank a transféré 86 tonnes d’or vers Londres entre mars et août 2026. Soit 14,0 % d’un stock de 612,4 tonnes, valorisé 72,2 milliards d’euros fin 2025.
  • La part de l’or néerlandais déposée en Amérique du Nord tombe de 51,0 % à 37,0 %. New York et Ottawa sont désormais à 18,5 % chacun, Londres à 32,1 % contre 18,1 % avant.
  • Il ne s’agit pas d’un rapatriement : la part conservée aux Pays-Bas ne bouge pas, elle reste à 30,8 %.
  • Les deux tiers du transfert sont une vente suivie d’un rachat. 59 tonnes cédées à New York, autant racheté à Londres aux normes du marché. Un peu plus de 27 tonnes ont voyagé.

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Que s’est-il passé, exactement ?

Le 2 septembre, De Nederlandsche Bank a publié un communiqué. Son titre ne parle ni de crise ni de géopolitique : elle y annonce avoir amélioré la négociabilité de ses réserves d’or. La presse a retenu l’instabilité du monde. L’institution a mis en avant sa capacité à vendre. Sur les 313 tonnes environ gardées aux États-Unis et au Canada, 86 sont parties. Plus d’un quart.

Le gouverneur Olaf Sleijpen le formule ainsi : « nous avons amélioré la négociabilité de nos réserves d’or. Nous pensons que nous n’aurons jamais besoin de nous en servir, mais nous devons renforcer notre résilience. » Six mois de travail sur un actif dont on espère ne jamais avoir l’usage.

Pourquoi Londres, et pas le coffre de Zeist ?

La réponse n’a rien à voir avec la distance. Londres n’est pas un endroit plus proche, c’est une infrastructure de marché. La Banque d’Angleterre conserve environ 400 000 lingots dans neuf chambres fortes souterraines. C’est le deuxième conservateur d’or au monde, derrière la Réserve fédérale de New York. Elle n’en possède presque rien : ses clients sont des États, des banques.

Elle écrit pourquoi elle rend ce service : donner aux banques centrales « l’accès à la liquidité du marché de l’or de Londres ». Elle précise aussi le régime de détention, que peu de gens regardent. La garde est allouée : le client garde le titre sur des lingots identifiés, pas une créance sur la Banque pour un poids de métal. Quand deux banques centrales s’y échangent de l’or, le métal ne bouge pas. C’est le nom du propriétaire qui change dans le registre. Le communiqué néerlandais reste prudent sur New York et Ottawa. L’or qui y est gardé « ne peut pas être utilisé aussi rapidement et aussi directement » en cas de crise. Il n’écrit pas qu’il est bloqué, il écrit qu’il est plus lent.

Un lingot « aux normes », ça veut dire quoi ?

Le marché de gros londonien ne règle pas ses transactions avec n’importe quel morceau de métal. L’association qui en fixe les règles, la London Bullion Market Association, publie une norme dite Good Delivery, littéralement « bonne livraison ». Ses spécifications tiennent en trois lignes : 350 à 430 onces troy fines, soit 10,9 à 13,4 kilogrammes, un titre minimal de 995 millièmes, des marquages obligatoires. Une transaction se règle à Londres avec un lingot conforme, pas un autre.

Cette norme ne change pas la valeur du métal. Elle change sa capacité à circuler. Un lingot hors norme contient le même or et vaut le même poids ; ce qui lui manque, c’est l’interchangeabilité. Avant de régler quoi que ce soit à Londres, il faut le refondre, l’analyser, le certifier. C’est un appareil en parfait état dont la fiche n’entre pas dans la prise : rien n’est cassé, il faut un adaptateur, et l’adaptateur prend du temps.

Le communiqué ne dit pas que l’or nord-américain était hors norme, et je ne l’écrirai pas à sa place. Il dit que le montage a évité « la refonte des lingots » et que « la qualité des réserves d’or s’est améliorée ». Dans ce vocabulaire, une meilleure qualité n’est pas un or plus pur : c’est un or qui entre directement dans la chaîne de règlement.

Ce que ça change si vous détenez de l’or

Une monnaie sert à déplacer la représentation d’une valeur dans le temps et dans l’espace. L’or de New York faisait les deux : il se serait vendu sur place. Ce que l’opération révèle, c’est que ce déplacement a une vitesse et un format, absents de tout relevé. La question utile, pour un particulier, n’est pas « combien vaut mon or », qui se règle ailleurs. Elle est : à qui puis-je le céder, sous quel délai, et de qui dépend cette cession ? Un lingotin chez un négociant, des pièces gardées chez soi et une ligne sur le certificat d’un émetteur ne répondent pas pareil, alors qu’ils affichent le même cours.

Une tension demeure, que la banque centrale ne tranche pas et que je ne trancherai pas non plus. Elle dit rechercher une répartition « plus équilibrée ». Mais elle concentre du même geste près d’un tiers du stock sur la place dont la liquidité justifie l’opération. Répartir les lieux et se rapprocher du marché tirent en sens inverse. La souveraineté financière se paie toujours quelque part.

La Banque de France, elle, conserve 2 436,8 tonnes d’or, principalement à Paris, vingt-sept mètres sous terre, un tonnage inchangé depuis 2009 : quatre fois le stock néerlandais. Amsterdam vient de rappeler que l’immobilité d’une réserve n’est pas une propriété du métal : c’est un choix, et il se paie en délai. Dans le système monétaire comme dans un coffre, ce qui compte n’est pas seulement ce que l’on possède, c’est ce que l’on peut faire circuler.

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Mise à jour du 8 septembre 2026 : le même écart, transposé aux actions. Savoir où se trouve la chose ne dit pas au nom de qui elle est inscrite. Le 1er septembre, la SEC a proposé de faire déclarer à ses 327 agents de transfert enregistrés quelles émissions ils gèrent, en admettant dans son propre texte qu’elle ne le sait pas. Sur le registre de l’émetteur, le nom du porteur final ne figure presque jamais. Notre analyse : Registre des actionnaires : la SEC veut savoir qui le tient.

Laurent Blasco
Comprendre. Trancher. Opérer.

FAQ

Les Pays-Bas ont-ils rapatrié leur or ?
Non. Les 86 tonnes déplacées entre mars et août 2026 ont quitté New York et Ottawa pour Londres, pas pour les Pays-Bas. La part conservée sur le territoire néerlandais, au centre fiduciaire de Zeist, est restée la même avant et après l’opération : 30,8 % de 612,4 tonnes. Le motif invoqué par De Nederlandsche Bank n’est pas la reprise de contrôle physique, mais la négociabilité. C’est-à-dire la capacité à mobiliser l’or rapidement en cas de crise.

Un lingot d’or hors norme London Good Delivery vaut-il moins cher ?
Non, sa valeur reste celle de son poids d’or fin. La norme Good Delivery de la London Bullion Market Association ne mesure pas la valeur, mais l’aptitude au règlement sur le marché de gros de Londres. Elle exige de 350 à 430 onces troy fines, un titre minimal de 995 millièmes, un numéro de série, le poinçon du fondeur et une date de fabrication. Un lingot non conforme doit être refondu, analysé et certifié avant de régler une transaction sur cette place. Cela coûte du temps et des frais, jamais de la valeur intrinsèque.

Laurent Blasco, fondateur de Monnaies & Libertés

Laurent Blasco

Ex-chirurgien | Fondateur de Monnaies & Libertés | J’enseigne l’art de maîtriser son capital

Ancien chirurgien orthopédique, Laurent aide aujourd’hui les particuliers à comprendre la monnaie, les marchés et l’investissement pour reprendre le contrôle de leur capital à l’ère de Bitcoin.